Les plastiques sont les matériaux qui symbolisent par excellence la « modernité » de la révolution industrielle en combinant chimie, énergies fossiles, production et consommation de masse, diversification des usages, et mondialisation. S’y ajoutent malheureusement les pollutions liées aux polymères : émissions de gaz à effet de serre, pollution de l’air, rejet massif de déchets plastiques dans les milieux naturels, diffusion des micro et nanoplastiques dans les chaînes alimentaires avec des effets potentiels sur la santé humaine.
En moins d’un siècle, le plastique est devenu le troisième matériau le plus fabriqué au monde, après le ciment et l’acier, comme le rappelle l’Ademe dans Le paradoxe du plastique. Un matériau paradoxal, car malgré sa résistance et sa durée de vie élevées qui ont fait leur succès, 40 % des plastiques sont jetés moins d’un mois après leur achat ! Beaucoup finissent dans les cours d’eau et milieux marins, jusqu’à former cinq super-amas de particules de plastiques dans les océans.
Dans un livre sorti en septembre dernier, l’enseignant-chercheur Quentin Bourgogne vante les vertus des plastiques pour alléger les composants dans l’industrie automobile. À l’image de cet ouvrage de vulgarisation, la filière réfléchit à des solutions pour intégrer plus de matières biosourcées, et cherche à s’engager dans des voies de décarbonation. Mais elle a encore du mal à envisager une baisse significative du nombre de ses usages et se retrouve parfois à envoyer un message contraire, comme dans une campagne publicitaire récente qui a fait controverse.
Des industriels pris en tenailles
Les industriels européens producteurs de plastiques, réunis pour les plus importants dans l’association Plastics Europe, ont conscience des enjeux environnementaux. En 2023, ils ont élaboré une vision commune de transition, en vue d’atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en 2050. Leur feuille de route repose sur une croissance de la consommation et de la production (de 55 Mt en 2024 à 65 Mt en 2050), de la réutilisation, du recyclage (mécanique et chimique), et de plastiques à base de biomasse ou de carbone issu de CSC (captage et stockage de CO2), et de CSC sur leurs procédés.
Mais les actuelles conditions de concurrence internationale leur donnent comme priorité la survie des actifs industriels sur le Vieux Continent. « La production de polymères en Europe ne représente plus que 12 % de la production mondiale, contre 22 % en 2006. Nous ne produisons pas beaucoup moins, mais les nouvelles consommations qui sont apparues dans le monde ont été captées par la Chine, le Moyen-Orient et les États-Unis » constate Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe en France.
La production mondiale de plastiques (430 Mt en 2024) croît ainsi d’environ 4 % par an, portée par la croissance économique des pays en développement et leurs besoins dans les secteurs du bâtiment, de l’agroalimentaire, de l’automobile, etc. À l’inverse, en Europe, l’atonie économique due à la crise sanitaire du Covid puis à la guerre en Ukraine a fait stagner la consommation, voire l’a fait baisser dans des pays comme la France promouvant une réduction des utilisations, notamment des plastiques à usage unique. S’y ajoute désormais la perspective d’être inclus dans le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.
Les producteurs de plastique européens sont aussi pris au piège d’intrants (matière première fossile, électricité) plus chers en Europe. « Les nouvelles installations industrielles de production se font là où la consommation augmente, en particulier en Chine avec le soutien de l’État. Elles se font aussi là où les matières premières sont peu chères. C’est le cas avec l’éthane disponible dans les gisements gaziers au Moyen-Orient et aux États-Unis, avec des coûts respectivement six fois et trois fois moindres que le naphta utilisé en Europe » explique Jean-Yves Daclin.
Les solutions envisagées sont à quatre niveaux. Tout d’abord investir dans l’adaptation de l’outil industriel, par exemple comme Ineos ou TotalEnergies qui ont adapté leurs vapocraqueurs pour y incorporer de l’éthane importé. Puis les prix de l’énergie devraient être modulés, selon les producteurs de plastiques européens, pour compenser le surcoût constaté par rapport à leurs concurrents. Ensuite, ils souhaitent que la réglementation leur permette de jouer à armes égales avec leurs concurrents mondiaux, par exemple en incluant des clauses miroirs sur les conditions sociales et environnementales de fabrication de produits importés. Enfin, ils réclament un soutien à l’innovation, notamment pour avancer sur le recyclage chimique qui permettrait, avec l’accélération conjointe du recyclage mécanique, de multiplier par trois la quantité de déchets recyclés. À la clé, bien sûr, le maintien d’une activité pourvoyeuse d’emplois en Europe et l’assurance d’une certaine autonomie.
À la recherche d’un accord international…
Dans un rapport de 2024, l’OCDE annonçait que sans des mesures ambitieuses pour en limiter l’usage, la production de plastique atteindrait 736 Mt en 2040, avec seulement 6 % de plastiques provenant de sources recyclées. Simultanément, la quantité de déchets plastiques éliminés de manière inadéquate (décharge) passerait de 81 Mt en 2020 à 119 Mt/an en 2040. Même dans le scénario le plus protecteur, la quantité de plastiques dans les cours d’eau et les océans augmenterait jusqu’à 221 Mt en 2040 (contre 151 Mt en 2020).
La tendance à une pollution en hausse ne sera contrée que par un accord international qui, pour l’instant, n’arrive pas à aboutir, malgré plusieurs cycles de négociations depuis 2022. Pourtant les preuves des effets néfastes des plastiques sur la santé se multiplient, comme dans une récente étude publiée dans The Lancet Planetary Health, montrant que si les pratiques actuelles sont maintenues d’ici 2040, la population mondiale perdrait deux fois plus d’années en bonne santé qu’aujourd’hui.
Tout comme les plastiques mettent très longtemps à se dégrader dans la nature, la question de leurs usages, de leur production et de leurs effets sur l’environnement et la santé n’a pas fini de nourrir le débat…
Dans l'actualité
- Synova : le plastique recyclé prend le volant
- Des bactéries capables de transformer les déchets alimentaires en bioplastiques
- Comment mieux recycler le plastique grâce aux coquillages
- Un film bioplastique pour refroidir les bâtiments
- Microplastiques dans l’eau potable : une pollution invisible aux normes actuelles
- De l’eau pour booster le recyclage des plastiques
- Des cellules humaines contaminées par des micro-plastiques issus de sachets de thé
- La chimie supramoléculaire au secours du plastique ?
Dans les ressources documentaires