Décryptage

En Chine, les énergies renouvelables produisent moins que prévu

Posté le 17 janvier 2017
par Pierre Thouverez
dans Énergie

Bilan en demi-teinte pour la politique chinoise en matière d’énergies renouvelables. Alors que l’Empire du Milieu bat tous les records d’Enr, il peine à utiliser correctement cette électricité. Le gâchis est tel que Pékin a décidé de revoir les compétences des régions dans le domaine énergétique pour tendre vers davantage de centralisation.

La Chine a marqué les esprits en 2015 en installant, sur cette seule année, 30 GW éoliens devenant ainsi le premier parc mondial avec 145 GW, sur les 432 GW au total dans le monde. Une performance d’autant plus grande que les objectifs du pays n’étaient « que » de 100 GW en 2015. Le parc photovoltaïque est plus modeste (54 GW), mais reste le plus puissant au monde devant l’Allemagne (près de 40 GW).

20% de pertes

Malgré ces capacités installées importantes, la Chine ne tire pas le meilleur parti de ses énergies renouvelables. Selon une étude de la National Energy Administration (NEA), près de 21% de la capacité de production éolienne du pays n’a pu être utilisée sur les six  premiers mois de l’année 2016. Le photovoltaïque ne fait pas bien mieux : 19,7% de pertes en moyenne sur la même période dans les provinces de Gansu et du Xinjiang. L’institution publique explique cette sous-utilisation par un déficit manifeste d’échanges physiques entre les différents gestionnaires de réseaux de ce vaste pays. Une situation certes liée à l’insuffisance des lignes haute tension, mais pas seulement.

« De plus en plus, vous voyez des gouvernements locaux essayer de protéger leurs intérêts, ce qui signifie qu’ils ont tendance à acheter de l’énergie renouvelable produite sur leur territoire au lieu de l’importer », explique Patrick Dai, analyste chez Macquarie, à RechargeNews. Une logique clientéliste qui va jusqu’à faire démarrer des centrales thermique au charbon plutôt que de faire venir d’autres provinces de l’électricité propre cherchant un débouché. Une situation qui a poussé les autorités centrales à réagir.

Verticalité

Le gouvernement chinois est résolu à développer les échanges d’électricité verte entre provinces, quitte à redonner de la verticalité dans la politique énergétique. Une première directive impose aux GRT de contracter des volumes définis d’énergies renouvelables dans leur mix électrique. Une mesure qui devrait précéder une série d’autres. Ainsi, les gouvernements locaux devront faire le point annuellement sur leurs efforts à intégrer davantage d’Enr. Ils seront notés par Pékin et pourront faire l’objet de sanctions financières en cas d’échec. Concernant le volet technique des interconnexions, un mécanisme d’échange de certificats verts est actuellement à l’étude pour offrir un cadre réglementaire unique aux gestionnaires de réseau.

Le cas chinois montre qu’en matière de transition énergétique, les capacités installées ne sont qu’une brique, nécessaire mais pas suffisante, de l’édifice. La gestion des réseaux prend une place cruciale dans l’équation énergétique. Une problématique qui s’accentue à mesure que les Enr représentent une part toujours plus importante du mix électrique.

Romain Chicheportiche


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