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La Chine inaugure sa « Route de la soie glacée » vers l’Europe

Posté le 3 septembre 2026
par Nicolas LOUIS
dans Entreprises et marchés

La Chine vient d'ouvrir une nouvelle liaison commerciale entre l'Asie et l'Europe par la route maritime du Nord. Plus courte que les itinéraires passant par le canal de Suez ou le cap de Bonne-Espérance, cette voie pourrait contribuer à diversifier les échanges mondiaux. Son développement reste toutefois conditionné par la banquise, les infrastructures russes, les coûts et les risques environnementaux.

La Chine franchit une nouvelle étape dans sa stratégie arctique. La compagnie chinoise Sea Legend vient de lancer une liaison régulière de porte-conteneurs empruntant la route maritime du Nord (Northern Sea Route, NSR), qui longe les côtes russes. Les navires partent du port chinois de Ningbo, dans la province du Zhejiang, puis rejoignent l’Atlantique par le détroit de Béring, avant d’atteindre Felixstowe, au Royaume-Uni. Baptisée « Route de la soie glacée », cette voie navigable est appelée à fonctionner chaque semaine pendant la saison estivale et automnale de navigation.

Plus courte pour l’accès vers l’Europe, elle permet potentiellement de réduire les temps de transport et la consommation de carburant. Un premier porte-conteneurs chinois avait ainsi réalisé la traversée en 20 jours en 2025, contre environ 40 jours par le canal de Suez et près de 50 jours par le cap de Bonne-Espérance. Cette voie constitue une solution de diversification face aux principaux goulets d’étranglement du commerce maritime mondial, notamment le canal de Suez, le détroit de Malacca et le détroit de Bab el-Mandeb. La crise en mer Rouge a d’ailleurs renforcé l’intérêt des armateurs pour des itinéraires capables de contourner ces passages stratégiques.

Cet itinéraire est rendu praticable sur une période de plus en plus longue grâce au recul de la banquise arctique lié au réchauffement climatique. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’Arctique est devenu libre de glace. La navigation demeure essentiellement saisonnière et les navires doivent composer avec des glaces dérivantes, des conditions météorologiques extrêmes et des infrastructures portuaires et de secours beaucoup moins développées que sur les grandes routes maritimes traditionnelles.

Face à ces contraintes, cette navigation arctique est confrontée à des coûts d’assurance élevés. Elle présente également un niveau de fiabilité très inférieur à celui des grands corridors maritimes mondiaux et ne signifie donc pas que le canal de Suez est sur le point d’être détrôné. Pour la Chine, elle offre une nouvelle porte d’accès à l’Europe et réduit, au moins potentiellement, sa dépendance à l’égard des routes maritimes traditionnelles.

L’Arctique rapproche les intérêts chinois et russes

Le développement de cette nouvelle route a nécessité une coopération étroite avec Moscou. Une grande partie de l’itinéraire traverse en effet des eaux placées sous la juridiction de la Russie ou relevant de son espace maritime. La Russie souhaite par ailleurs augmenter fortement ses flux de marchandises transitant par l’Arctique et a signé avec la Chine une feuille de route visant à porter à 20 millions de tonnes le trafic de marchandises entre les deux pays sur la route maritime du Nord d’ici 2030. Pour la Russie, la NSR constitue un moyen de développer ses régions arctiques et de réorienter vers l’Asie une partie de ses exportations énergétiques, alors que les sanctions occidentales compliquent l’accès à certains marchés européens.

Preuve de l’intérêt croissant pour ce corridor, la Corée du Sud se lance à son tour sur la route polaire. Un porte-conteneurs, exploité par l’armateur sud-coréen PanStar, vient de quitter le port de Busan pour son premier voyage expérimental vers l’Europe via la route maritime du Nord. Il doit rejoindre successivement Felixstowe, au Royaume-Uni, Rotterdam, aux Pays-Bas, puis Gdansk, en Pologne, avant de regagner la Corée du Sud. Ce voyage vise à évaluer la faisabilité économique et opérationnelle de cette nouvelle liaison. Séoul ambitionne à terme de faire de Busan un hub majeur des échanges entre l’Asie et l’Europe et de parvenir à une exploitation régulière de la route arctique à l’horizon 2030.

La Route de la soie polaire apparaît donc moins comme un nouveau « canal de Suez » que comme un corridor complémentaire susceptible de prendre progressivement de l’importance. Son développement dépendra de l’évolution de la banquise, du coût des navires adaptés aux conditions polaires, des infrastructures russes, de la situation géopolitique et de la capacité des armateurs à assurer une desserte suffisamment régulière.

Cette croissance du trafic maritime suscite des inquiétudes parmi les spécialistes de l’environnement arctique. Ils craignent un accident maritime ou une pollution pétrolière dans cette région particulièrement isolée, où les capacités d’intervention restent limitées en cas de problème. La hausse du trafic maritime intervient par ailleurs dans une zone déjà profondément transformée par le réchauffement climatique.


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