En une quinzaine d’années, le Maroc s’est imposé comme l’un des pays africains les plus offensifs en matière de transition énergétique. Depuis l’adoption de sa stratégie énergétique en 2009, le royaume investit massivement dans le solaire, l’éolien, mais aussi l’hydrogène vert et l’hydroélectricité. Son objectif est double et consiste à la fois à renforcer sa souveraineté énergétique et à devenir un futur fournisseur d’énergie décarbonée pour l’Europe.
Cette stratégie repose d’abord sur un constat économique. Rabat importe la quasi-totalité de sa consommation d’énergies fossiles, rendant le pays particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix internationaux. Pour réduire cette dépendance, il souhaite porter les énergies renouvelables à 52 % de la puissance électrique installée d’ici 2030, contre près de 40 % aujourd’hui.
Les derniers chiffres de l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables) mettent en évidence une forte progression des énergies vertes. Entre 2016 et 2025, le pays est passé de 2 417 MW à 4 851 MW de capacités électriques renouvelables installées, soit une multiplication par deux en moins de dix ans. Cette progression s’explique en premier lieu par le développement de l’éolien, qui augmente de 1 550 MW et représente plus de la moitié des capacités renouvelables. Vient ensuite le solaire, en hausse de 884 MW sur la même période, soit une multiplication par plus de 5.
Le Maroc profite d’importants atouts naturels pour développer une production électrique à faible coût. Il bénéficie d’un ensoleillement élevé, de vents réguliers sur les côtes ainsi que d’importantes surfaces foncières. Il tire aussi avantage d’une proximité géographique avec l’Europe, d’infrastructures portuaires modernes et d’interconnexions avec le continent européen.
Le complexe solaire Noor de Ouarzazate, doté d’une capacité de 580 MW et étendu sur plus de 3 000 hectares, est devenu le symbole de cette politique volontariste. Il est composé de quatre centrales solaires dont trois utilisent la technologie thermodynamique, qui permet de prolonger la production d’électricité plusieurs heures après le coucher du soleil, et une repose sur des panneaux photovoltaïques. Ce site a permis au Maroc de s’imposer comme l’un des leaders africains des énergies renouvelables.
L’hydrogène vert, un nouvel axe de développement
La dynamique dépasse désormais la seule production d’électricité, puisque les autorités misent aujourd’hui sur l’hydrogène vert. Produit à partir d’électricité renouvelable, ce gaz est destiné à alimenter l’industrie nationale des engrais, très consommatrice d’ammoniac, tout en développant une filière exportatrice vers les marchés internationaux. Selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), le royaume ambitionne de produire entre 415 000 et 905 000 tonnes d’hydrogène renouvelable par an à l’horizon 2030, ce qui nécessiterait le déploiement de 2,8 à 5,2 GW d’électrolyseurs et de 8 à 15 GW de capacités renouvelables supplémentaires.
Pour attirer les investisseurs, le royaume propose un accès facilité au foncier, des incitations fiscales, des aides pouvant atteindre 30 % du montant des investissements, ainsi qu’un guichet unique pour accélérer les procédures administratives. Après avoir sélectionné cinq premiers projets, le gouvernement a signé, en début d’année, des contrats préliminaires de réservation foncière avec des investisseurs, qui doivent ouvrir la voie à des études de faisabilité et aux premières phases de développement de ces infrastructures.
Le pays bénéficie également du soutien d’institutions financières, puisqu’il vient de décrocher un financement de 265 millions de dollars de la Banque mondiale pour la construction d’une STEP (Station de transfert d’énergie par pompage) à Ifahsa, au nord du pays. D’une capacité de 300 MW, elle devrait devenir la troisième infrastructure hydraulique du pays et permettre d’accroître la capacité de stockage du royaume pour qu’elle atteigne 1 GW d’ici 2030.
Grâce à ces investissements, le royaume espère renforcer sa position parmi les principaux pôles énergétiques verts de la région euro-méditerranéenne. Il bénéficie déjà de deux interconnexions électriques avec l’Espagne, offrant une capacité d’échange de 1 400 MW, tandis qu’un troisième câble est à l’étude. À plus long terme, Rabat mise surtout sur les exportations d’hydrogène vert et d’ammoniac renouvelable afin d’accompagner la décarbonation de l’industrie européenne.
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