Une faille vient d’être mise en lumière. Un rapport publié le 20 octobre dernier par plusieurs ONG, dont Reclaim Finance, pointe une lacune dans les politiques de restrictions adoptées par les banques vis-à-vis du financement des projets d’exploitation du charbon métallurgique[1]. Cette étude révèle, en effet, qu’entre 2021 et 2025, les banques internationales ont injecté 106 milliards de dollars dans des entreprises prévoyant de développer l’exploitation du charbon métallurgique dans le bassin de Bowen situé dans la région du Queensland en Australie.
Les banques européennes en première ligne
Parmi les principaux pourvoyeurs figurent les banques européennes : elles sont 19 à soutenir ce qui est considéré comme le plus grand hub de charbon métallurgique au monde. Avec un financement s’élevant à 30 milliards de dollars, ces banques ont fourni 29 % de la somme totale versée aux entreprises pour développer des projets dans le bassin de Bowen.
Le Crédit Agricole est le premier financier européen avec 4,5 milliards de dollars versés, suivi de Barclays, Santander et Deutsche Bank. Notons qu’UBS et BNP Paribas ont contribué de manière significative avec un financement à hauteur de 2,9 et 2,5 milliards de dollars respectivement.
Une politique à géométrie variable
Pour souligner ce que les auteurs du rapport qualifient d’hypocrisie, l’étude compare les politiques appliquées sur le bassin de Bowen à celles mises en œuvre sur le bassin houiller de Galilée situé également en Australie.
Il y a dix ans, plus de 70 institutions financières, parmi lesquelles 20 grandes banques, avaient pris des résolutions strictes en refusant de soutenir l’activité des mines de charbon thermique dans le bassin de Galilée. Chose étrange, le bassin de Bowen, situé à 150 kilomètres de ce dernier, bénéficie du financement de ces mêmes banques. Ce cas illustre clairement la double norme en vigueur : les 19 banques européennes qui ont restreint ou arrêté le financement du charbon thermique maintiennent celui du charbon métallurgique dans le bassin avoisinant. Cette contradiction révèle l’existence d’une faille : les restrictions concernent les projets de mines de charbon métallurgique mais ne visent pas le financement des entreprises qui les développent.
Une exemption qui est d’autant plus injustifiée que les impacts environnementaux seraient plus marqués dans le cas de l’exploitation des mines de charbon métallurgique du bassin de Bowen. En effet, le rapport indique que celui-ci a rejeté 1,6 million de tonnes de méthane en 2019-2020 soit trois fois plus que son voisin. Une différence qui trouve son origine dans le mode d’extraction plus profond par rapport à celui utilisé pour le charbon thermique.
Soulignant les dommages causés sur la Grande Barrière de corail et les droits des peuples autochtones, Reclaim Finance incite les banques à s’engager, comme elles l’avaient fait pour le bassin de Galilée, à exclure tout soutien, direct ou indirect, à l’expansion du charbon métallurgique dans le bassin de Bowen.
Deuxième exportateur mondial de charbon, l’Australie est aussi encouragée à se tourner vers des alternatives moins polluantes en remplaçant le charbon par de l’hydrogène vert via la technologie de réduction directe du fer (DRI).
[1] À la différence du charbon thermique, le charbon métallurgique n’est pas utilisé pour la production d’électricité mais pour la fabrication d’acier.
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