Décryptage

OGM : aucun risque, selon la conseillère scientifique de la Commission

Posté le 24 juillet 2012
par La rédaction
dans Environnement

Les OGM ne présentent pas plus de risques que leurs équivalents conventionnels, a déclaré Anne Glover, conseillère scientifique principale de la Commission Européenne depuis le début de l'année.

Remettre sur le tapis le débat sur les OGM risque d’irriter les États qui ont mis en place certaines interdictions. C’est pourtant ce qu’a fait Anne Glover, conseillère scientifique principale de la Commission depuis le début de l’année.

A propos des OGM

Pour elle, le principe de précaution n’est plus de rigueur. « Il n’existe aucun cas concret d’impact négatif sur la santé humaine et animale ou sur l’environnement, a déclaré Mme Glover à EurActiv Bruxelles. C’est une preuve assez convaincante. J’irai donc jusqu’à dire que les OGM ne présentent pas plus de risques que les produits conventionnels ».

Cependant, la scientifique a voulu nuancer ses propos, en affirmant qu’elle ne faisait pas la promotion des cultures controversées.

Dans tous les cas, manger comporte des risques, selon elle : « Nous oublions souvent que la plupart des plantes sont toxiques. Ce ne sont que la cuisson et les quantités que nous consommons qui les rendent comestibles. »

Raréfaction des ressources

Mme Glover a aussi adressé une pique aux Etats qui interdisent les OGM, en affirmant que les preuves scientifiques devraient jouer un rôle de premier plan dans l’élaboration des politiques. « Je pense que nous pourrions vraiment avancer en Europe si nous obligions les décideurs à se justifier lorsqu’ils rejettent une preuve », a-t-elle ajouté.

CONTEXTE

La Commission a proposé en juillet 2010 de permettre aux États d’interdire des cultures génétiquement modifiées, dans une tentative de débloquer la situation sur les OGM. Seules quelques variétés ont en effet été autorisées en plus de 12 ans. La présidence danoise du Conseil de l’UE a récemment tenté de trouver un compromis, sans grand résultat. À ce jour, sept pays de l’UE ont introduit des interdictions nationales « de précaution » sur la culture du maïs MON 810 de Monsanto qui résiste aux insectes : la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg. En janvier dernier, l’entreprise allemande de biotechnologie BASF Plant Science a annoncé qu’elle déplaçait ses activités de recherches biotechnologiques sur les plantes de l’Allemagne vers les États-Unis et qu’elle cessait de développer des cultures OGM pour le marché européen.

Elle estime nécessaire que les OGM et les autres avancées scientifiques soient exploités pour trouver des solutions à la raréfaction de l’énergie et des ressources, ainsi qu’à la concurrence qui règne en matière d’utilisation des terres. « En utilisant nos terres pour produire des biocarburants, nous ne produisons pas d’aliments, ce qui signifie que nous devons intensifier la production alimentaire », a-t-elle expliqué.

Ancien professeur de biologie de l’Université d’Aberdeen, Anne Glover a également exercé la fonction de conseiller scientifique principal pour l’Écosse de 2006 à 2011. Son rôle est d’appuyer les preuves scientifiques en exprimant ce que les acteurs de la scène politique et les fonctionnaires n’osent pas toujours dire. « Les preuves sur lesquelles je travaille sont indépendantes, elles ne changent pas en fonction des courants politiques. Et cela devrait rassurer la population. »

D’après Mme Glover, le sentiment de malaise qui entourait la question des cultures OGM dans les années 1980 et 1990 date de la génération précédente : « Nous avons progressé et les enjeux sont complètement différents aujourd’hui. »

Elle a défendu le principe de précaution, approprié lorsqu’il est correctement appliqué, avant d’ajouter : « Nous ne devrions pas […] nous mettre des bâtons dans les roues en laissant les autres profiter de nos connaissances avant nous parce que nous sommes trop prudents. » « Je m’inquiète à ce propos. La connaissance est une monnaie internationale et nous sommes parmi les plus lents à exploiter celle que nous créons. Cela ne peut pas fonctionner. »

Attirer l’attention des adolescentes

Anne Glover a également fait l’éloge de la vidéo récemment diffusée par la Commission dans le cadre de sa campagne sur le rôle des femmes dans la science (« Women in Science »).

Cette vidéo, qui montre de jeunes femmes mélangeant des produits chimiques pour créer des produits cosmétiques, a été retirée par la Commission après des plaintes selon lesquelles elle renforçait les stéréotypes sexistes.

« Je n’adhère pas forcément à l’idée que les jeunes filles pensent à porter des talons hauts et mettent du rouge à lèvres. Mais si c’est réellement ce qu’elles ont en tête, alors il serait idiot de l’ignorer, surtout en tant que publicitaire », a expliqué Mme Glover.

Pour elle, les adolescents sont un groupe très difficile à atteindre, et elle s’est dite déçue des critiques émanant de scientifiques plus âgés et de femmes de son âge. « Ces gens n’ont peut-être pas réfléchi au public cible de cette campagne. Ce n’était pas eux, mais des adolescentes. » Mme Glover a également indiqué qu’elle envisageait de créer un nouveau réseau de représentants des scientifiques dans les États, afin de promouvoir une communication scientifique plus ciblée dans le cadre de l’élaboration des politiques.

Source : EurActiv.fr