La Joconde de plus en plus bavarde
Etudiée depuis de nombreuses années par des scientifiques du monde entier, la Joconde a d’ores et déjà livré quelques-uns de ses secrets. Ainsi, dès 2004, une analyse réalisée à l’aide d’une caméra multispectrale permettait de découvrir la nature des pigments utilisés par l'artiste, la composition du sfumato, la technique à l'origine du glacis... Aujourd’hui, l'équipe de Philippe Walter du Laboratoire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (LC2RMF, CNRS/Ministère de la culture et de la communication), avec la collaboration de l'installation européenne de rayonnement synchrotron (ESRF) et le soutien du musée du Louvre, présente de nouveaux résultats.
En effet, pour la première fois, une analyse chimique quantitative sans prélèvement a été effectuée sur sept tableaux du musée du Louvre (dont la Joconde) et révèle la composition et l'épaisseur de chaque couche de matière déposée par le peintre. L'étude montre que, dans le cas des glacis(1), des couches fines de 1 à 2 micromètres ont été appliquées. Menée par l'équipe de Philippe Walter du Laboratoire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (LC2RMF, CNRS/Ministère de la culture et de la communication), avec la collaboration de l'installation européenne de rayonnement synchrotron (ESRF) et le soutien du musée du Louvre, cette étude est publiée le 15 juillet 2010 dans la revue Angewandte Chemie International Edition.
Mondialement connue notamment pour la finesse et le côté vaporeux de ses ombres, la Joconde de Léonard De Vinci fascine. Cette technique pour adoucir les ombres et créer ainsi des transitions naturelles s’appelle le « sfumato ». Cette technique picturale est non seulement le fruit du génie de l'artiste mais également le résultat des innovations techniques du début XVIe siècle. Si des observations minutieuses, des mesures optiques et des reconstitutions ont déjà décrit le sfumato, de nouvelles analyses tendent à confirmer le procédé notamment dans la façon dont sont rendus les dégradés.
Plusieurs recettes pour réaliser les ombres sur les visages
Pour la première fois, l'équipe de Philippe Walter apporte un nouvel éclairage sur le sfumato grâce à une étude chimique quantitative des couches de peinture. Sept tableaux attribués à Léonard de Vinci ont été analysés sans prélèvement, directement dans les salles du musée du Louvre (L'Annonciation, La Vierge aux rochers, La Belle Ferronnière, Saint Anne, la Vierge et l'Enfant, La Joconde, Saint Jean-Baptiste,Bacchus).
Les scientifiques se sont concentrés sur l'étude des visages car ils sont emblématiques du rendu pictural du sfumato. Ils ont utilisé la spectrométrie de fluorescence des rayons X pour déterminer la composition et l'épaisseur de chaque couche de matière au niveau de neuf visages dont celui de Mona Lisa, peints par Léonard de Vinci sur 40 ans de carrière. Les chercheurs ont ainsi mis en évidence plusieurs recettes employées par l'artiste pour réaliser les ombres sur les visages.
Ces recettes sont caractérisées à la fois par une technique (emploi de couches de glacis ou d'une peinture très fine) et par la nature des pigments ou des additifs. Dans le cas des glacis, des couches fines de 1 à 2 micromètres ont été minutieusement appliquées pour atteindre une épaisseur totale ne dépassant pas 30 à 40 micromètres. L'ensemble des données obtenues lève un voile sur les recherches constantes de Léonard de Vinci dans le rendu du vivant de ses œuvres d'art.



