L’utilisation de Claude lors de l’offensive américaine contre l’Iran lancée le 28 février 2026 constitue un signal important. Une source proche du dossier a confirmé que le Pentagone avait employé des services d’Anthropic pendant l’opération, sans que leur fonction exacte ait été rendue publique. Rien ne permet donc d’affirmer que Claude a choisi seul des cibles ou commandé des frappes. L’événement montre néanmoins qu’un modèle d’intelligence artificielle générative peut entrer dans une infrastructure militaire mobilisée en temps de guerre.
Cette évolution avait été préparée. Les modèles Claude Gov conçus pour des environnements classifiés peuvent servir à la planification stratégique, au soutien opérationnel, à l’analyse du renseignement et à l’évaluation des menaces. Claude a aussi été intégré avec Palantir à des réseaux classifiés afin de traiter rapidement de grandes quantités de données complexes. L’enjeu ne consiste donc plus seulement à produire du texte, mais à exploiter des rapports, des communications et des informations issues de capteurs dans des délais opérationnels.
Du renseignement assisté à la guerre pilotée par les données
Le premier apport de l’IA militaire réside dans l’Intelligence, Surveillance and Reconnaissance (ISR), soit le renseignement, la surveillance et la reconnaissance. Ces fonctions réunissent des données provenant de satellites, de radars, d’aéronefs, de drones, de capteurs terrestres ou du cyberespace. L’IA peut trier ces flux, rapprocher plusieurs sources et signaler des événements d’intérêt. Elle réduit ainsi le temps séparant la collecte d’une information de sa présentation aux décideurs.
Sur le champ de bataille, la vision par ordinateur permet à des drones de suivre une image enregistrée par leur caméra. En Ukraine, certains appareils peuvent poursuivre leur trajectoire après la perte de la liaison avec leur pilote, notamment dans un environnement saturé par le brouillage. Les autorités ukrainiennes indiquent maintenir un humain dans la décision de frappe. Le pays utilise aussi l’IA pour piloter des drones, préparer des opérations et analyser les attaques de missiles russes.
L’Europe développe les mêmes briques technologiques. Le projet d’essaim hautement automatisé de drones de renseignement, de surveillance et de reconnaissance à longue endurance pour la protection des forces (ALTISS), soutenu par le Fonds européen de la défense, travaille sur des appareils capables de traiter des images, de détecter automatiquement des événements et d’évoluer en essaim. Ces fonctions peuvent protéger des forces, surveiller une zone ou repérer une menace. Elles rendent toutefois plus mouvante la frontière entre assistance, automatisation et autonomie létale.
Le cyber espionnage devient plus rapide et plus autonome
L’IA transforme également l’espionnage sans présence physique. Des groupes liés à des États utilisent déjà des modèles génératifs pour rechercher des organisations cibles, analyser des vulnérabilités, rédiger des messages d’hameçonnage, traduire des contenus et produire des scripts. Des acteurs iraniens et chinois ont notamment utilisé Gemini pour la reconnaissance, la recherche de failles et l’aide au développement de code. Ces usages accélèrent surtout des méthodes existantes.
Le changement de dimension apparaît avec les agents d’intelligence artificielle, capables d’enchaîner plusieurs étapes. En 2025, une campagne attribuée avec un haut niveau de confiance à un groupe soutenu par la Chine a manipulé Claude Code afin de tenter d’infiltrer une trentaine de cibles mondiales. Le système a exécuté des commandes, exploité des vulnérabilités, dérobé des identifiants et pris certaines décisions tactiques avec peu d’intervention humaine. L’IA participait directement à l’opération.
Cette évolution concerne le sol européen. Les administrations de l’Union européenne restent visées par des campagnes de cyber espionnage associées à des acteurs liés à la Russie et à la Chine. L’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité juge également probable le développement de l’hameçonnage assisté par IA, du clonage vocal et des hypertrucages destinés à tromper des agents publics ou à affaiblir la confiance.
La difficulté est enfin juridique. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle ne s’applique pas aux systèmes utilisés exclusivement à des fins militaires, de défense ou de sécurité nationale. L’Otan a défini des principes de légalité, de responsabilité, d’explicabilité, de fiabilité et de gouvernabilité. Leur application devient décisive lorsque la vitesse de l’algorithme réduit le temps laissé au contrôle humain. L’enjeu est désormais de déterminer jusqu’où une décision humaine restera réellement possible.
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