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Le nucléaire américain a-t-il un avenir ?

Posté le 6 juin 2016
par La rédaction
dans Énergie

Exelon, le premier exploitant nucléaire américain, a annoncé la fermeture anticipée de deux centrales nucléaires non-rentables. Les exploitants nucléaires dénoncent la concurrence déloyale des énergies renouvelables et de la chute des cours de l’électricité.

L’annonce est presque passée inaperçue. Pourtant, la fermeture de deux centrales nucléaires pour cause de non-rentabilité est un symbole fort. Face aux nouveaux équilibres énergétiques qui se mettent en place aux Etats-Unis, le nucléaire paraît bien mal positionné.

Non rentables

C’est par un communiqué que le plus grand électricien américain, Exelon, a annoncé la fermeture de deux centrales nucléaires, Clinton et Quad-Cities, respectivement le 1er  juin 2017 et 2018. « Nous avons travaillé pendant plusieurs années pour trouver une voie de sortie durable en partenariat avec des organismes fédéraux de régulation, les opérateurs de marché, les décideurs politiques, et les différentes parties prenantes. Malheureusement, la législation n’a pas été adoptée, et maintenant nous sommes obligés de fermer ces sites », explique Chris Crane, le pdg d’Exelon. Et pour cause, sur les sept dernières années, les deux centrales ont cumulé des pertes atteignant 800 millions de dollars.

Cette décision ne devrait pas être isolée. « Cela va précipiter sûrement d’autres fermetures », indique Fitch, qui estime que les centrales de Byron, Ginna, Nine Mile Point et Three Mile Island pourraient à leur tour fermer leur porte dans un proche avenir. Les autres électriciens sont également concernés : Entergy Corp et Dominion Resources ont déjà annoncé des arrêts de centrales nucléaires. Ainsi, le site James A. FitzPatrick en Nouvelle-Angleterre stoppera sa production d’ici début 2017 et celle du Massachussets (Pilgrim Nuclear plant) pourrait cesser de fonctionner en 2019.

Quid de l’atome ?

L’Institut américain de l’énergie nucléaire s’est déclaré la semaine dernière très préoccupé par cette « tendance alarmante » à la fermeture des sites de production nucléaire et affirme que cela rendra plus difficile l’atteinte des objectifs en matières d’émission de gaz à effet de serre. En effet, à l’heure actuelle, l’atome représente 60% de l’électricité non-émettrice directe de CO2 aux Etats-Unis. Si la défense du couple nucléaire/ENR est un plaidoyer bien connu en France, il ne pèse guère aux au pays de l’Oncle Sam où seule la loi du marché prévaut. Ainsi, l’abondance de gaz naturel sur le marché américain a permis à des électriciens de concurrencer frontalement les centrales nucléaires lors des appels d’offres organisés par les états fédérés. Ce glissement du mix énergétique vers le gaz risque d’impacter fortement les compagnies comme Exelon qui, avec 64% de sa production issue de l’atome, doivent revoir leur business model. Le manque à gagner des fermetures anticipées, combiné aux coûts encore non déterminés du démantèlement de ses 23 réacteurs pourrait sérieusement mettre en danger la santé financière de la compagnie privée et hypothéquer l’avenir des l’atome aux Etats-Unis.

Par Romain Chicheportiche


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