De 6 à 12 milliards d’euros par an. C’est la fourchette citée dans les dernières évaluations officielles (DGFiP, 2024–2025). Est-ce que la France a la solution pour entraver cette fraude en imposant aux entreprises de déclarer leurs factures en temps réel (e-reporting) ? L’administration fiscale pourra en effet préremplir les déclarations de TVA et bloquer instantanément les fraudes massives.
Plusieurs pays ayant rendu la facturation électronique (e‑invoicing) obligatoire ont observé une baisse significative du « VAT gap » (écart entre TVA théorique et TVA collectée), en particulier sur la fraude de type « carrousel » (qui s’est développée ces dernières années) et la sous-déclaration.
En Italie (où la réforme remonte à 2019), le VAT gap a baissé de 10,7 % en 2021 vs 2020, soit − 12,7 Md€, la plus forte baisse annuelle dans l’UE cette année-là. En France, la DGFiP vise une récupération de 2–3 Md€ par an. De quoi favoriser cette réforme quoiqu’il en coûte !
À l’origine, l’État avait envisagé un Portail Public de Facturation (PPF), un service gratuit destiné à simplifier la saisie et le dépôt des factures pour les TPE et PME. Mais, face aux craintes de failles de sécurité et aux retards techniques, ce projet a été abandonné. Le fiasco français avec le piratage de la DGFIP faisait-il partie des scénarios catastrophes ?
Résultat : la charge logistique et financière a été reportée sur le secteur privé, qui doit désormais s’appuyer sur des plateformes agréées (PA) ou des logiciels de gestion mis à jour, souvent onéreux.
Mais, cette réforme représente un coût forcé pour les entreprises, en particulier les TPE et PME. Pour être conformes, elles doivent soit souscrire un abonnement auprès d’une plateforme agréée, soit investir dans des logiciels de gestion adaptés. Un impôt indirect qui pèse sur leur trésorerie, sans compter le risque de profilage commercial par les éditeurs de logiciels, qui pourraient exploiter les données des entreprises à des fins mercantiles.
Un hiver « chaud »
Pourtant, la facturation électronique repose sur une avancée technique majeure : une spécification sémantique européenne qui facilite l’alignement des règles entre clients et fournisseurs. Une harmonisation bienvenue, mais qui soulève des questions sur la centralisation des données commerciales.
Cependant, certaines interrogations demeurent pour le moment sans réponses claires, en particulier en ce qui concerne la confidentialité des données. Qui y aura accès ? Combien d’intermédiaires interviendront entre deux entreprises ? Et, surtout, comment garantir la sécurité et la confidentialité de ces échanges ?
Les plateformes agréées doivent respecter des garanties strictes : certification ISO 27001, qualification SecNumCloud pour les hébergeurs cloud, exploitation depuis l’Union européenne, et interdiction de transférer les données hors UE (or certaines PA s’appuient sur le cloud d’Amazon qui doit respecter les lois américaines extraterritoriales…).
D’autres zones d’ombre subsistent. Que se passe-t-il en cas de panne ou de cyberattaque ? Comment une entreprise peut-elle changer de plateforme sans perdre son historique (la fameuse portabilité des données) ? Qui horodate les preuves en cas de litige ? Pour l’instant, les entreprises sont dépourvues de réponses…
La cyberattaque qui a touché la DGFiP à la mi-août 2026 a semé le doute sur la robustesse des plateformes de transit des données. Les industriels doivent redoubler de vigilance.
Principal danger ? La migration elle-même. Les cybercriminels profitent de cette période de transition pour lancer des campagnes de phishing, usurpant l’identité des plateformes agréées pour piéger les entreprises.
En conclusion, la facturation électronique est une révolution administrative aux multiples facettes : financière pour l’État, technique pour les entreprises, et sécuritaire pour tous.
Le dernier trimestre pourrait s’avérer particulièrement intense en raison de nombreuses tentatives de cyberattaques.
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