Comment transformer un cerveau de femme en cerveau d’homme ?

Les chercheurs de l’Université du Maryland ont réussi à doter une femelle rat d’un cerveau de mâle. Leurs travaux publiés sur Nature.com expliquent comment l’injection de l’enzyme ADN méthyltransférase (DNMTs) dans l’aire préoptique d’un rat, une zone du cerveau faisant partie de l’hypothalamus, permet de passer d’un cerveau femelle à un cerveau mâle.

Le cerveau d’un rat femelle et d’un rat mâle sont très différents. Ce dimorphisme est dû à la différence d’exposition du cerveau aux hormones mâles pendant le développement. On sait déjà que des rats mâles ayant été très peu exposés aux androgènes auront, une fois adultes, un comportement similaire aux rats femelles. Plus particulièrement, si on leur donne des hormones femelles, ils deviennent sexuellement réceptifs. Dans le cas de l’étude menée par Margaret McCarthy, l’injection de DNMTs sur des rats femelles a modifié leur aire préoptique pour la rendre comme celle d’un cerveau mâle, soit 5 fois plus grosse.

Cette modification cérébrale post-natale a permis d’analyser le processus de masculinisation. Les chercheurs ont ainsi découvert que des microglies, des cellules du cerveau servant à la défense immunitaire du système nerveux, jouent un rôle majeur en produisant de la prostaglandine.

Grâce à cette expérience, les scientifiques disposent d’une méthode pour modifier le sexe du cerveau des rats après leur naissance et non in utero, créant des rats sexuellement femelles mais avec un cerveau mâle.

Par Audrey Loubens

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Un tribunal autorise le redémarrage de deux réacteurs dans le sud-ouest du Japon

Cette décision concerne les deux premières tranches atomiques du Japon susceptibles d’être relancées après avoir obtenu le certificat de sûreté technique de l’Autorité de régulation nucléaire, ainsi que le feu vert des élus locaux.

Si les plans de la compagnie exploitante, Kyushu Electric Power, se déroulent comme prévu, Sendai 1 et 2 – situés dans la préfecture de Kagoshima – pourraient être remis en exploitation dès cet été.

Actuellement, plus aucun des 48 réacteurs de l’archipel ne fonctionne (sans compter les six saccagés par l’accident de Fukushima en mars 2011).

La semaine dernière, un tribunal différent avait bloqué le redémarrage de deux autres unités, Takahama 3 et 4, au motif que les mesures parasismiques paraissaient insuffisantes.

« La décision concernant Takahama n’avait pas a priori de raison d’influencer celle de Sendai puisqu’il s’agit de juges différents censés instruire de façon indépendante », a souligné un expert du secteur préférant rester anonyme.

Dans le cas de Sendai, le tribunal a estimé « rationnels » les critères de sûreté sur lesquels s’est appuyée l’autorité nucléaire pour délivrer son certificat de conformité aux nouvelles normes.

Durcies après l’accident de Fukushima, elles prennent en théorie mieux en compte le risque de catastrophe naturelle et de situation critique subséquente.

Le jugement rendu mercredi pour Sendai va à coup sûr mettre en colère les organisations écologiques comme Greenpeace, mais faire plaisir au gouvernement pro-nucléaire du conservateur Shinzo Abe.

Le chef du gouvernement plaide depuis deux ans pour que « tous les réacteurs jugés sûrs par l’autorité nucléaires soient relancés », arguant que l’économie nippone a besoin de cette énergie.

Reste que les procédures traînent en longueur: pour l’heure seulement Sendai 1 et 2 et Takahama 3 et 4 ont reçu l’imprimatur du régulateur, et l’approbation des potentats locaux ne vaut que pour les deux premiers.

En outre, sur les 48 unités du pays, au moins cinq vont être démantelées, ce qui réduit d’autant le potentiel.

Si bien que, dans l’hypothèse d’une levée du blocage de la relance de Takahama 3 et 4, seuls quatre réacteurs seraient en mesure d’être remis en service d’ici à la fin d’année, la probabilité la plus élevée se limitant à deux, ceux de Sendai.

Néanmoins, l’Agence japonaise de l’Energie a estimé la semaine passée que même si tous les réacteurs nucléaires du Japon restaient à l’arrêt, il y aurait assez d’électricité pour passer l’été, période de pic à cause de l’usage intensif des climatiseurs.

D’après les calculs des autorités et sur la base des informations fournies par les compagnies, une marge de 3% à 12,1% entre la capacité de production et l’électricité effectivement consommée devrait exister en fonction des compagnies même au moment des pics. Le minimum requis est 3%.

Le Japon fait en effet tourner à plein régime ses centrales thermiques qui fournissent quelque 90% de son électricité, une proportion qui, selon le gouvernement, est la cause de la difficulté de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2015 Agence France-Presse. »

La traversée du Pacifique sera « un défi humain », prévient un pilote de Solar Impulse 2

L’appareil révolutionnaire a accompli mardi la sixième étape de son tour du monde, avec un vol de 17 heures en provenance de la mégapole de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine.

L’avion solaire doit rester une dizaine de jours à Nankin, le temps d’un check-up complet, avant d’affronter le Pacifique: cette prochaine étape durera cinq à six jours consécutifs de vol pour un seul pilote, chargé de rallier l’archipel américain d’Hawaï.

« On va faire face à un véritable défi humain », a reconnu M. Borschberg, depuis la Suisse où il se trouve actuellement en convalescence.

« La tentative de traverser le Pacifique constituera le grand défi du projet (de tour du monde) tout entier », a-t-il ajouté.

« Est-ce que nous pouvons imaginer un pilote durable? », à l’image de l’énergie solaire qui fait avancer l’avion, a enfin plaisanté M. Borschberg.

C’est lui qui assurera ce périple de 8.500 km. Son compatriote Bertrand Picard était pour sa part aux manettes pour l’étape entre Chongqing et Nankin.

« Enfin, nous y sommes parvenus, Solar Impulse est arrivé jusqu’ici! », s’est exclamé M Picard mercredi, lors d’une conférence de presse organisée dans l’ancienne capitale impériale.

L’avion, à l’envergure impressionnante de 72 mètres, ne devait initialement faire qu’une brève escale à Chongqing. Il y est finalement resté trois semaines, cloué au sol par des conditions météorologiques défavorables.

« André sera prêt d’ici à deux semaines pour sauter dans le cockpit et traverser le Pacifique jusqu’à Hawaï », a ajouté Bertrand Picard.

Deuxième pilote de l’avion solaire, André Borschberg a dû retourner temporairement en Suisse pour effectuer un contrôle médical en raison de migraines, mais sera de retour en Chine d’ici vendredi, selon un porte-parole de Solar Impulse.

L’intéressé a pour sa part précisé mercredi avoir également souffert d’un zona, ayant entraîné de douloureuses irritations de la peau.

Doté d’ailes tapissées de plus de 17.000 cellules photovoltaïques, Solar Impulse 2 est parti le 9 mars d’Abou Dhabi (Emirats arabes unis). Il a fait escale au sultanat d’Oman, en Inde, en Birmanie, puis en Chine.

Au total, l’appareil parcourra 35.000 kilomètres, à une vitesse relativement modeste (entre 50 et 100 km/h). Cette circonvolution, à 8.500 mètres d’altitude au maximum, était prévue au départ pour durer cinq mois, dont 25 jours de vol effectif.

Par Bill SAVADOVE

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2015 Agence France-Presse. »

Le manager français vu par ses collègues étrangers

Perfectionniste

« Les managers français sont appréciés pour leur habileté dans le maniement des concepts et l’analyse en profondeur de problèmes complexes, constate Yasmina Jaïdi, co-auteur de la recherche encore en cours et maître de conférences à l’université Panthéon-Assas. Ils examinent un problème sous tous les angles, car ils ne veulent pas prendre trop de risques. C’est aussi une preuve de leur engagement et de leur perfectionnisme. Ils veulent bien faire. »

Accessible

Les managers français s’avèrent « très accessibles, humains et particulièrement à l’aise dans la relation individuelle, note la chercheuse, mais pas très tournés vers le collectif. »

Chauvin

Cocorico ! Les managers français restent les ambassadeurs du savoir-vivre à la française. « Avec les Français, tout s’arrête pour le déjeuner, peu importe ce qui peut arriver. Jamais tu ne verras un manager français avec une lunch-box ! », s’exclame l’un d’entre eux. « Ils sont très attachés à ce qui fait la culture française, explique Yasmina Jaïd, et les repas longs en font parties. Mais il se passe plein de choses lors de ces repas, ce qui échappe totalement aux managers allemands ou anglais, pour qui c’est surtout une perte de temps ! »

Individualistes

Malheureusement, les cadres français n’ont pas que des qualités. « Certains managers français ont tendance à mettre en avant leur propre carrière au lieu de penser collectif », déplore un manager norvégien.

Petit chef

Autre défaut : les managers français sont perçus comme autocratiques. « L’accessibilité du manager français atteint des limites lorsqu’il s’agit de trancher et de décider, illustre Yasmina Jaïdi. Dans ce cas, les cartes restent dans ses mains. Ils sont ouverts à la discussion mais c’est eux qui décident et ont le dernier. »

Elitiste

Les diplômes comptent, aujourd’hui encore, plus que la performance effective du manager français dans son évolution de carrière, même s’il s’avère de plus en plus attentif à la performance de ses équipes pour les évaluer. « Les étrangers ne comprennent pas toujours qu’on parle encore de l’école qu’on a fait alors qu’on a 20 ans d’expérience », ajoute Yasmina Jaïdi.

Informel

Dans les entreprises françaises, « beaucoup de choses se passent encore en dehors des salles de réunion. Les décisions sont prises à la machine à café ou dans les couloirs, de façon très informelle, constate Yasmina Jaïdi. Avec les managers français, certaines décisions sont prises dans des endroits inattendus, ce n’est pas aussi structuré que dans d’autre pays. »

Pour aller plus loin : une cartographie des différences entre les cultures de management. 

Et une vidéo : 

Par Elodie Buzaud

Source : cadremploi.fr
premier site emploi privé pour les cadres et les dirigeants en France

L’ESA s’associe à la NASA pour crasher un vaisseau contre un astéroïde

La NASA s’intéresse de près aux astéroïdes. Après avoir travaillé à améliorer son logiciel de détection allant jusqu’à solliciter l’aide d’informaticiens amateurs, voilà qu’elle s’associe à l’ESA (Agence Spatiale Européenne) pour savoir s’il est crédible de dévier un astéroïde en le percutant avec un vaisseau spatial. Ensemble, les deux agences s’engagent dans la mission AIDA (Asteroid impact & deflection assesment).

Le projet se déroulera en deux temps. Tout d’abord, l’ESA va lancer le satellite AIM (Asteroid impact mission) dès la fin de l’année 2020. Son rôle sera celui de l’observateur. Placé dans l’environnement de l’astéroïde Didymos, le satellite européen mesurera différents paramètres avant et après la collision. Les données recueillies permettront d’étudier le comportement de l’astéroïde percuté à grande échelle et aidera les scientifiques à calibrer les appareils pour des expériences en laboratoire.

AIM bénéficiera de deux années pour observer et cartographier Didymos. Cet astéroïde binaire est composé d’une masse de 800m de diamètre autour de laquelle gravite un objet céleste de taille plus modeste avec 170m de diamètre. C’est lui que la NASA et l’ESA visent. En 2022, la NASA enverra DART (Double asteroid redirection test) en mission suicide. Ce vaisseau américain ira s’écraser contre Didymos lorsque celui-ci s’approchera à 11 millions de km de la Terre. DART percutera Didymos avec une vitesse de 6km/s. Les scientifiques espèrent réussir à modifier la vélocité orbitale de 1%, une variation qui pourrait se révéler suffisante pour dévier un astéroïde menaçant de s’écraser sur la Terre.

En effet, si Didymos n’est pas un danger pour la planète bleue puisque sa trajectoire ne le dirige pas sur nous, d’autres astéroïdes de taille équivalente ou plus importante pourraient un jour croiser la trajectoire terrestre. Un scénario catastrophe dont souhaite se prémunir la NASA et l’ESA. Ce test grandeur nature est le premier à s’intéresser à la possibilité de dévier un astéroïde de sa trajectoire en le frappant avec une cible. Un moyen de défense qui pourrait peut-être se révéler salvateur dans le futur.

Par Audrey Loubens

 

IMSI Catcher : ces “valises espionnes” peuvent écouter vos appels

Le nouveau texte de loi relatif au renseignement a déjà fait couler beaucoup d’encre. Face à la menace terroriste, le gouvernement prévoit de généraliser la surveillance des communications, et pour cela, d’utiliser en masse des outils capable de les capter.

Parmi ces outils, l’IMSI Catcher. Déjà très utilisé par les services de renseignement et les polices de nombreux pays du monde, des USA au Bengladesh, pour surveiller des suspects, ce type d’appareil devrait être légalisé en France – actuellement, il s’agit d’une pratique interdite.

Un intercepteur d’appels

Mais qu’est-ce qu’un IMSI Catcher ? Pour faire simple, il s’agit d’un émetteur mobile, souvent dissimulé dans une valise, qui se fait passer pour une antenne-relais téléphonique. Les mobiles alentour s’y connectent, au lieu de se connecter à une antenne “officielle”, mais les utilisateurs ne s’en rendent pas compte, car la communication est ensuite “renvoyée” vers de vraies stations de base.

Une fois connecté à cette fausse antenne-relais, le téléphone transmet à l’appareil (qui coûte, peu ou prou, 375 000 euros) ses identifiants d’abonnés, contenus dans la carte SIM – dont son IMSI (International Mobile Subscriber Identity), un numéro d’identification unique, qui permet d’identifier l’utilisateur sur un réseau de téléphonie. Cette méthode était à l’origine utilisée par des pirates informatiques, mais depuis plusieurs années, les agences de renseignement l’ont reprise pour localiser une cible (par triangulation entre trois appareils similaires), capter ses données ainsi que ses communications (SMS, appels) et écouter ces dernières.

Un filet dans la mer

Pour être efficace, l’IMSI Catcher doit être mobile : son utilisateur doit ainsi, en pratique, se déplacer avec, notamment dans une malette, autour du lieu où les cibles visées sont supposées se trouver. Il s’agit, en fait d’une sorte de “filet” jeté à la mer, attrapant de nombreux poissons – ceux l’ayant lancé espérant attraper les plus gros spécimen. Problème : quid, comme le dénonce la Quadrature du Net, des données personnelles de personnes n’ayant “rien à se reprocher”, et captées par l’IMSI Catcher, dans sa quête de suspects ?

Utilisé aux Etats-Unis par le FBI, via un boitier appellé le “Stingray”, dissimulé dans une camionnette, et en Grande-Bretagne par la Metropolitan Police, ce système “clandestin” permet aux policiers de capter tous les codes IMSI situés dans des zones ciblées, pouvant aller jusqu’à 500 mètres carré.

Ainsi, en 2010, pendant les émeutes de Londres, la police de la capitale britannique a utilisé des IMSI Catchers pour suivre, à leur insu, les mouvements de suspects en temps réel, écouter les conversations des manifestants, et même éteindre les mobiles à distance en effectuant des attaques de type DDOS – technique officiellement utilisée pour empêcher le déclenchement d’une bombe via un mobile. A noter qu’à Kiev aussi, en janvier 2014, pendant les émeutes ukrainiennes, la police aurait discrètement capté les codes IMSI des manifestants, disposant ainsi d’une liste nominative de personnes à surveiller dorénavant de près.

Une faille exploitée et permise par la 2G

A Sciences et Avenir, Ranga Krishnan, spécialiste des technologies mobiles à l’EFF (Electronic Frontier Foundation), ONG de protection des libertés numériques, indique que l’IMSI Catcher exploite une faille de sécurité grâce à la 2G (norme GSM). “Les téléphones 3G peuvent savoir à quelle antenne ils sont connectés, ce qui n’est pas le cas avec la 2G. Or, quelle que soit leur génération, tous les téléphones basculent en 2G si la seule antenne disponible à proximité utilise cette technologie ancienne », explique l’expert.

Rassurez-vous, la future loi de renseignement prévoit tout de même un certain cadre pour l’utilisation de ces appareils : les espions devront ainsi obtenir l’aval d’une “commission de contrôle” avant de pouvoir “pister” des suspects – et vous, peut-être, dans le lot.

A la chasse aux IMSI Catchers

Il reste possible de détecter ces intercepteurs d’appels GSM. Car bien que discrets, des outils permettent de détecter des “anomalies” dans les communications. SnoopSnitch, développée par le spécialiste en sécurité Karsten Nohl, est une application Android qui surveille les moments où votre téléphone “négocie” avec une antenne-relais inconnue, ou possédant un faible cryptage. D’autres applications, comme AIMSICD (Android IMSI Catcher Detector) inspectent la force du signal réseau et vérifient si cette force est cohérente avec l’éloignement des antennes-relais connues à proximité.

Par Fabien Soyez

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Le pétrole monte en Asie

Le prix du baril de « light sweet crude » (WTI) pour livraison en mai, contrat de référence jusqu’à mardi, prenait 78 cents, à 56,52 dollars tandis que le baril de Brent pour livraison en juin augmentait de 77 cents, à 64,22 dollars.

La Chine a annoncé dimanche une réduction du ratio de réserves obligatoires des banques dans le but d’injecter plus de liquidités dans le système et soutenir une croissance en perte de vitesse dans la deuxième économie mondiale.

Cette annonce « est perçue comme une véritable mesure de soutien » à l’économie et « les opérateurs pétroliers y réagissent fortement », relevait Michael McCarthy de CMC Markets à Sydney, interrogé par Bloomberg. « La réduction du nombre de puits (de forage aux Etats-Unis et un recul modéré de la production aux Etats-Unis contribuent également » à la tendance, selon lui.

Après six mois de fermetures de puits, la production américaine commence à refluer et l’annonce la semaine dernière d’une baisse minime de la production, de 20.000 barils par jour, avait suffi à provoquer une envolée des cours du WTI de presque 6%, qui s’était maintenue jeudi. Le nombre de puits de forage en activité aux Etats-Unis est le plus faible depuis novembre 2010.

Au total, les cours de l’or noir, qui ont perdu plus de 50% de leur valeur depuis juin 2014, ont rebondi de 30% depuis leur niveau plancher de mars.

La reprise est néanmoins freinée par la hausse continue des réserves de brut aux Etats-Unis, le refus de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de réduire sinon stabiliser sa production, et la perspective d’un afflux de pétrole iranien en cas d’accord avec les grandes puissances sur son programme nucléaire.

L’Opep a indiqué que le mois dernier, sa production avait augmenté de 810.000 barils par jour (bj) pour atteindre 30,79 mbj en moyenne, dépassant à nouveau les quotas du cartel.

Et le cartel « est peu susceptible de baisser sa production à court terme » du moins pas avant sa réunion de juin à Vienne, notait David Lennox de Fat Prophets.

Même aux Etats-Unis, selon l’Institut américain du pétrole (API), la production américaine a atteint en mars 9,32 mbj, le niveau le plus haut depuis 42 ans, en augmentation de 13% sur un an.

Le « light sweet crude » avait terminé la semaine dernière en baisse de 97 cents, à 55,74 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). A Londres, le Brent avait fini en baisse de 53 cents, s’établissant à 63,45 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE).

bur-gab/mf

 

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2015 Agence France-Presse. »

Une ville au beau milieu de l’océan prévue à l’horizon 2030

Alors que l’on peut voir presque quotidiennement fleurir l’internet de nouvelles photos et données concernant l’Univers que nous transmettent bien volontiers la Nasa et autres organismes se consacrant à l’observation de l’espace, il n’en va pas de même pour tout ce qui touche les océans; ces vastes territoires finalement assez méconnus et sous-exploités.

C’est une des raisons pour laquelle ce projet de « coloniser » un espace maritime est si atypique. Ça et les chiffres hallucinants associés à Ocean Spiral, cette potentielle « ville bulle » futuriste bâtie sur et sous la mer. Car l’ambition de Shimizu Corporation est hors normes.

Si elle voit le jour, cette sorte d’Atlantide, accueillera quelques 4 000 résidents permanents et 1 000 visiteurs dans une sphère transparente de 500 mètres de diamètre située à la surface de la mer, mais qui pourra, au besoin, descendre s’abriter sous l’eau. Pour se protéger des catastrophes naturelles, par exemple, telles que les tremblements de terre ou les tsunamis. Pour ce faire, elle pourra coulisser le long de la structure qui la soutient, une espèce de spirale, jusqu’à 4 000 mètres de profondeur.

À l’intérieur du globe, on retrouvera des logements (hôtels, appartements…), des commerces, des bureaux et le nécessaire pour répondre aux besoins de ces occupants (centres sportifs, cinéma…). Une petite ville quoi!

La production d’électricité pourrait en partie être assurée par une usine établie dans le fond de l’océan, vraisemblablement au pied de la structure, capable de transformer le dioxyde de carbone en méthane grâce aux micro-organismes appelés méthanogènes. Les ingénieurs comptent également utiliser l’énergie thermique des mers (ETM) produite par la différence de température entre le fond de la mer et la surface.

Les plans seraient déjà conçus. Les ingénieurs de Shimizu travailleraient dessus conjointement avec l’Université de Tokyo et l’Agence Japonaise pour les Sciences et Technologies Maritimes (JAMSTEC) entre autres depuis deux ans. Les prévisions tableraient sur une mise en chantier à l’horizon 2030; au moment où la technologie devrait être au niveau pour relever ce défi. La construction est ensuite censée durer cinq ans.

Ocean Spiral coûterait la bagatelle de 20 milliards d’euros. Ce qui, même pour Shimizu, l’un des plus grands acteurs du BTP japonais et mondial, reste une très grosse somme à mettre sur la table.

Par Sébastien Tribot 

Japon : une hôtesse androïde dans un grand magasin

Conçue par Toshiba, cette nouvelle créature humanoïde vêtue d’un kimono traditionnel est censée à terme pouvoir remplacer une hôtesse d’accueil derrière un comptoir de la prestigieuse enseigne Mitsukoshi dans le quartier de Nihonbashi à Tokyo.

« Mon nom est ChihiraAico », dit-elle en hochant la tête et clignant des yeux.

« Je vais vous chanter une chanson » ou bien « une foire au yukata (kimono d’été) se tient actuellement à l’étage des vêtements », sont quelques-unes des phrases qu’elle énonce au chaland interloqué.

Après une première présentation l’an passé lors d’un salon technologique au Japon, cette énième humanoïde nippone a fait une apparition en janvier aux États-Unis, mais c’est la première fois qu’elle se montre à des clients d’un magasin.

« Nous ambitionnons de développer un robot qui puisse progressivement prendre le rôle d’un être humain », a expliqué Hitoshi Tokuda, un des responsables de Toshiba.

« L’installer chez Mitsukoshi, qui représente le nec plus ultra de l’hospitalité japonaise, est une excellente occasion de voir quel rôle notre humanoïde pourrait jouer dans un tel environnement », a-t-il ajouté.

En la matière, ChihiraAico a encore beaucoup à apprendre, car en l’état elle ne sait pas entretenir une conversation avec un humain.

oh-kap/jh

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2015 Agence France-Presse. »

Les maires demandent des aides pour le «zéro pesticides» en 2017

Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte sera examiné en deuxième lecture en séance plénière à l’Assemblée nationale à partir du 19 mai. Tel que présent actuellement dans le texte, l’article 18bis prévoit de renforcer la loi Labbé n° 2014-110 du 6 février 2014. La loi Labbé prévoyait l’interdiction des produits phytosanitaires fin 2020 pour « l’entretien des espaces verts, des forêts ou des promenades accessibles ou ouverts au public et relevant de leur domaine public ou privé». L’article 18bis élargit cette interdiction aux voiries et avance l’interdiction de fin 2020 au 31 décembre 2016. 

« L’adaptation à l’extension du champ d’application de la loi Labbé à la voirie, ainsi que la célérité de son application nécessitent des budgets d’investissement à la fois en matériel et en formation que n’auront pas le temps de faire les communes en moins d’un an ! », estime l’association des Eco Maires. Guy Geoffroy, Président de l’association, se félicite néanmoins des mesures d’encadrement des usages des produits phytosanitaires prises pour les personnes publiques, « nécessaire au regard des risques pour la santé à la fois des usagers mais aussi des professionnels ».

Pour prouver ses craintes, l’association a fait réaliser à Harris Interactive une enquête téléphonique du 30 mars au 7 avril 2015 auprès d’un échantillon de 404 élus représentatif des maires de communes françaises. S’ils sont 79 % à considèrer l’objectif « zéro pesticide » comme une mesure nécessaire, 80 % craignent les contraintes supplémentaires qu’il va apporter, notamment en termes financiers. Plus la commune est petite, plus les craintes sont importantes. Ainsi, 57 % des maires de communes de moins de 1 000 habitants estiment qu’atteindre zéro pesticides coûtera trop cher à la commune, en raison du financement important des équipements nécessaires pour y parvenir. 

En résumé, l’association est pour cette interdiction, mais demande des aides pour qu’elle ne soit pas une charge insurmontable pour les collectivités. Elle interpelle donc le ministère de l’Ecologie pour qu’il lance un appels à projet afin d’équiper les plus petites communes de matériels performants. « Des solutions basées sur des aides et des incitations seront nécessaires pour permettre une transition, de façon à ce qu’en 2020 toutes les communes de France, quelle que soit leur taille, aient pu réellement mettre en place les dispositions nouvelles d’interdiction de recours aux produits phytosanitaires », prévient-elle.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Les biocarburants de première génération limités ?

L’Europe veut avancer sur la question des biocarburants de première génération, car la question traîne depuis de nombreuses années. La commission de l’environnement a voté l’accord conclu par les législateurs « prévoyant de plafonner la production de biocarburants traditionnels et d’accélérer le passage à d’autres sources, comme certains types de déchets, des résidus et de nouvelles sources comme les algues», fait savoir le Parlement européen dans un communiqué. 

La Commission européenne avait proposé en octobre 2012 de réduire cette part à 5 % en 2020. Le compromis approuvé le 14 avril prévoit que les biocarburants de première génération « ne devraient pas dépasser 7% de la consommation énergétique finale dans les transports d’ici 2020 ». Le texte de l’accord sera soumis à un vote en plénière lors de la session plénière du 27 au 30 avril à Strasbourg. Les États membres devront adopter la législation d’ici 2017.

Prendre à bras le corps la question du CIAS

La question du changement indirect de l’affectation des sols (CIAS) agite les débats depuis longtemps. Car le recours aux terres agricoles pour produire des cultures de biocarburants a des conséquences indirectes : il réduit la superficie disponible pour les cultures vivrières et augmente la pression pour mettre en culture de nouvelles terres, par exemple par déforestation ou mise en culture de prairies. Ce changement d’affectation des sols provoque de nouvelles émissions de gaz à effet de serre, ce qui peut annuler en partie ou complètement les effets bénéfiques de l’utilisation de biocarburants. La Commission veut donc savoir à quel point le CIAS affecte la réduction des émissions de gaz à effet de serre liés à l’utilisation de biocarburants par rapport aux combustibles fossiles. 

La Commission européenne demande aux fournisseurs de carburant d’étudier et de rapporter « aux pays de l’UE et à la Commission du niveau estimé des émissions causées par la libération de plus de terres pour produire les cultures vivrières nécessaires au moment où les terres sont passées à la production de biocarburants», précise le Parlement. La Commission estimera alors les émissions liées au CIAS. « Plus tard, la Commission devrait aviser le Parlement européen et le Conseil, en se basant sur les meilleures données scientifiques disponibles, à propos de la possibilité d’inclure des facteurs d’émission CIAS parmi les critères de durabilité existants », ajoute le communiqué. 

Si la directive est votée, les Etats membres auront 18 mois pour fixer un objectif national de développement des biocarburants avancés pour 2020. « Le projet législatif prévoit un objectif indicatif de 0,5 % pour la part d’énergie devant être produite à partir de biocarburants avancés comme un pourcentage de l’énergie provenant de sources renouvelables dans toutes les formes de transport d’ici 2020 », prévient le communiqué. Mais les Etats pourront fixer un objectif inférieur « pour certains motifs, tel qu’un potentiel limité pour la production, des contraintes techniques ou climatiques, ou l’existence de politiques nationales qui consacrent déjà un financement adapté à des mesures d’incitation en vue de renforcer l’efficacité énergétique et le transport électrique». Certains pays misent en effet déjà sur la mobilité électrique, d’autres sur le bioGNV ou l’hydrogène obtenu à partir de l’électrolyse de l’eau, pour atteindre ces objectifs. 

Les biocarburants de première génération sont obtenus par transformation de cultures produites sur des terres agricoles. L’Europe veut depuis longtemps limiter leur part dans les objectifs de développement des énergies renouvelables dans les transports d’ici 2020. Dès 2008, le Parlement a demandé à ce que le facteur de changement d’affectation des sols (CIAS) soit pris en compte dans la politique des biocarburants de l’UE. Depuis, ces biocarburants ont reçu jusqu’à 10 milliards d’euros par an de subventions publiques.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Anomalie de cuve : l’avenir de l’EPR menacé ?

Les calottes du couvercle et du fond de cuve de l’EPR de Flamanville ont été fabriquées par Creusot Forge, filiale du groupe Areva. Areva vient de déclarer à l’ASN une anomalie de fabrication portant sur ces pièces. « Ces zones présentent des anomalies d’homogénéité et on a des zones de faible résistance mécanique intrasèque des matériaux, assez nettement plus faibles que la référence qui est dans la réglementation», explique Pierre-Franck Chevet, Président de l’ASN. La réglementation fait référence à une valeur de résilience – la capacité d’un matériau à résister à un choc mécanique et à la propagation de fissures – de 60 Joules (J). Les valeurs mesurées par Areva sont situées entre 36 J et 64 J, pour une moyenne de 52 J. Cela est dû à une teneur en carbone de l’acier plus éleée que prévue (0,30% pour une valeur visée de 0,22%).

« Le jugement que l’on porte sur cette anomalie, c’est que c’est une anomalie sérieuse, voire très sérieuse, qui, en plus, intervient sur un composant crucial en termes de sûreté, prévient Pierre-Franck Chevet. La cuve, qui pèse 425 tonnes et mesure 11 mètres contient en effet le coeur du réacteur et sert de deuxième barrière de confinement aux éléments radioactifs.« Areva va faire des propositions d’essais sur des matériaux similaires pour essayer de démontrer qu’éventuellement ça peut passer », prévient le Président de l’ASN.

La réglementation prévoit une échappatoire

Si la réglementation relative aux équipements sous pression nucléaires impose que les propriétés du matériau soient supérieures à des valeurs minimales définies par décret, un fabricant peut choisir de ne pas respecter ces valeurs minimales, s’il justifie de la mise en oeuvre de dispositions permettant d’obtenir un niveau de sécurité global équivalent. Areva entame donc des tests complémentaires pour démontrer que le matériau de la cuve peut se déformer sans se rompre et résister à la propagation d’une fissure sous contrainte mécanique. L’entreprise devra définir précisément la localisation de la zone concernée, ainsi que ses propriétés mécaniques et transmettre son dossier d’essais à l’ASN. L’ASN instruira ce dossier, avec l’IRSN et le Groupe permanent d’experts dédié aux équipements sous pression nucléaires. Ces résultats sont attentus pour le mois d’octoobre, selon le ministère de l’écologie. 

Les tests ne pouvant pas se faire directement sur la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville, des essais destructifs complémentaires de traction et de résilience vont être réalisés sur la calotte supérieure d’une cuve similaire réalisée dans les mêmes ateliers de Creusot Forge, selon le même procédé. Les experts devront donc être convaincus de la reproductibilité du procédé de fabrication de Creusot Forge et s’assurer qu’il n’y a pas de risque de fissuration. Le Président de l’ASN reste très prudent. « [La résilience] est un indicateur de qualité de matériau. Effectivement, il n’est pas atteint. Mais ce n’est pas parce que l’on n’atteint pas ce critère qui est parfait, que c’est inacceptable. Je ne dis pas non plus que c’est acceptable», indique-t-il. Car la qualité d’un matériau est définie par bien d’autres critères. Les essais complémentaires devront dire si cela est acceptable ou non.

Un enjeu énorme pour Areva

Si le dossier d’Areva n’est pas accepté par l’ASN, il lui faudra remplacer la cuve. Les travaux étant déjà assez avancés – les boucles primaires et un des générateurs de vapeur de l’EPR de Flamanville ont déjà été soudés à la cuve -, cela lui sera très coûteux et difficile à réaliser, voire peut-être impossible. Cette éventualité est inquiétante pour Areva et EDF, étant donné la situation financière actuelle très difficile d’Areva, et les surcoûts déjà observés sur ce prototype.

Mais les perspectives négatives ne s’arrêtent pas là. Si les essais complémentaires ne convainquent pas l’ASN, les deux autres EPR en construction à Taishan en Chine, seraient menacés, car certaines calottes de leurs cuves ont aussi été forgées par Creusot Forge, selon un procédé similaire. Ce n’est pas le cas de celui d’Olkiluoto en Finlande, la cuve provenant d’un autre fournisseur japonais.

EDF a transmis à l’ASN l’autorisation de mise en service de l’EPR de Flamanville il y a quelques semaines. Le dossier de près de 40 000 pages sera instruit par ses experts. Outre le dossier en question, l’autorisation de mise en service ou non, d’ici 2017 au plus tôt, sera soumise aux résultats des tests portant sur la cuve. 

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Climat ou business, un choix qui rend les entreprises schizophrènes

Elles disent être engagées pour la lutte contre le changement climatique, et le répètent à longueur de publicité et de rapports annuels. Mais dans le même temps, de nombreuses entreprises européennes unissent leurs forces au sein de structures de lobbying dont les visées sur le changement climatique s’avèrent opposées.

Le Policy Studies Institute, de l’université de Westminster, s’est penché sur ce paradoxe, au travers d’un rapport publié le 30 mars.

Il ressort que 77 % des 500 plus grosses sociétés dans le monde sont membres de lobbys intéressés par le changement climatique. Au sein de ces groupes d’intérêt, les industries gourmandes en énergie, les lobbys des énergies fossiles ainsi que Business Europe, le Medef européen, tentent d’affaiblir le marché européen du carbone, mais aussi les mesures d’efficacité énergétique ou le soutien aux énergies renouvelables.

Ainsi, Business Europe a tenté de s’opposer aux projets de ranimation du marché du carbone ou backloading, comme le montre ce communiqué, plaidant pour une refonte plus profonde et donc plus longue du système.

Parmi les entreprises prises entre deux chaises, on retrouve aussi BASF ou Solvay : les deux entreprises de chimie membres du groupement défendant les intérêts de la chimie, le CEFIC sont tiraillés entre plusieurs impératifs. Avoir accès à une énergie moins chère est crucial pour ces industries très gourmandes en énergie ; la chimie penche milite donc pour l’exploitation du gaz de schiste. Les groupes de chimie se disent par ailleurs de fervents acteurs de la lutte contre le changement climatique.

Dans une réponse à la Commission sur ses propositions de paquet climat, CEFIC proposait ainsi une approche « réaliste » à la question du changement climatique, dont l’ambition soit conditionnée au partage de l’effort avec les autres économies occidentales.

Solvay et BASF sont par ailleurs membres du World Business Council for Sustainable Development, une organisation destinée à encourage les initiatives pour l’environnement.

Contactés par EurActiv, ni Business Europe ni Cefic n’ont répondu sur ce sujet.

Des modes d’influence bien huilés

L’institut s’est aussi penché sur les modes d’influence des lobbyistes. Selon le rapport, un « lobbying efficace peut représenter l’impact le plus important qu’une société aura sur le climat », en positif ou en négatif. Ainsi en 2013, l’industrie chimique avait réuni ses PDG pour rencontrer le commissaire européen au climat, et lui expliquer que l’objectif de réduction des émissions de CO2 de – 30 % d’ici 2030 accélérerait la désindustrialisation du continent. Des termes qui ont été repris par Gunther Oettinger, qui était à l’époque commissaire à l’énergie, quelques jours plus tard.

Les groupes d’intérêt ont aussi recours à leurs membres qu’ils mandatent pour rencontrer les eurodéputés en local, ce qui influence leur position. Même si tous les eurodéputés n’ont pas le même poids sur les questions climatiques. Selon un lobbyiste cité dans le rapport, seulement un dixième des eurodéputés connaît vraiment les enjeux, et sur ce lot seuls un tiers ont une réelle influence.

Des conflits d’intérêts plus ou moins gérés

Plusieurs sociétés, sensibles aux paradoxes de leurs soutiens, se sont récemment retirées d’organisations peu motivées par l’environnement. A l’automne, Microsoft, Google, Yahoo puis Facebook se sont retirés de l’American Legislative Exchange Council (ALEC), qui est ouvertement opposé aux énergies renouvelables. De même, Unilever a quitté BASF en aout 2014, en raison de son positionnement sur les questions environnementales.

Responsabilité des politiques

Ce conflit d’intérêt perpétuel ne s’arrête pas aux portes des entreprises. La nouvelle Commission européenne est elle-même en proie aux mêmes paradoxes dans son projet d’Union de l’Energie.

Un programme censé concilier trois objectifs : réduction des émissions de CO2, compétitivité des entreprises et sécurité d’approvisionnement. Trois projets a priori contradictoires. Le premier plaide pour le recours aux énergies renouvelables, le second pour le charbon, et le troisième pour des investissements massifs dans des gazoducs. Le malaise des entreprises par rapport au climat reflète aussi le manque de hiérarchie dans les priorités politiques de l’UE entre ces trois contraintes.

Source : Euractiv

Les Cnil européennes se penchent sur les pratiques de Facebook

Facebook et sa politique de confidentialité sont sur la sellette. « Il y a une action collective concertée entre cinq autorités européennes, la France, la Belgique, l’Allemagne les Pays-Bas et l’Espagne qui vont coordonner des actions nationales […] sous la responsabilité des Pays-Bas », a expliqué Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la Cnil au cours de la présentation du bilan annuel de l’autorité de protection des données.

« Le périmètre d’action de chacune n’est pas forcément le même », a-t-elle précisé, « mais pour la plupart c’est la privacy policy [la politique de confidentialité, NDLR] de Facebook qui est au cœur des débats. »

Les autorités de protection des données pourraient notamment d’intéresser au croisement des données entre plusieurs applications, comme Instagram ou Whatsapp.

Le processus qui « vient de commencer » s’inspirera de celui déjà mené à l’encontre de Google, a précisé Mme Falque-Pierrotin.

« Ce processus a marché et a montré que quand l’Europe parle d’une voie unique […] elle a une capacité de négociations avec les grands acteurs mondiaux », a-t-elle souligné.

Après plusieurs sanctions prononcées par des autorités européennes de protection des données contre Google, le géant américain a décidé de fusionner en 2012 les règles de confidentialité applicables à une soixantaine de ses services.

Sur Facebook, « la conclusion que nous en avons tirée c’est qu’il était absolument nécessaire d’avoir un groupe de travail commun et d’échanger ensemble des informations », a souligné Isabelle Falque-Pierrotin.

La responsable n’a pas souhaité commenter l’accusation d’abus de position dominante dans la recherche sur internet prononcée mercredi à l’encontre de Google par la Commission européenne.

Cependant, elle a noté que « la nouvelle politique de privacy de Google qui permet une combinaison extrêmement forte et transversale de données entre tous les services de Google alimente une rente informationnelle de cette société exceptionnelle ». « Ce n’est pas nécessairement un abus de position dominante, mais on voit bien que les pratiques en matière de privacy permettent de constituer un gisement de données d’une qualité tout à fait remarquable », a-t-elle observé.

Source : EurActiv France avec l’AFP

Et aussi dans les
ressources documentaires :

La photo de la semaine #6

Vous avez été nombreux à trouver la réponse à la photo de la semaine #5 qui représentait… Une couche mince d’un semi-conducteur capable de capter l’énergie solaire pour la transformer (Photo de Eberhardt Josué, Friedrich Kernahan, and Enrique Rodríguez Cañas, Wellcome Images).

Bravo donc à Arnaud.Q, Frédéric.M et Bertrand.R !

Place donc à la photo de la semaine #6 ! Cette semaine, à vous de découvrir ce qui se cache sur cette image.

Bonne chance !

Un indice : la photo a été prise d’un satellite.

  • Mais qu’est-ce donc ?

photo de la semaine

Publiez vos propositions dans la zone « commentaires » ci-dessous.

  • La réponse sera donnée la semaine prochaine dans l’article La photo de la semaine #7

Les robots, danger ou opportunité ?

La polémique est née dans la Silicon Valley où de grandes entreprises telles que Google et Facebook investissent énormément dans des projets liés à l’intelligence artificielle (IA). Google a notamment embauché Ray Kurzweil, un grand entrepreneur connu pour ses visions très positivistes et optimistes de l’IA. « Il défend une vision extrêmement positiviste et assez utopique de l’IA qui irait jusqu’à nous libérer de la chair et nous promet une immortalité », nous prévient Jean-Claude Heudin, Directeur de l’Institut de l’Internet du Multimédia et auteur du livre « Les 3 Lois de la Robotique, faut-il avoir peut des robots ?».

En réaction à cette vision optimiste, des personnalités telles que Stephen Hawking, puis Elon Musk et Bill Gates se sont récemment fait l’échos d’une contre-utopie, beaucoup plus pessimiste. L’IA toute puissante pourrait supplanter l’Homme, voire même faire disparaître l’humanité. Le grand public est particulièrement réceptif à ces craintes, suite aux films de science-fiction tels que Terminator, Matrix ou encore Transcendance.

Ces scénarios sont-ils réalistes ?

« Les gens qui s’expriment aujourd’hui sur le sujet ne sont pas des professionnels de l’IA », commente Jean-Claude Heudin. Lorsque l’on parle aux chercheurs dans le domaine, on se rend compte qu’on est très loin de créer une IA qui se révolterait. « On est capable d’avoir des IA qui sont extrêmement performantes et quelquefois plus performantes qu’un humain sur un point précis, mais on est incapable d’avoir une intelligence artificielle généraliste, douée de volonté, encore moins de conscience et qui serait capable d’apprendre par elle-même», affirme Jean-Claude Heudin. « On ne sait même pas si un jour on y arrivera », prévient-il. Le cerveau est en effet un substrat organique incroyablement complexe, alors que les programmes et architectures utilisés en robotique restent relativement simples.

Le robot ne ressent rien et n’a pas de conscience au sens humain du terme, on ne peut tout que lui permettre de simuler des émotions. « La conscience primaire, c’est avoir conscience de son corps dans l’environnement. Comparativement, les robots ont très peu de capteurs internes, donc ils n’ont pas la structure de base qui leur permettrait ne serait-ce que d’avoir un « embryon de conscience de leur corps » dans l’environnement », assure l’expert en intelligence artificielle.

Les prévisions de Ray Kurzweil reposent sur des théories discutables. « Derrière, il y a les transhumanistes et la théorie de la singularité technologique qui refleurit – théorie selon laquelle l’accroissement exponentionelle  du progrès technique accoucherait d’une IA toute puissante », prévient Jean-Claude Heudin. Ces raisonnements ne prennent pas en compte l’épuisement des ressources et  reposent notamment sur l’extrapolation de la loi de Moore.

Quelle place pour les robots dans la société?

Pour Jean-Claude Heudin, des questions beaucoup plus importantes se posent. « Le débat de la place de la robotique dans la société est un vrai débat », estime-t-il. Il semble nécessaire de redéfinir les tâches qui peuvent être réalisées par des robots et celles qui doivent rester humaines. Il faut remettre l’homme au centre des stratégies de robotisation.« Il ne faut pas utiliser le robot pour remplacer l’homme, mais l’utiliser  pour aider l’homme, améliorer ses conditions de travail », défend-il. La stratégie à construire devrait être de s’assurer que la robotisation crée plus d’emplois qu’elle n’en détruira. 

Un autre débat de société devrait être posé de façon beaucoup plus ouverte. L’armée américaine étudie actuellement la possibilité de créer des machines qui auraient une capacité autonome de combat. Mais un robot peut-il tuer un humain  sur la base d’un simple algorithme ? Sur quelles valeurs se baserait cet algorithme pour décider de tuer ? Cela pose des questions éthiques et de société. La première loi de la robotique imaginée par Isaac Asimov dans les années 1950 selon laquelle « un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger », semble du coup déjà obsolète. Ce débat dépasse celui des robots militaires. La voiture autonome pose des dilemnes similaires : l’algoritme devra-t-il favoriser la vie du conducteur ou celle d’un piéton en cas d’accident mortel inévitable ?

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Un capteur pour donner la faculté aux humains de détecter les champs magnétiques

La faculté de ressentir les champs magnétiques (connue sous le nom de « magnétoréception ») est présente chez certaines bactéries, insectes et même des vertébrés comme certains oiseaux, tortues ou requins pour l’orientation ou la navigation, mais pas chez l’humain de manière naturelle (a priori).

Cet appareil, extrêmement robuste malgré ses dimensions (2 micro-m d’épaisseur et une masse surfacique de 3 g/m2 grâce à son support polymérique ultrafin, pourrait permettre aux humains de posséder la faculté de perception du magnétisme. Il s’agit d’un système de capteurs magnétiques flexibles pouvant être facilement porté sur la peau par un individu. Cela pourrait avoir une application pour des interactions homme-machine sans contact ou pour des implants médicaux, ou encore pour les appareils électronique sur la peau. Quand un champ magnétique est perçu, des lumières émises par des LEDs permettent de quantifier l’intensité du champ.

Ce travail est le fruit des recherches de Denys Makarov et de son équipe de l’Institut Leibniz pour la recherche sur l’état solide et les matériaux à Dresde et de l’Université Technique de Chemnitz en Allemagne, ainsi que des équipes de l’Université de Tokyo (prof. T. Someya, Dr M. Kaltenbrunner) et de l’Université d’Osaka (prof. T. Sekitani) au Japon.

Pour en savoir plus :

Source : www.bulletins-electroniques.com

Energies renouvelables en France: « l’énorme erreur » d’Atlantico.fr

Le « rapport final » de l’étude « vers une électricité 100% renouvelable en France » coordonnée par la start-up spécialisée Artelys (fondée notamment par des anciens de la R&D d’EDF et au rayonnement international) en partenariat avec Energie demain et Mines Paristech pour le compte de l’Ademe (une agence d’état) est disponible à cette adresse :

L’article d’Atlantico.fr, dans sa version d’origine, s’est répandu de manière virale sur internet, colporté sans aucune analyse par ceux (y compris des ingénieurs) qui n’aiment pas les énergies de flux durables et qui préfèrent les énergies de stock, par définition non durables. Cet article a ainsi généré une pollution massive du débat énergétique, d’où la présente mise au point dans une perspective de salubrité publique.

Des coûts commentés à l’aveuglette

Première version de l’article, Rémy Prud’Homme, professeur (émérite) à l’université Paris XII (Paris-Est Créteil) : « Tout d’abord, il y a des erreurs sur les chiffres des prix qui sont donnés dans ce rapport. Le rapport parle d’un prix actuel à 91€ par MegaWatt heure or le prix du nucléaire auquel EDF est obligé de vendre à GDF est d’environ 41€ ! Ce chiffre de 91€ ne rime pas à grande chose, le rapport doit calculer ce que serait le prix du nucléaire dans des centrales à construire ! Le deuxième point noir du rapport : le prix du solaire et de l’éolien serait de 117€ du MegaWattHeure. Or le prix actuel d’achat de GDF du solaire ou de l’éolien est d’environ 200€ en moyenne selon la commission de régulation de l’énergie. Le prix de l’éolien maritime est même au dessus de 200€, le solaire est actuellement payé à 300€ en moyenne. Même si dans le futur on imagine que les prix vont baisser, on ne peut pas être certain. (…) Enfin, le rapport fait complètement l’impasse de l’adéquation temporelle de l’offre et de la demande. (…) »

Des propos qui ont fait réagir le scientifique Sylvain Quoilin, membre d’un JRC (Joint Research Center) de la Commission européenne et spécialiste des systèmes électriques à base d’énergies renouvelables : « C’est faux ! » s’indigne l’expert. « Le modèle est horaire et optimise le système ainsi que ses variations ». Fort heureusement d’autres journalistes, comme par exemple Pierre Le Hir (Le Monde) ont réalisé un compte-rendu honnête et d’excellente qualité de l’étude.

Contactée par Techniques de l’ingénieur la rédaction d’Atlantico.fr a reconnue qu’elle n’était pas compétente en la matière et qu’il fallait qu’elle en parle avec Rémy Prud’homme. Contacté par nos soins, Rémy Prud’homme, la personne interviewée, a déclaré : « Je n’avais pas encore lu l’étude, je ne savais pas comment me la procurer, je n’avais que des extraits d’articles de presse à ma disposition, et Atlantico m’a demandé de répondre à des questions pour une interview. J’ai accepté mais Atlantico aurait dû vérifier ce que j’affirmais avant de valider. Ce n’est pas sérieux de leur part ». Rémy Prud’homme a ensuite reconnu s’être lourdement trompé et ne pas avoir compris ce à quoi correspondait le coût de 91 €/MWh : « Je ne peux pas faire autrement que reconnaître m’être trompé, il n’y a pas d’autre attitude à avoir » a-t-il eu l’honnêteté d’admettre. Il suffisait en effet de lire l’étude pour comprendre qu’il s’agit du coût de l’électricité hors taxe en France, c’est-à-dire non seulement la fourniture (production) mais aussi l’acheminement (transport et distribution de l’électricité), ainsi que la part EnR de la CSPE. Atlantico décide alors de corriger l’article en remplaçant intégralement le premier paragraphe de l’article.

Une approche systémique mal comprise

Seconde version de l’article, Rémy Prud’Homme : « L’erreur – ou la confusion – principale porte sur la notion de coût du nucléaire. ​Les auteurs comparent le coût de l’électricité renouvelable future avec le coût du nucléaire futur. La comparaison aurait du sens dans un pays sans parc de production. Mais la France a un parc, qui se trouve être nucléaire, et qui est en état de marche, même s’il a besoin d’entretien; Et ce parc, largement amorti, produit de l’électricité à bon compte. La preuve en est qu’EDF a obligation d’en vendre une partie, à un prix fixé par les pouvoirs publics, qui est inférieur à 45 €/MWh. »

Techniques de l’ingénieur recontacte alors la rédaction d’Atlantico.fr pour leur indiquer que c’est encore faux. 91 €/MWh c’est coût Actuel, et non pas futur, de l’électricité hors-taxe en France. A noter que le coût de l’électricité française va monter d’environ +5% par an entre 2015 et 2020 selon des études de la CRE et du Sénat. 119 €/MWh c’est le coût d’un système 100% EnR complet en 2050, y compris réseau et stockage. A noter également une baisse de 14% du coût si l’on prend un taux d’actualisation de 2% au lieu de 5,25% comme expliqué dans le rapport pages 72 et 73. La comparaison porte donc sur un coût 100% EnR dans le futur avec le coût actuel de l’électricité afin d’évaluer l’ampleur de la variation. Elle est de 30%. Un comparatif est également effectué dans l’étude avec des mix 40%, 80%, 95% EnR. A aucun moment le coût de l’électricité EnR future n’est comparé à celui du nucléaire futur. Seuls les systèmes complets (y compris réseau et stockage) sont comparés, approche systémique, et c’est tout l’intérêt de l’étude. La rédaction d’Atlantico.fr répond alors : « Après une lecture attentive du rapport, il s’agit effectivement d’une erreur de notre part. Nous corrigeons. Merci de nous l’avoir signalée. » Une seconde correction est alors effectuée.

On n’arrête pas le progrès

Troisième version de l’article, Rémy Prud’homme: « Notons qu’en 2014, selon la très officielle CRE (Commission de Régulation de l’Energie), le prix moyen d’achat aux producteurs est de 91 € pour l’éolien terrestre, de 217 € pour l’éolien en mer, et de 418 € ​pour le photovoltaïque. Merci pour eux. Ces prix vont baisser, mais jusqu’où, c’est ce que personne ne sait exactement. Or le prix actuel d’achat de GDF du solaire ou de l’éolien est d’environ 200€ en moyenne selon la commission de régulation de l’énergie. Le prix de l’éolien maritime est même au dessus de 200€, le solaire est actuellement payé à 300€ en moyenne. »

Patatras, encore biaisé ! Les valeurs indiquées intègrent l’ensemble des tarifs du passé. En effet un parc solaire installé il y a 10 ans (à une époque où le solaire coûtait vraiment très cher, environ 6 fois plus qu’aujourd’hui) continue de peser aujourd’hui sur le prix de l’électricité (durée du contrat: 20 ans). Il est important de comprendre que ces chiffres sont vraiment complètement hors sujet quand on s’intéresse aux coûts des technologies actuelles et futures. Comme le souligne l’institut Fraunhofer, une référence mondiale en matière d’énergies de flux durables : « En 2013 les tarifs d’achat moyens pour l’électricité photovoltaïque étaient d’environ 32 centimes d’€/kWh (en Allemagne ndlr). Cette valeur moyenne inclut les taux de rémunération élevés des installations anciennes. Elle est cependant inappropriée, non pertinente pour déterminer l’expansion future du solaire »… (Source, page 11). Le titre donné à l’article d’Atlantico.fr prétend qu’il y a une « énorme erreur de raisonnement » dans l’étude Mines / Artelys. Or, l’énorme erreur de raisonnement n’est pas dans le rapport mais dans le commentaire qui en est fait par Rémy Prud’homme. Le fait que la rédaction d’Atlantico.fr accepte de corriger partiellement relève néanmoins d’un état d’esprit louable.

Près de Bordeaux un contrat solaire PV (300 MW) a été signé à 105 €/MWh. Et si les taxes douanières pénalisant les panneaux chinois étaient supprimées on serait même à moins de 100€/MWh selon le patron de Neoen. Une valeur confirmée par un expert de l’Agence Internationale de l’Energie (Lire à ce sujet ce dossier des Techniques de l’ingénieur). De plus Bordeaux n’est pas le site le plus ensoleillé de France. Près de Toulon on peut produire aujourd’hui du solaire PV encore meilleur marché. A Dubaï un contrat a été signé il y a quelques semaines à 51 €/MWh ! Moins que l’électricité à base de gaz et de fioul dans cet émirat. Un véritable tremblement de Terre à l’échelle mondiale. C’est cela la réalité. Agiter des chiffres intégrant des données du passé embrouille les esprits. C’est stérile, pas constructif, pas rigoureux pour un sou et encore pire, intrinsèquement malhonnête.

Rémy prud’homme ajoute : « Il est dit (dans le rapport ndlr) qu’on aura des moyens de stockage considérables, mais aujourd’hui on ne sait pas stocker de l’électricité en grande quantité. »

L’étude montre exactement le contraire. « Nous savons bien entendu stocker l’énergie électrique » rappelle Bernard Multon, professeur des universités à l’Ecole Normale Supérieure Cachan, antenne de Bretagne, et agrégé en génie électrique. Il existe même pléthore de solutions. Comme le souligne le polytechnicien et hydraulicien François Lempérière il y a dès à présent 140.000 MW de STEP (stockage hydraulique gravitaire) dans le monde (dont 5000 MW en France). « Affirmer que l’on ne sait pas stocker est tout simplement idiot » confirme l’expert.

On sait également stocker l’énergie électrique sous forme d’air comprimé mais aussi avec des batteries et des supercondensateurs ou encore des volants d’inertie sans parler de l’électrolyse de l’eau. Le 30 avril 2015 le PDG de Tesla Motors et fondateur de SolarCity, Elon Musk, va précisément annoncer une offre commerciale solaire PV + stockage, une annonce très attendue au pays de Benjamin Franklin. Affirmer que l’on ne sait pas stocker relève d’une idée préconçue fallacieuse.

Atlantico, face à l’exigence de rigueur intellectuelle de la part de Techniques de l’ingénieur, a fini par changer le titre de son article. Il est devenu : « Rapport de l’Ademe sur les énergies renouvelables : les obstacles à un mix électrique 100% renouvelable ». En progrès. Mais peut mieux faire…La mention « mauvais calculs » reste en exergue de l’article, en lettres rouges. A moins que cela soit pour prévenir le lecteur à propos du contenu de l’interview ? Pour le Vice-président de l’Assemblée Nationale et Député de Paris, Denis Baupin, les propos de Rémy Prud’homme relèvent du « comique troupier« .

En Allemagne, au Danemark, en Scandinavie, en péninsule ibérique, ou encore à San Diego et à Vancouver, les citoyennes et citoyens savent toutes et tous que passer au 100% renouvelable est possible. C’est pour une immense majorité d’entre eux une évidence. L’objectif du gouvernement danois est clair : 100% d’EnR en 2050. 80% en Allemagne. 100% à San Diego et à Vancouver. En France, se fixer un objectif de 100% de renouvelable est souvent perçu comme absolument impensable, quelque chose qui relèverait presque de l’extrémisme, du totalitarisme idéologique. Sur LCI une journaliste a déclaré à propos de l’étude commandée par l’Ademe : « cela parait incroyable », avec un air très perturbé. Le paysage mental d’une bonne partie des Français n’est pas du tout préparé. A leur décharge France 2 (JT de David Pujadas) affirmait il y a quelque temps qu’il faudrait couvrir toute l’Europe de panneaux solaires pour répondre à la demande électrique française. Un problème de culture scientifique et technique en matière d’écotechnologies énergétiques se pose dans notre pays.

Aux USA, même le très conservateur Tea Party fait à présent la promotion du solaire photovoltaïque. A l’occasion du Bloomberg New Energy Finance Summit qui s’est déroulé à New-York au même moment que le fameux colloque de l’Ademe sur l’électricité renouvelable, Debbee Dooley, l’une des co-fondatrices du mouvement, a déclaré : « nous pouvons aujourd’hui produire l’électricité solaire à 6,5 cents le kWh, ce qui est en dessous de la moyenne nationale ». Elle a aussi insisté sur le fait que l’énergie solaire décentralisée était très pertinente sur le plan de la sécurité (un thème de prédilection du Tea Party). « Notre système électrique centralisé est bien trop vulnérable aux attaques terroristes » a-t-elle martelé. La panique provoquée par les drônes survolant les centrales nucléaires en France abonde dans son sens.

Il serait peut-être temps qu’Atlantico mette à jour sa ligne éditoriale en matière énergétique. Le solaro-éolien connaît un boom phénoménal outre-Atlantique. Outre Atlantico, pour le directeur de l’ingéniérie du géant américain Google, Ray Kurzweil, le monde peut passer au 100% énergies solaires d’ici 20 ans.

Comme le souligne un rapport UBS dont Peter Diamandis, fondateur d’Xprize, a fait écho dans une tribune intitulée « Solar Energy Revolution : A Massive Opportunity », « les grandes centrales électriques actuelles seront les dinosaures du système électrique de demain : trop grosses, pas assez flexibles, même pas pertinentes pour assurer le back-up à long terme ».

Errare humanum est, perseverare diabolicum.

Par Olivier Daniélo

Réinventer la mémoire de nos ordinateurs en s’inspirant du cerveau

Aujourd’hui, il existe deux grandes catégories de mémoire informatique, dispositif essentiel à nos ordinateurs pour stocker l’information ou la restituer. Les mémoires volatiles sont capables de traiter un grand nombre de données dans un temps très court mais elles sont dépendantes d’une alimentation électrique continue pour conserver les informations qu’elles ont enregistrées. À l’inverse, les mémoires non-volatiles, comme les clés USB ou les CD, ne sont pas dépendantes d’une source électrique mais sont beaucoup moins rapides. Une alternative est en cours d’élaboration : les mémoires magnétiques (ST-MRAM), qui combinent rapidité de traitement et indépendance énergétique, les données n’étant pas stockées sous forme d’une charge électrique mais d’une orientation magnétique.

L’un des problèmes majeurs de cette nouvelle technologie est le coût énergétique élevé de sa programmation. En effet, pour programmer les jonctions tunnel magnétiques (MTJ), nanocomposants de base de ces mémoires, on applique une tension électrique à leurs bornes. Si la mise sous tension n’est pas assez longue, la programmation peut être incorrecte, avec un degré de hasard qui dépend de la durée de l’impulsion de programmation. On parle alors de programmation probabiliste. 

Dans le cadre d’un usage plus conventionnel de la mémoire, pour lequel on souhaite une programmation qui exclut, au contraire, tout hasard, la mise sous tension des MTJ doit être prolongée, pour s’assurer avec un niveau de confiance suffisant de leur bonne programmation. Cette stratégie de programmation entraîne, de facto, une consommation énergétique importante.

Les chercheurs ont montré que la programmation probabiliste des MTJ peut devenir un avantage. Ils ont, en effet, imaginé une utilisation des MTJ comme « synapses » (connexions) d’un système dont le fonctionnement est inspiré du cerveau humain, c’est-à-dire consommant très peu d’énergie tout en ayant une très grande capacité de traitement de données. Une programmation probabiliste est alors une façon pour le système d’apprendre, après plusieurs répétitions, sa fonction. Comme pour les synapses du cerveau humain, plus les MTJ sont sollicitées, plus l’information a de chances d’être enregistrée. Les simulations numériques réalisées par les chercheurs montrent qu’un tel système peut résoudre efficacement, c’est-à-dire rapidement et en consommant peu d’énergie, des tâches cognitives comme les analyses d’images ou de vidéos, contrairement aux systèmes de mémoires actuelles. 

Les chercheurs peuvent désormais relever un nouveau défi, en construisant un premier prototype de ce système de mémoire informatique, neuro-inspiré.

Leurs travaux sont publiés en ligne dans la revue IEEE Transaction on Biomedical Circuits and Systems le 15 avril 2015.

Source : CNRS

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Des organismes se nourrissaient déjà d’azote il y a plus de 3.2 milliards d’année

« Imaginer que ce processus est à ce point ancien, et se perpétue à l’identique depuis 3.2 milliards d’années, c’est fascinant » s’enthousiasme Eva Stüeken, auteur de l’étude sur l’ancienneté de la vie sur terre.

En effet, d’après les travaux parus dans Nature, des roches prélevées en Afrique du sud et au nord ouest de l’Australie vieilles de 2.75 à 3.2 milliards d’années contiennent de l’azote. Or, la présence d’une telle substance chimique témoigne de l’existence du processus de fixation de l’azote. Il s’agit pour un organisme de capter l’azote présent dans son environnement pour produire des substances protéiques. Ceci est comparable à la photosynthèse, utilisée par des organismes pour fabriquer des substances glucidiques à partir du CO2.

La présence d’azote ne peut être synonyme que d’une seule chose : la présence de formes de vie ! Pourtant, à cette époque fort fort lointaine, la planète était plutôt de nature hostile, à tel point que la communauté scientifique estime que la vie serait apparue bien plus tard, sans pour autant savoir bien quand. Toutefois, des analyses génétiques estimaient l’origine du processus de fixation de l’azote entre -1.5 et -2.2 milliards d’années. La découverte de l’équipe des chercheurs de l’université de Johannesburg vient donc bousculer ces idées reçues et témoigne de la présence d’une forme de vie bien antérieure.

D’après l’analyse des roches, l’azote auraient été utilisé par une enzyme à base de molybdène, une substance chimique aujourd’hui particulièrement abondante sur Terre grâce à la présence d’oxygène mais dont la présence dans des temps si anciens que l’atmosphère était dénuée d’oxygène reste inexpliquée.

Par Audrey Loubens

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Début de la construction de LSST, l’un des plus puissants télescopes au monde

LSST verra sa première lumière en 2019 et sera pleinement opérationnel en 2022. Ce télescope de 8,4 mètres de diamètre photographiera le ciel de manière systématique durant dix ans et permettra de réaliser un film en trois dimensions de tout l’Univers visible. Il permettra également de mesurer avec une précision inégalée les quantités physiques associées à la matière et à l’énergie noire, pour nous aider à mieux comprendre la structure même de l’Univers : on parviendra ainsi à déterminer la position précise de plus de 10 milliards de galaxies (soit dix mille fois plus qu’aujourd’hui).

La caméra numérique la plus puissante au monde

A l’aide d’une caméra numérique comptant 3,2 milliards de pixels — la plus puissante au monde — et grâce à une conception inédite à trois miroirs, LSST permettra aux scientifiques d’étudier une vaste zone du ciel, jusqu’alors inaccessible. Sa conception lui permettra d’observer les objets célestes alors qu’ils changent ou se déplacent et donnera ainsi accès à des phénomènes fugaces telles les explosions d’étoiles ou le passage d’astéroïdes.

Le télescope pourra détecter et cataloguer des milliards d’objets dans l’Univers, les observer dans le temps et livrer ces informations — soit plus de 30 téraoctets chaque nuit — aux astrophysiciens du monde entier. De plus, la caméra numérique fournira un nouvel éclairage sur l’énergie noire, dont les chercheurs ont conclu qu’elle accélère l’expansion de l’Univers. LSST sondera les profondeurs de l’Univers, et créera ainsi une base de données unique regroupant des milliards de galaxies.

LSST est un projet en partenariat public-privé regroupant pour sa construction trois pays : le Chili, où sera situé le télescope, les Etats-Unis, via notamment la National Science Foundation (NSF) et le Department of Energy (DoE), et la France, représentée par le CNRS. Les équipes françaises participent à la construction de la caméra et se mobilisent fortement pour le traitement des données issues du télescope.

Situé à 2 700 m d’altitude, le site du Cerro Pachón a été choisi dès 2006 pour son ciel sans nuage, son faible niveau de pollution lumineuse et son climat sec, mais aussi pour la présence des infrastructures nécessaires liées à deux autres télescopes d’envergure déjà installés, le Gemini Sud et le Southern Astrophysical Research Telescope (SOAR).

Les laboratoires français impliqués dans LSST :

  • Astroparticule et cosmologie (CNRS/Université Paris Diderot/CEA/Observatoire de Paris)
  • Centre de calcul de l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS
  • Centre de physique des particules de Marseille (CNRS/Aix-Marseille Université)
  • Laboratoire de l’accélérateur linéaire à Orsay (CNRS/Université Paris-Sud)
  • Laboratoire des matériaux avancés (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1)
  • Laboratoire de physique corpusculaire de Clermont-Ferrand (CNRS/Université Blaise Pascal – Clermont-Ferrand)
  • Laboratoire de physique nucléaire et de hautes énergies à Paris (CNRS/UPMC/Université Paris Diderot)
  • Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie à Grenoble (CNRS/Université Joseph Fourier/Grenoble INP)
  • Laboratoire Univers et particules de Montpellier (CNRS/Université Montpellier 2)

Source : cnrs

Revue du web #79 : les vidéos les plus étonnantes d’avril 2015

Cette semaine dans la revue du Web :

  • Faire tourner des disques compacts à trop grande vitesse, et filmer avec une Phantom Flex ;

  • Recristallisation d’un aldéhyde phénolique ;

  • Un « petit train » magnétique d’une grande simplicité, et à peu de frais, acte II ;

  • Le gadget (inutile?) de la semaine : la plus petite perceuse sans fil au monde ;

  • Et en bonus : Sésame, ouvre-toi !

Faire tourner des disques compacts à trop grande vitesse, et filmer avec une Phantom Flex

Puisque les CD sont déjà – en partie – obsolètes, autant leur offrir une mort digne de leur rang, en remerciements pour services rendus. Les bourreaux en chef : les désormais incontournables « Slow-mo Guys », en compagnie desquels nous allons débuter cette soixante-dix-neuvième Revue du Web. Derrière ce nom de scène se cachent le réalisateur anglais Gavin Free et son ami Daniel Gruchy, deux compères rigolards prêts à se lancer dans toutes sortes d’expériences (impliquant souvent des destructions en tout genre) qu’ils ont pris la très bonne habitude de filmer, juste pour le plaisir de décomposer la scène au ralenti. Pour ce faire, ils ne se sont pas contentés de leur habituelle « Phantom Flex », l’incontournable caméra numérique très haute définition capable de filmer jusqu’à 18 000 images par seconde.

Cette fois-ci, place à la Phantom Flex v2511, la Rolls Royce des Phantom Flex permettant de filmer jusqu’à un million (!!!) d’images par seconde, lorsque la résolution est réglée au minimum. Avec ce nouveau joujou, les Slow-mo Guys se mettent en tête d’amener quelques bons vieux CD jusqu’à leur point de rupture – aux alentours de 23 000 tours par minute – en bricolant un tourne-disque monté sur le moteur… d’un aspirateur Dyson. Pas de quartier pour ces pauvres disques compacts, qui explosent les uns après les autres sous l’œil bienveillant de la Phantom Flex. Le résultat est bluffant, de la déformation à l’explosion.

Recristallisation d’un aldéhyde phénolique

Le 4-hydroxybenzaldéhyde est un aldéhyde phénolique, notamment présent chez certaines variétés d’orchidées, ou sous forme enzymatique dans les carottes. Bien qu’il n’en sache probablement rien, cela n’a pas empêché Christopher Lyon, un internaute éclairé, de s’intéresser à la recristallisation de cet aldéhyde. Partant d’une solution chaude, aqueuse et impure contenue dans une fiole Erlenmeyer, il plonge cette dernière dans un récipient contenant de l’eau glacée, le tout se trouvant sur un agitateur magnétique.

Le 4-hydroxybenzaldéhyde, soluble dans une solution « chaude », précipite partiellement en raison de la chute de la température dans l’Erlen. Le mouvement circulaire provoqué par l’agitateur magnétique ajoute, lui, une touche marbrée à la beauté de la chose.

Un « petit train » magnétique d’une grande simplicité, et à peu de frais, acte II

Peut-être vous souvenez-vous de l’astucieux « petit train » magnétique conçu avec très peu de moyens mais beaucoup de matière grise par un internaute japonais particulièrement dégourdi, dispositif fascinant dont nous vous parlions ici (//www.techniques-ingenieur.fr/actualite/web-thematique_89430/revue-du-web-72-les-videos-les-plus-etonnantes-de-la-semaine-article_290829/article_290829_3.html). Notre internaute, nostalgique des petits trains électriques de son enfance, a récidivé il y a un mois avec une nouvelle vidéo d’un circuit un peu plus élaboré, mais calqué sur le même principe. Quelques longs ressorts en cuivre pour figurer le circuit, une pile classique (LR6) et quelques aimants d’un alliage de néodyme fer bore placés à chaque pôle pour faire office de locomotive de fortune. Qu’elle se trouve au-dessus ou à l’intérieur du ressort, la petite locomotive se meut comme par magie.

Pour rappel, c’est l’interaction électromagnétique, par le biais de la force de Lorentz, qui permet au « petit train » de se mettre en branle. Une fois les ressorts bouts à bouts et le circuit refermé, tel un serpent qui se mange la queue, le petit véhicule entame sa course folle sans montrer le moindre signe de faiblesse. Le principe est évidemment le même pour deux petites piles-véhicules, qui rentrent alors dans une invraisemblable course-poursuite.

Le gadget (inutile?) de la semaine : la plus petite perceuse sans fil au monde

Cela fait plusieurs décennies que la miniaturisation est l’un des principaux moteurs de l’innovation technologique, rejoint depuis peu par LA révolution que représente l’impression tridimensionnelle. Notre gadget (inutile?) de la semaine se situe au carrefour de ces deux courants, puisque ce tout petit objet est sorti tout droit d’une imprimante 3D. Présentée volontiers comme la plus petite perceuse sans fil au monde, le minuscule outil conçu par Lance Abernethy est surtout en parfait état de fonctionnement.

Le Néo-Zélandais a commencé par dessiner l’enveloppe extérieure de sa perceuse portative à l’aide de Onshape 3D, un logiciel de conception assistée par ordinateur, en calquant le design sur sa propre perceuse. Un moteur miniature alimenté par une pile de prothèse auditive viennent remplir la coquille vert pomme, et permettent d’actionner la mèche… miniature, évidemment. L’impression n’aurait présenté aucune difficulté, mais c’est au moment de l’assemblage que les choses se sont compliquées, assemblage minutieux qui lui aurait pris trois heures, afin que tout rentre dans le boîtier de 17×7,5×13 millimètres, sans que les fils ne rompent.

Bonus : Sésame, ouvre-toi !

Pour conclure notre soixante-dix-neuvième Revue du Web, allons faire un tour au Brésil qui, avec ses fermes gigantesques, caracole en tête du classement des exportateurs mondiaux pour de nombreuses ressources. Une exploitation gigantesque implique… des kilomètres de clôtures, des déplacements en voiture, des points d’accès un peu partout… Un fermier brésilien, sûrement fatigué de devoir descendre encore et encore de sa voiture pour ouvrir la barrière de l’un de ses enclos, a eu une idée très astucieuse pour rester vissé sur son siège tout en s’autorisant le passage.

Une passerelle, un mouvement de balancier, et le tour est joué ! La voiture s’avance sur la passerelle qui, sous le poids du véhicule, libère la voie d’accès en soulevant la barrière. Bravo !

Par Rahman Moonzur

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Hacker l’antenne d’une chaîne de TV ? Pas si simple !

Victime d’une cyberattaque, TV5 Monde a été contrainte, jeudi 9 avril, de couper l’antenne. En plus de cela, la chaine francophone a perdu le contrôle de ses comptes de réseaux sociaux, et de ses sites internet. Guillaume Lovet, expert en cybercriminalité chez Fortinet, revient avec nous sur cette attaque pas si sophistiquée que nous pourrions le croire, et sur la cybercriminalité en général. Interview.

Techniques de l’Ingénieur : La cyberattaque contre TV5 Monde a fait l’objet de déclarations enflammées, notamment du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, qui a parlé d’une “attaque massive, qui a mobilisé des compétences techniques exceptionnelles ». Est-ce la réalité ?

Guillaume Lovet : Ces derniers mois, de nombreuses tentatives d’attaques similaires ont eu lieu, contre les sites du Monde et du Guardian, contre des comptes de réseaux sociaux… Il y a un point commun entre toutes ces attaques : ce sont les comptes sociaux des médias qui sont visés. Le but premier des pirates, c’est de prendre le contrôle des comptes des réseaux sociaux (Twitter, FB, instagram…) pour pouvoir toucher le plus de monde, et diffuser leur message.

Dans ce type d’attaques, les pirates ne vont pas plus loin que le “défacement” du site visé, c’est-à-dire le remplacement de la page d’accueil, et la prise de contrôle des comptes des réseaux sociaux. Dans l’attaque contre TV5 Monde, une conclusion logique s’impose : les cibles des pirates étaient les comptes Twitter et Facebook. Par conséquent, l’interruption d’antenne par la chaine n’était pas leur intention première, simplement un dommage collatéral !

Il n’est pas exclu que leurs attaques se perfectionnent un jour, mais nous avons à faire à des cellules plutôt isolées, avec des compétences relativement limitées. Le modus operandi est toujours le même : essayer d’infecter un “point d’entrée sur le réseau” (une personne) avec un cheval de troie, grâce à du social engineering. Le but est d’amener quelqu’un à cliquer sur une pièce jointe (un PDF si l’attaque est sophistiquée, un .exe ou un script VBS si les hackers sont moins expérimentés) qui va infecter une machine du réseau.

Si l’on en croit les révélations du site Breaking 3.0, qui cite (maladroitement) une cible bien informée, le cheval de troie utilisé dans le cas de TV5 est un script VBS. Après des recherches sur Internet, il apparaît qu’il s’agit d’un script ancien, qui ne tourne même pas sur Windows 7 : il faut redescendre jusqu’à Windows XP pour le rendre efficace ! Ce qui indique que TV5 Monde utilise, comme bon nombre d’entreprise, du matériel ou un système d’exploitation obsolète. Il s’agit donc probablement d’une attaque peu sophistiquée, avec un script récupéré (gratuitement) sur Internet, et non créé pour l’occasion. N’importe qui peut faire la même chose en cherchant bien sur le Web.

Les pirates ont par contre réalisé un bon travail de social engineering, puisque quelqu’un à TV5 Monde a cliqué sur la pièce jointe infectée, ce qui leur a permis ensuite de connecter la machine à leur centre de commande, avant d’infiltrer l’intérieur du réseau, au moyen d’une série de malwares, comme des keyloggers.

Une fois que les hackers ont réussi à mettre la main sur les identifiants des comptes sociaux de TV5 Monde, ceux-ci ont peut-être décidé d’endommager le réseau de l’entreprise, en effaçant des disques durs. C’est sûrement ce genre d’action (non planifiée) qui a entraîné l’interruption des programmes. La chaine a été amenée à suspendre ses programmes pour diverses raisons, probablement parce que le réseau interne, bureautique, ne fonctionnait plus, qu’il n’était peut-être pas très bien séparé du réseau utilisé pour le “broadcasting”.

Comment réellement hacker une chaine de télé ?

Pour vraiment prendre le contrôle de l’antenne, autrement dit prendre le contrôle des serveurs communiquant entre une chaine et un satellite, il faut avoir des connaissances très pointues dans le matériel de contrôle des processus industriels. Il faut pouvoir reproduire tout ce matériel, pour tester son attaque. Le hasard n’a pas sa place dans une attaque de ce type, et nous sommes très loin de la cyberattaque contre TV5 Monde.

Quand les renseignements israéliens et américains ont conçu le ver informatique Stuxnet pour attaquer une centrale d’enrichissement d’uranium en Iran, ils ont passé des mois et des années à répliquer tous l’environnement de la centrale : ils ont reconstruit la centrale dans le désert, afin de pouvoir tester leur attaque.

D’abord, il faut savoir quel matériel est utilisé par la cible, et comment il est structuré. Cela nécessite un travail de reconnaissance avancée, pointue, de l’espionnage. Il faut avoir un complice à l’intérieur, réussir à scanner le réseau, et progresser très lentement en utilisant plusieurs stratégies d’attaque – ce que l’on appelle de l’APT (Advanced persistent threat).

Ensuite, il faut posséder les fonds et les moyens suffisants pour reproduire l’architecture (la chaine de production) de la cible dans un laboratoire, puis développer un virus specifique, qui sera lancé au bon moment, une seule fois. Cela coûte trop cher pour une cellule isolée – il s’agirait dans ce cas, d’une cellule bien plus avancée, bénéficiant du soutien financier d’un Etat ou d’une organisation.

L’on est loin des cybercriminels interessés par l’argent, ou des “hacktivistes”, qui misent beaucoup sur la chance : il s’agirait, ici, de véritable “mercenaires” payés par des Etats, très compétents, avec des moyens colossaux derrière eux, et souvent impliqués dans le vol de propriété industrielle, l’espionnage étatique ou la destruction de cibles militaires. Dans le cas d’attaques réellement sophistiquées, le piratage est tellement bien fait que l’on ne saura jamais qu’il y a eu piratage, à moins de révélations telle que celle d’Edward Snowden.

Propos recueillis par Fabien Soyez

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Livre blanc – Cybercriminalité : avez-vous le profil d’une victime ?

En permettant de réaliser des calculs jusqu’ici impossibles, les ordinateurs quantiques pourraient briser les systèmes asymétriques de chiffrement. Les chercheurs tentent de trouver une parade à ces “attaques quantiques”, qui menacent la sécurité du Web. Mais, en attendant, que faire pour se protéger des attaques les plus courantes ? Nous allons vous montrer comment surfer sur le Web incognito, sécuriser votre ordinateur, stocker des données privées mais aussi comment faire pour récupérer votre compte si vous avez été piraté et éviter que cela ne recommence… Suivez le guide !

Des chercheurs dressent le portrait d’une particule de matière noire

Elle pèserait 100 eV/c² , soit 0.02% de la masse d’un électron, et serait incapable de pénétrer dans l’atmosphère terrestre. Deux caractéristiques de la particule qui composerait la matière noire selon James Bateman, de l’Université de Southampton au Royaume-Uni. Cette hypothèse est présentée dans Scientific Reports. L’incapacité de la particule à rentrer dans l’atmosphère expliquerait pourquoi elle n’a jamais été détectée. Fort de ce constat, les chercheurs proposent un protocole de détection original. Il suffirait de suspendre une nanoparticule dans l’espace.

Celle-ci serait alors exposée au flux de matière noire, ce qui devrait générer une interaction mesurable. En étudiant le comportement de la nanoparticule, il sera possible de valider ou non l’existence de la particule de matière envisagée.

Confiants dans leur modèle, les scientifiques vont se rapprocher du projet Macroscopic quantum resonator  (MAQRO) dont l’objectif est de tester les théories de la physique quantique en menant des expérimentations dans l’espace. Dans un communiqué, James Bateman espère que cette démarche de réfléchir à ce que pourrait être une particule de matière noire inspirera d’autres chercheurs, rappelant qu’à ce jour « […] aucune expérience ou observation ne contredit l’existence de cette particule ».

Par Audrey Loubens

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Un crustacé possède un matériau plus solide que le fil d’araignée

Les fils d’araignée sont moins résistants que les dents des berniques, limpet en anglais, ces petits crustacés porteurs d’une coquille en forme de chapeau chinois qui leur donne leur surnom de « chapeau chinois ». Ce sont les terribles révélations parus dans Journal of the Royal Society Interface. Alors que la communauté arachnide est sous le choc, les humbles escargots des mers continuent de broyer des morceaux de roche comme si de rien n’était. 

L’équipe du Professeur Asa Barber de l’université de Portsmouth a effectué des mesures avec un microscope à force atomique (AFM) et les résultats forcent l’admiration. Les dents des patelles présentent une résistance à la rupture comprise entre 3000 et 6500 MPa, quand la soie d’araignée ne supporte « que » 1000 MPa en moyenne. Cette résistance à la traction est due à la composition même des dents du crustacé. Le minéral qui les compose est de la goethite, un matériau réputé pour sa grande dureté. Désormais, l’animal possédant le matériau le plus résistant est donc la patelle, avec ses dents ultra-résistantes, loin devant la soie d’araignée pourtant déjà 6 fois plus résistante à la rupture que le kevlar. 

Spiderman n’a qu’à bien se tenir, Limpetman n’en ferait qu’une bouchée.

Par Audrey Loubens

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Au Mexique, la ville de La Paz passe au 100% solaire + stockage

L’Uruguay, un pays dans le vent

Grand comme un tiers de la France et peuplé par 3,4 million d’habitants, l’Uruguay a choisi de miser sur les énergies bon marché et durables. Situé sur le littoral Atlantique et à cheval entre l’Argentine et le Brésil, ce petit pays jouit d’un facteur de capacité de l’éolien terrestre de 35% en moyenne. L’éolien se combine parfaitement à l’élevage du bétail, l’une des principales activités économiques de ce membre du Mercosur.

La demande électrique uruguayenne est de 11 TWh par an, soit l’équivalent de la moitié de celle de la Bretagne. Dans le passé la moitié de l’électricité provenait des énergies fossiles, et l’autre moitié de l’hydraulique. La part de l’hydroélectricité est la même aujourd’hui, mais les énergies fossiles régressent rapidement grâce à la très forte poussée de l’éolien. Très bon marché l’électricité obtenue à partir du vent fait baisser la facture électrique des consommateurs. Ce qui est très apprécié dans ce pays où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté.

En 2016 l’Uruguay comptera une puissance éolienne d’1,2 GW délivrant 3,7 TWh par an et répondant à environ 30% de la demande électrique nationale. La bioélectricité et le solaire photovoltaïque contribueront à hauteur de 10% au mix électrique du pays qui sera alors au final à 90% d’origine renouvelable. Il ne restera alors que 10% d’énergie fossile à éliminer durant les années suivantes.

L’Uruguay aimerait doubler le Danemark pour accéder au titre de champion du monde de la part d’éolien dans le mix électrique. Mais, malgré ce qu’en dit la presse latino-américaine par fierté continentale, il n’y parviendra très probablement pas. Le pays de la petite sirène a produit en effet 39% de son électricité à partir du vent en 2014 selon l’opérateur danois Energinet. Selon les experts il dépassera les 40% en 2015 et parviendra à franchir la barre des 50% avant 2020. En France, pays qui dispose de trois façades maritimes très bien ventées, l’éolien a pesé 3,6% en 2014.

Au Mexique, la ville de La Paz (215.000 habitants) passe au 100% solaire + stockage

La Paz, ville littorale de l’état de Baja-California, était déjà leader du pays d’Emiliano Zapata avec un parc solaire PV de 39 MW (Aura Solar 1) répondant aux deux tiers de sa demande électrique. Mais pour réduire encore davantage la facture en combustibles fossiles cette ville dont la population est équivalente à deux fois celle de La Rochelle va s’équiper d’un second parc solaire de 27 MW (Aura Solar 2), parc couplé à une batterie de 11 MW. Le développeur du projet est l’entreprise Grupotec.

Dans cette région du monde inondée de soleil la demande électrique suit fortement l’insolation solaire, du fait de la forte demande en climatisation. Le solaire est ainsi parfaitement adapté. Les 66 MW cumulés de solaire PV délivreront sur 24 heures une puissance moyenne d’environ 19 MW. Les 11 MW de batterie seront suffisants pour assurer la couverture électrique nocturne.

Le projet Aura Solar 1 n’a bénéficié d’aucune subvention. L’électricité est vendue à la Comisión Federal de Electricidad (CFE) dans le cadre d’un contrat PPA (Power Purchase Agreement) d’une durée de 20 ans.

Le gouvernement fédéral mexicain s’est fixé un objectif de 6 GW de solaire à horizon 2020. Ce marché émergent suscite un intérêt croissant.

Le Costa-Rica porté par les rivières et les volcans

L’hydroélectricité et électricité géothermique ont délivré 100% de l’électricité consommée au Costa-Rica durant les 75 premiers jours de 2015. Grand comme deux fois la Bretagne et peuplé par 5 millions d’habitants, ce pays d’Amérique centrale jouit de ressources naturelles (rivières et volcans) qui lui ont grandement facilité la tâche.

Plus au sud le Pérou va distribuer des panneaux solaires aux deux millions de plus pauvres du pays. Coût du programme ? Seulement 200 millions de dollars, soit une moyenne de 100 dollar par personne aidée. 125.000 systèmes photovoltaïques seront installés, permettant d’alimenter en électricité 500 000 foyers comptant 4 personnes en moyenne.

Au Chili les industriels des mines (notamment de cuivre) commencent à prendre conscience de l’intérêt du solaire pour répondre à leurs besoins en énergie et de grands projets solaires sont en cours. Dont un, « Espejo de Tarapaca », particulièrement intéressant en mariant 600 MW de solaire PV avec une STEP de 300 MW (stockage hydraulique gravitaire). D’autres projets combinent de manière judicieuse solaire photovoltaïque et solaire thermodynamique avec stockage thermique (Lire sur Techniques de l’ingénieur l’article « La prometteuse alliance du solaire…avec le solaire !« ).

La filiale chilienne du français EDF Energies Nouvelles a annoncé le 14 avril 2015 qu’elle « a entrepris la mise en œuvre de son premier projet de centrale solaire, Laberinto, d’une puissance installée de 146 MWc. Situé dans le désert d’Atacama, au nord du Chili, ce projet bénéficie du plus haut niveau de radiation solaire au monde. »

Et au nord ?

Au nord du continent américain une étude réalisée par 70 scientifiques, ingénieurs et professeurs d’université provenant de l’ensemble des provinces du Canada a été publiée le 18 mars 2015 et conclut que le Canada, qui produit dès à présent une bonne partie de son électricité à partir de la grande hydraulique, peut passer au 100% renouvelable dès 2030.

Les énergies fossiles pèsent aujourd’hui 23% dans le mix électrique de ce grand pays nordique, et elles peuvent être selon les auteurs du rapport facilement remplacées par l’éolien et le solaire. La ressource éolienne est remarquablement abondante dans le nord de la Colombie Britannique et du Québec. Et l’insolation est particulièrement intéressante dans les provinces de l’Alberta et du Saskatchewan. Différentes technologies (dont le solaire bifacial) permettent d’ailleurs de tirer profit de l’albedo élevée de la neige et de la glace.

A noter qu’en Europe le réservoir hydraulique scandinave, de même nature que le réservoir canadien et également sculpté par l’érosion glaciaire, a un volume largement suffisant pour permettre à l’ensemble de l’Europe de passer à une très forte teneur d’électricité solaro-éolienne (Lire sur Techniques de l’ingénieur le livre blanc: « La Norvège, future batterie bleue de l’Europe ?« ).

Au Texas la ville de Georgetown passe au 100% solaro-éolien…Parce que cela coûte moins cher que les énergies sales conventionnelles. Le solaire PV a représenté un tiers des nouvelles puissances électriques installées aux USA en 2014.

Selon une étude publiée le 16 mars 2015 dans la prestigieuse revue Nature Climate Change (Letter) par Rebecca R. Hernandez et al, le solaire peut répondre à 500% des besoins en énergie (y compris transports et chaleur) de la Californie, la 8ème puissance économique mondiale et peuplée de 38 millions d’habitants. Ceci en se limitant aux surfaces favorables des sites déjà anthropisées et en préservant intégralement les espaces naturels.

Par Olivier Daniélo

Vers une refonte du soutien aux panneaux solaires sur les bâtiments

La ministre « souhaite qu’une réflexion s’engage rapidement pour supprimer les tarifs d’achat +intégré+ et +intégré simplifié+ au bâti au 1er janvier 2016 pour les bâtiments existants », a-t-elle déclaré à l’occasion du colloque sur les énergies renouvelables électriques de l’Ademe à Paris.

Actuellement, le tarif auquel EDF rachète l’électricité produite par le solaire sur les bâtiments est d’autant plus important que les panneaux sont intégrés à la toiture.

Effet pervers de ce système: si l’intégration au bâti est facile lors de la construction de bâtiments neufs, elle coûte très cher pour les bâtiments existants.

Ces coûts sont répercutés sur la CSPE, la taxe payée par tous les consommateurs sur leur facture d’électricité et qui sert notamment à financer le développement des énergies renouvelables.

« Ce report vers des panneaux surimposés permettra de faire plus de projets photovoltaïques en maîtrisant les coûts notamment dans les zones commerciales », a précisé la ministre.

Toujours sur le solaire, l’appel d’offres en projet pour le développement de centrales associées à du stockage d’électricité en outre-mer devrait être publié « avant le 8 mai », a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, elle a confirmé que les travaux de zonage « avancent » pour le troisième appel d’offres d’éolien en mer. Les futurs parcs seront probablement situés sur les côtes de la Manche, où le potentiel est important, et non en Atlantique ou au large de la Bretagne, a précisé le ministère à l’AFP.

Enfin, alors que la loi sur la transition énergétique est examinée à partir de ce mardi en commission spéciale à l’Assemblée nationale, Ségolène Royal a rappelé sa volonté de revenir à une distance de 500 mètres minimum entre les habitations et un parc éolien.

Le Sénat a adopté début mars un amendement pour porter cette distance à 1.000 mètres, suscitant les protestations des industriels du secteur.

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2015 Agence France-Presse. »

Au cœur du réacteur numéro 1 de la centrale de Fukushima Daiichi

Tombé au champ d’honneur pour la Tokyo Electric Power Company. Le tristement célèbre exploitant de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima a abandonné l’idée de pouvoir récupérer leur robot explorateur polymorphe, envoyé dans les entrailles de l’enceinte de confinement primaire du réacteur numéro 1 de la centrale de Fukushima Daiichi. En cause : la radioactivité démesurée qui régnerait plus que jamais à l’intérieur de l’épais sarcophage.

Un robot explorateur envoyé au casse-pipe

Le robot de 60 centimètres de long, développé par le géant japonais de l’électronique Hitachi et sa filiale Hitachi-General Electric pour l’énergie nucléaire (Hitachi-GE Nuclear Energy), est entré dans l’enceinte de confinement primaire du réacteur numéro 1 à 9h25 le 10 avril, pour ne plus donner de signes de vie vers 14h (heure locale).

Première de ses cascades, le serpent robotique a tout d’abord dû se faufiler gaillardement à travers une canalisation de seulement 10 centimètres de diamètre. Réchauffés par ce premier succès, les techniciens japonais tentent alors un scénario à la Mission Impossible : suspendre le robot téléguidé au dessus du vide, tel un Ethan Hunt électronique, avant d’atteindre la plate-forme en contrebas, se situant juste en dessous de la partie inférieure du cœur du réacteur, une zone baptisée par les ingénieurs de la Tepco « le piédestal ».

Le serpent robotique est articulé de telle manière qu’il puisse se transformer en un petit véhicule sur chenilles, sorte de petit char d’assaut multifonction en forme de « U ». Introduire un appareil télécommandé dans l’enceinte confinée du réacteur ne fut donc pas chose aisée, et c’est d’ailleurs la première fois depuis 2011 qu’un robot pénètre à l’intérieur de ce sanctuaire.

« Pas de dégâts majeurs des principaux équipements »

Les ingénieurs japonais semblent néanmoins satisfaits de la prestation du petit bolide, qui ne serait pas mort en vain. En près de 4h30 de mission officielle, le robot explorateur serait parvenu à examiner quatorze des dix-huit points d’inspection, offrant des images inédites et effectuant un grand nombre de relevés. Le succès des ingénieurs, partis à la recherche de données cruciales, doit toutefois être relativisé, tant ces fameux relevés de radioactivité sont alarmants.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les relevés font état d’une radioactivité allant de 6 sieverts par heure à près de 25 sieverts par heure, quantités mortelles pour tout être humain en moins d’une heure. Pire, les Japonais ne savent toujours pas où est passé le combustible fondu du réacteur 1 (ni celui des réacteurs 2 et 3). Pourtant, à entendre le porte-parole de Tepco lors d’une conférence de presse ce lundi, l’exploitant de la centrale n’a pas « repéré de dégâts majeurs des principaux équipements ». Une nouvelle incursion, utilisant une autre voie d’accès, devrait être tentée d’ici peu.

Par Moonzur Rahman

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Le ResearchKit d’Apple au service de la recherche médicale : promesses et questionnements

Description rapide du ResearchKit

Cette initiative s’appuie sur un état de fait fondamental: des centaines de millions de personnes dans le monde possèdent un iPhone et le portent sur eux chaque jour des heures durant. Or l’appareil est équipé de nombreux capteurs et outils (microphone, écran tactile, accéléromètre, géolocalisation, etc.) pouvant se révéler utiles à des fins médicales si utilisés dans ce but. A côté de cela, la recherche médicale est depuis des décénnies confrontée aux mêmes limitations: différences parfois drastiques entre les conditions de réalisation des études et le comportement en « vie réelle » des patients, difficultés de recrutement de sujets volontaires, manque d’homogénéité des protocoles et par conséquent fréquentes difficultés à comparer et agréger les résultats d’études différentes.

A travers l’annonce du ResearchKit, Apple entend répondre à sa manière à ces enjeux. Il mettra ainsi à disposition dans le mois à venir un framework totalement ouvert, visant à permettre à toute organisation souhaitant conduire un programme de recherche pouvant tirer partie de la forte pénétration des produits d’Apple (iPhone et bientôt iWatch) au sein de la population, de développer aisément une application mobile répondant à ses besoins. Des détails supplémentaires concernant le ResearchKit sont disponibles sur le site de la société californienne.

Des promesses intéressantes pour la recherche

Comme indiqué en introduction, le ResearchKit entend fournir aux chercheurs les capacités de conduire des études facilement, sur des cohortes nombreuses, en récupérant des données enregistrées en temps réel, de manière centralisée et reproductible, et ceci dans des conditions relevant des conditions de vie quotidienne des sujets. Cinq applications/études sont déjà disponibles, traitant de pathologies variées (Parkinson, diabète, asthme, cancer du sein et maladies cardiovasculaires), et ceci en partenariat avec des institutions parmi les plus respectées du secteur, dont le Massachussets General Hospital, l’Université Cornell, ou encore les universités d’Oxford et de Stanford (en partenariat). Cette dernière étude, utilisant une application nommée MyHeartCounts, a par exemple vu plus de dix mille personnes télécharger l’application et s’inscrire à l’étude au cours des vingt-quatre heures ayant suivi son lancement. Ce succès retentissant témoigne du potentiel de ces études à large échelle, ainsi que de l’intérêt du grand public à la fois pour prendre part à des programmes de recherche médicale mais également pour utiliser plus largement les technologies modernes dans un but de suivi actif de leur santé. Mais cela pose également un certain nombre de questions réglementaires, éthiques et pratiques.

Des inquiétudes demeurent

Le premier sujet venant à l’esprit autour de la digitalisation de la médecine est bien souvent celui de la confidentialité et de la gestion des données individuelles de santé des patients. Sur ce point, Apple a choisi d’anticiper en assurant que la société « ne verra pas les données », pour reprendre les dires de Jeff Williams, directeur des opérations du groupe. L’accès à ces informations sera strictement soumis au consentement actif des utilisateurs, elles seront stockées de manière totalement chiffrée sur des serveurs extérieurs au géant californien, et uniquement accessibles par les équipes scientifiques et techniques des instituts de recherche. Plus encore, chaque sujet d’une étude peut choisir à qui permettre l’accès à ses données et de faire partie ou non de certaines bases de données agrégées qui seront inévitablement constituées dans un but d’étude sur le plus grand nombre. La transparence et la responsabilité est donc ici de mise, l’efficacité de l’utilisation de ces outils étant soumise à la volonté active des utilisateurs.

Néanmoins, malgré cette bonne volonté affichée, la question sous-jacente reste celle de l’anonymisation des informations individuelles et de son caractère irréversible, sachant qu’il est ici bien difficile d’assurer un risque zéro de ré-identification de certaines données collectées, et ce malgré la multiplication des initiatives à visée protectrice.

Ceci nous amène, a fortiori dans le domaine médical, au sujet non moins important du « consentement éclairé » (informed consent en anglais), qui est la clé de voûte réglementaire de toute recherche sur des sujets humains. Ceci consiste, antérieurement à tout engagement d’un patient au sein d’un essai clinique, de la mise en oeuvre des conditions pouvant attester de sa connaissance de la nature de l’étude et des risques qu’il encourt en s’y inscrivant. Cette étape est ici assurée sous la forme d’une « e-formation » sanctionnée d’une série de questions permettant de valider la prise de connaissance du patient en amont. Si cela offre une facilité de mise en oeuvre louable pour les chercheurs, se pose également la question de la vérification de l’identité de la personne validant son consentement, et plus encore de l’incapacité du patient à poser des questions au besoin, risquant ainsi de mettre en cause la validité du consentement.

L’une des inquiétudes sautant également aux yeux lorsqu’il s’agit d’utiliser son iPhone ou son iWatch pour participer à des études médicales est la question du biais dans le recrutement. Il est en effet évident que les individus rejoignant ces études possèdent d’ores et déjà l’un de ces objets, ce qui oriente considérablement le recrutement pour ce qui est de considérations sociologiques, ethniques, ainsi que de mode de vie. La surreprésentation de patients aisés, issus de pays industrialisés et évoluant dans des environnements semblables (en termes d’alimentation, de conditions sanitaires, etc.) est à prévoir. Or, l’un des piliers de toute étude de cohorte – sauf exception visant a priori une minorité quelconque – est justement d’assurer la représentativité de l’échantillon recruté au sein de la population. Au moment où jusqu’au Président Obama, l’on prend conscience aux Etats-Unis de la nécessité d’étudier la population dans sa diversité dans le but de mettre en relation des facteurs génétiques, environnementaux et de mode de vie, afin d’en extraire des corrélations faisant avancer notre compréhension de notre santé, cette inquiétude semble pour le moins justifiée. Il est possible que de par la pénétration sans cesse grandissante des équipements Apple dans le monde et le potentiel sans précédent en termes de nombre de personnes susceptibles de s’inscrire à ces études, ce biais soit in fine compensé. Il sera néanmoins important de garder ce sujet à l’esprit et de suivre les éventuelles réactions d’ordre réglementaire de la FDA durant les prochains mois.

Un paysage compétitif

Le ResearchKit est néanmoins à l’évidence une bonne nouvelle pour la recherche médicale, et une nouvelle corde prometteuse à l’arc des instituts de recherche dans le monde. En le rendant open source, c’est-à-dire accessible et modifiable par tous, Apple accomplit ici une initiative en partie désintéressée. Il convient néanmoins de replacer cette annonce dans un contexte de compétition féroce des géants de l’internet américains dans l’investissement du secteur de la santé au cours des dernières années. De ce point de vue, Apple est clairement en retard sur ses concurrents qui fournissent d’ores et déjà des services en ligne de stockage de données génomiques (Google Genomics et Amazon Web Services – Genomics), sans compter les multiples investissements de Google dans des sociétés de biotechnologies (via Google Ventures notamment), sa recherche au sein du groupe Google Life Sciences de Google X, son partenariat récent avec le géant pharmaceutique Novartis pour le développement de lentilles de contact intelligentes permettant de suivre son taux de glucose dans le sang, ou encore son implication dans la création de Calico, société de biotechnologies s’attachant à freiner le vieillissement humain.

Apple, dont l’iWatch a été conçue en partie comme un dispositif quasi-médical et le HealthKit d’ores et déjà bien lancé, confirme donc son intérêt pour le secteur de la santé ainsi que son intention de rivaliser avec ses rivaux principaux.

Le ResearchKit semble ainsi l’un des éléments d’un mouvement de fond du milieu de la santé, et témoigne parfaitement de ce grand mouvement appelé « médecine de précision » (Precision Medicine), sur toutes les lèvres dans le secteur, de la Silicon Valley à la Maison Blanche. Certains y voient déjà les premiers soubresauts d’une ère naissante où chacun aura bientôt accès à un large panel de capteurs, intégrés dans nos montres, téléphones portables, lentilles de contact, vêtements ou mêmes équipements domestiques, et permettant de suivre l’évolution du fonctionnement de son corps en continu sur des critères extérieurs et biologiques. L’utilisation de solutions logicielles de traitement de données faisant appel aux progrès de l’intelligence artificielle pourrait dès lors permettre à chacun de suivre sa santé de près, d’évaluer sa réaction à différents traitements, de prédire d’éventuelles pathologies et même à terme de se voir prévenir en avance aux premiers signes de trouble. Les prochaines années devraient ainsi voir se multiplier les innovations à la frontière des technologies de l’information et de la médecine, avec d’immenses motifs d’espoir pour la vitalité de l’innovation thérapeutique.

Source : bulletins-electroniques

Et aussi dans les
ressources documentaires :