De la vie sur une Lune de Saturne ?

Jusqu’à présent les scientifiques considéraient que la vie n’était pas possible sans présence d’eau liquide. C’est ce dogme aqueux que les scientifiques James Stevenson, Jonathan Lunine, Paulette Clancy ont décidé de fissurer. 

Pas d’eau (H20), mais du méthane (CH4). Pas d’oxygène (O), mais de l’azote (N). L’étude intitulée « Membrane alternatives in worlds without oxygen: Creation of an azotosome » et publiée le 27 février 2015 dans la revue «  Science Advances  » sonne presque comme une hérésie.

Les membranes lipidiques (bicouches à base de phospholipides), qui constituent le fondement de la vie de la bactérie à l’homme, ne sont pas viables en dehors d’une biologie basée sur l’eau liquide. Ce constat a conduit les astronomes à chercher dans l’univers des régions favorables à la vie dans les limites imposées par la « zone habitable », c’est-à-dire la bande étroite où l’eau liquide peut exister. 

Pas d’eau (H20), mais du méthane (CH4)

Mais des membranes peuvent-elles être crées et fonctionner à des températures bien inférieures à celles où l’eau est à l’état liquide ? « Nous avons décidé de tenter de répondre à cette question » déclarent les scientifiques. « En proposant une membrane composée de petits composés à base d’azote, et qui est capable de se former et de fonctionner dans le méthane liquide à température cryogénique. »

Azotosomal. En recourant à des simulations moléculaires, l’équipe a montré que ces membranes cryogéniques ont une élasticité similaire à celle des membranes phospholipidiques dans l’eau avec la température d’une pièce ordinaire. 

Les chercheurs ont aussi montré que ces membranes peuvent être produites à partir de composés observés dans l’atmosphère de Titan, une Lune de la planète Saturne. Titan dispose d’un océan de méthane à sa surface. Avec vents marins, courants et même marées (gravitation). 

Titan est aussi le nom du programme de recherche d’Apple sur la voiture électrique autonome. Il y aura donc également peut-être des Titaniens sur Terre…

Par Julia Hernández, journaliste scientifique

Best of des IG Nobels… en vrac

La cérémonie des Ig Nobel vient chaque année bousculer avec beaucoup d’humour la très conventionnelle et poussiéreuse saison des Nobel, en mettant sur le devant de la scène les découvertes scientifiques les plus absurdes, les plus décalées, voire les plus nuisibles d’entre elles. La cuvée 2014 – dont nous vous avons parlé ici – fut un excellent cru, et nous encourage à nous replonger dans vingt-quatre années de prix parodiques, et ce de manière très exhaustive tant les palmarès regorgent de pépites hilarantes.

Mettez les pieds sous la table, nous avons compilé pour vous la crème de la crème des Ig Nobel, classés par catégories. Pour commencer, gros plan sur les IG Nobel… en vrac !

  • En 1997, Richard Hoagland reçut l’Ig Nobel d’astronomie pour avoir « découvert » des structures artificielles sur la Lune et sur la planète Mars. Le théoricien du complot américain s’était notamment fait connaître pour avoir voulu briser l’omerta concernant Cydonia, une forme étonnante rappelant un visage sur la surface de la planète rouge. Selon lui, les désormais célèbres clichés pris par la sonde Viking en 1976 auraient mis en évidence le reliquat d’une ancienne civilisation extra-terrestre. D’autres clichés plus récents de la structure l’ont obligé à se trouver d’autres lièvres à soulever…

Cliché pris par la sonde américaine Viking 1, en 1976 / Copyright NASA

Image satellite prise par Mars Global Surveyor, en 2001 / Copyright NASA

 

  • La même année, l’Ig Nobel des communications fut décerné à Sanford Wallace, pour son importante contribution aux névroses de notre société moderne en tant que « roi du spam ». Quant à Bernard Vonnegut, de l’université d’état d’Albany, il rafle l’Ig Nobel de météorologie pour son merveilleux rapport intitulé « Le plumage des poulets comme mesure de la vitesse des vents des tornades ».

 

  • En 1998, c’est le Canadien Troy Hurtubise qui attire l’attention du prestigieux jury, avec une étrange armure de protection conçue pour étudier de près les grizzlys, armure qui lui vaut les honneurs de l’Ig Nobel d’ingénierie et de sécurité. Pour s’assurer du bon fonctionnement de son armure anti-ours, le Canadien n’hésitera pas à donner de sa personne dans une batterie de tests aussi loufoques que dangereux : dévaler une pente comme un pantin désarticulé (trois fois), résister à l’assaut tout en finesse d’une voiture bélier, ou encore se faire tabasser par une bande de motards pas spécialement motivés. Devenu la coqueluche de Quentin Tarantino, Troy Hurtubise s’est depuis lancé dans la conception d’un exosquelette à l’épreuve des balles.

 

  • En 2003, l’Ig Nobel d’ingénierie vient rendre hommage à John Paul Stapp, George Nichols et Edward A. Murphy Jr, pour avoir conceptualisé à la fin des années 1940 la fameuse loi de Murphy, qui peut s’énoncer simplement ainsi : « Tout ce qui peut mal tourner va mal tourner ». L’université de Stockholm n’est pas en reste, puisqu’elle est récompensée la même année par un Ig Nobel multidisciplinaire pour Stefano Ghirlanda, Liselotte Jansson, et Magnus Enquist. Leur fait d’armes ? Avoir étudié les réactions d’un panel de poulets à la vue d’un échantillon de visages humains, travaux consignés dans leur rapport « Les poulets préfèrent les beaux humains ». Les préférences des poulets cobayes seraient étonnamment similaires à celles d’un groupe d’étudiants, utilisé comme référence humaine.

Visages utilisés et comparaison des réponses. Copyright Ghirlanda/Jansson/Enquist

 

  • En 2005, l’ingénieur-entrepreneur Gauri Nanda, du MIT, se voit attribuer l’Ig Nobel d’économie pour avoir développé un réveil qui sonne puis prend la poudre d’escampette, afin de forcer le dormeur à sortir de sa léthargie. Maintenant disponible en deux versions (Clocky et Tocky), le petit réveil qui se fait la malle favoriserait même quelques belles surprises matinales, si l’on en croit la vidéo promotionnelle tournée à Paris.

 

  • Comment faire pour réussir une photo de groupe, et combien faut-il prendre de photos pour être presque certain que tous les protagonistes auront les yeux ouverts ? Pour avoir laissé parler la science et réussi à élucider ce mystère ô combien important, les Australiens Nic Svenson et Piers Barnes sont repartis avec l’Ig Nobel de mathématiques 2006. Oui, mais alors combien de photos ? Pour un groupe de moins de vingt personnes, il faudrait diviser le nombre de participants par trois, si la lumière est décente ou si le flash est correct. Si ce n’est pas le cas, il faudrait diviser le nombre par deux.

Nic Svenson gâche une photo de Piers Barnes. Copyright CSIRO

 

  • L’année suivante, l’Ig Nobel d’aviation est décerné à Patricia V. Agostino, Santiago A. Plano et Diego A. Golombek (de l’université nationale de Quilmes, en Argentine) pour avoir permis aux hamsters de trouver un moyen de se remettre plus facilement du décalage horaire. Le remède miracle ? Un petit peu de Viagra !

 

  • En 2008, c’est au tout de Geoffrey Miller, Joshua Tybur et Brent Jordan (de l’université du Nouveau-Mexique) d’être distingués par le prix parodique d’économie, pour leur incursion remarquée dans le monde chaud bouillant du lap dance. Leur découverte ? Le montant des pourboires de ces danseuses de charme serait directement lié à leur cycle d’ovulation. Basée sur un panel de 18 danseuses suivies pendant 60 jours, l’étude révèle qu’elles toucheraient en moyenne 335 dollars pour cinq heures de travail pendant l’œstrus (couramment désigné comme les « chaleurs »), alors qu’elles n’empocheraient que 260 dollars pendant la phase progestative, et 185 maigres dollars pendant le cycle menstruel.

 

  • L’Ig Nobel 2011 de sécurité publique fut décerné à John Senders de l’Université de Toronto, pour ses travaux de recherche concernant l’attention nécessaire à la conduite d’un véhicule. Ces travaux comprenaient notamment quelques tests utilisant un dispositif masquant à intervalles plus ou moins réguliers la vue d’un conducteur alors qu’il roulait sur une autoroute.

 

  • Enfin, l’Ig Nobel 2013 de probabilité n’est pas dénué de bon sens… Bert Tolkamp, Marie Haskell, Fritha Langford, David Roberts, et Colin Morgan ont découvert que plus une vache reste couchée longtemps, plus il y a de chance pour qu’elle se relève. Parallèlement, une fois la vache relevée, il est très difficile de prédire quand elle se couchera à nouveau.

 

Par Rahman Moonzur

La finance publique mondiale cherche à unifier ses pratiques sur le climat

« La prise en compte du climat est devenue consubstantielle à notre métier dans la mesure où le changement climatique menace les acquis du développement », avance Anne Paugam, directrice générale de l’Agence française de développement (AFD) et vice-présidente de l’International development finance club (IDFC), institution qui organise le Forum Finance climat.

Conséquence des catastrophes climatiques, érosion des littoraux, rareté des ressources en eau: tous ces sujets influent désormais sur les projets d’investissements dans de nombreuses régions, notamment dans les pays en développement.

Et à neuf mois de la conférence internationale sur le climat de Paris (COP21), ces questions prennent encore plus d’importance.

En 2013, sur les 400 milliards de dollars investis par les membres de l’IDFC, 87 milliards de dollars l’ont été dans des projets en faveur du climat, dont 70 milliards pour le développement des énergies renouvelables et 15 milliards pour l’adaptation au changement climatique.

Outre la vingtaine de banques publiques de développement nationales et régionales membres de l’IDFC, d’autres institutions financières multilatérales (Banque Mondiale, Banque européenne d’investissement) et des acteurs privés seront présents au forum.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius participera à la séance de clôture.

Alors que de plus en plus d’institutions financières – publiques et privées – mettent en avant leurs investissements en faveur de l’environnement et du climat, l’objectif du forum est avant tout de tracer une définition claire et commune de ce qu’est un investissement +vert+ et d’inciter tous les acteurs de la finance à l’adopter.

« Les financements publics ne suffiront pas à couvrir les investissements nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique », constate Anne Paugam, qui reconnaît que certains acteurs privés sont déjà particulièrement engagés sur ces questions, comme le Crédit Agricole en France ou Bank of America-Merrill Lynch aux Etats-Unis.

Certains le sont pour des raisons d’image et avec une volonté de démarquer leur offre de celles de leurs concurrents.

Plusieurs institutions et entreprises (GDF Suez, AFD, Vestas, Unibail-Rodamco, etc.) ont levé récemment d’importants montants sur les marchés via l’émission d’obligations « vertes ».

Pour Anne Paugam, « il faut structurer de manière crédible ce marché pour que ça ne débouche pas sur du greenwashing », c’est-à-dire des opérations estampillées « vertes » mais qui, si on regarde de près les projets financés, ne le sont pas tant que ça.

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Le marché de l’électronique prêt-à-porter va doubler en 2015 (étude)

Au total 45,7 millions de montres, bracelets, lunettes et autres accessoires connectés devraient s’écouler cette année, plus du double des 19,6 millions vendus en 2014, selon IDC. En 2019, le marché devrait atteindre 126,1 millions d’unités.

Sur toute cette période, les appareils portés au poignet, sur lesquels beaucoup de fabricants concentrent leurs efforts, devraient représenter plus de 80% des ventes totales.

Parmi eux, les appareils compatibles avec des applications conçues par des tiers devraient fortement aider à la croissance du marché, et « enregistrer un grand pas en avant avec le lancement d’Apple Watch cette année », indique Ramon Llamas, un analyste d’IDC cité dans un communiqué.

La montre connectée du groupe à la pomme, qui sort le 24 avril, mais aussi d’autres appareils concurrents compatibles avec des applications tierces comme la Moto 360 de Motorola ou les montres Gear de Samsung devraient représenter au total 25,7 millions d’unités écoulées cette année, évalue IDC.

Les appareils modulaires, pouvant être portés sur diverses parties du corps grâce à un clip ou une sangle, arrivent en deuxième position et devraient représenter 5,3% du marché des « wearables » à horizon 2019.

En troisième position (4,5% en 2019), les vêtements connectés devraient être selon IDC la catégorie affichant la plus forte croissance dans la mesure où de plus en plus de sociétés intègrent de l’électronique à des T-shirts, des chaussettes, des chapeaux…

Les lunettes (3,5% du marché en 2019) devraient pour leur part séduire en premier lieu des utilisateurs professionnels sur des marchés spécifiques.

Jusqu’ici, « l’explosion des appareils +wearables+ a été clairement emmenée par les bracelets de fitness », relève Ryan Reith, un autre analyste d’IDC, mais « le marché se déplace rapidement vers des appareils plus chers qui offrent davantage de fonctionnalités ».

« L’entrée sur le marché d’Apple est symbolique, mais la clé du succès sera de créer des usages convaincants pour le consommateur moyen. Beaucoup d’utilisateurs auront besoin d’une bonne raison pour remplacer une montre traditionnelle par un appareil porté au poignet ou une autre forme de +wearable+ qui devra probablement être rechargé tous les jours et avoir son logiciel mis à jour de temps en temps », prévient-il.

soe/jt/gde

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L’huile d’olive contient un ingrédient capable de tuer les cellules cancéreuses en moins d’une heure

Voilà un espoir de traitement surprenant. L’huile d’olive, un aliment courant et accessible à tous, contient un polyphénol aux propriétés extraordinaires, l’oléocanthal (OC). Les chercheurs de l’Université Rutgers et de la City University de New-York se sont intéressés à cet antioxydant avec pour objectif de découvrir comment il agit sur les cellules cancéreuses. Ce n’est pas un hasard si les scientifiques américains se sont tournés vers l’OC, celui-ci était déjà identifié comme capable de limiter la prolifération de certaines cellules cancéreuses, mais personne ne savait encore quels mécanismes rentraient en jeu.

Grâce aux travaux parus dans Molecular & Cellular Oncology, on sait exactement comment l’OC agit : il accélère la mort des cellules cancéreuses. Une telle cellule placée in vitro met entre 16 et 24 h pour mourir par apoptose, c’est-à-dire en s’autodétruisant naturellement. Mais en présence de l’OC, certaines cellules cancéreuses se suicident en une demi-heure !

Qu’a donc l’OC de si effrayant ?

Les auteurs de l’étude expliquent que l’OC pénètre à l’intérieur des cellules et s’attaque directement aux lysosomes. Ces derniers, responsables de la digestion de la cellule sont plus gros dans les cellules cancéreuses que dans les cellules saines. Suite à cette attaque en règle, la cellule décline puis meurt. Les scientifiques remarquent que les cellules saines ne sont pas affectées, ce qui témoigne de la capacité à cibler efficacement les cellules cancéreuses.

Cette nouvelle approche est très prometteuse. Toutefois, les expériences se limitent pour l’instant à des études in vitro sur des souris et une extrapolation à l’homme semble prématurée. Comme le rappelle David Foster, co-auteur de l’étude, la quantité d’OC administrée aux souris correspond pour un humain de 90 kg à 2,25 L d’huile d’olive. Cela commence à faire beaucoup !

Cette étude vient s’ajouter à d’autres qui prouvent les bienfaits de l’huile d’olive, notamment grâce à ses antioxydants qui la composent. Ingrédient essentiel du régime méditerranéen, réputé pour être le meilleur en termes de santé, l’huile d’olive est connue pour ses nombreux effets bénéfiques. En 2010 une équipe espagnole démontrait déjà l’impact positif de l’huile d’olive sur les tumeurs, l’huile cumulant trois actions : ralentissement de la tumeur, mort accéléré des cellules cancéreuses et diminution des altérations ADN. À l’époque, les mécanismes n’étaient pas connus, ce qui est désormais le cas.

Par Audrey Loubens

Energie : Jean Jouzel et Corinne Lepage ne partagent pas l’analyse de Maud Fontenoy

Médaille d’or du CNRS et président du Haut Conseil de la Science et de la Technologie de 2009 à 2013, Jean Jouzel est un expert à l’échelle internationale du changement climatique et vice-président du GIEC, le panel des experts de l’ONU sur l’évolution du climat. Le GIEC a notamment publié en 2011 une synthèse de la littérature scientifique mondiale en matière d’énergies renouvelables (le SRREN) dont la principale conclusion est que l’humanité peut passer à un mix énergétique aux ¾ renouvelable à horizon 2050. Depuis 2011 une très abondante littérature scientifique s’est ajoutée, et les coûts des écotechnologies énergétiques ont beaucoup baissé.

« Je mets souvent la stratégie allemande en avant » en matière de politique énergétique explique Jean Jouzel aux Techniques de l’ingénieur. « De façon positive bien entendu car je crois vraiment que ce sont eux qui sont sur la bonne voie y compris sur le plan économique ».

L’Allemagne s’est fixée comme objectif d’atteindre 80% d’électricité renouvelables à horizon 2050 (40% dès 2020) et a démontré être capable de faire régresser à la fois le nucléaire et les énergies fossiles (Lire à ce sujet sur Techniques de l’ingénieur : « En Allemagne la régression du nucléaire s’accompagne de celle du charbon »).

Problème, Maud Fontenoy a déclaré dimanche 22 mars qu’« en Allemagne, où là on a décidé de sortir du nucléaire (…) on a fait exploser les émissions de CO2 à cause du charbon ». Et Jean Jouzel a dans le passé aidé la Maud Fontenoy Foundation. « Effectivement, je suis dans le Comité Scientifique de la Fondation de Maud Fontenoy. Je l’ai fait dans l’idée de l’accompagner dans certaines des actions éducatives qu’elle mène (ce que j’ai effectivement fait) » explique le grand scientifique. Mais de préciser aussitôt « cela ne veut bien sûr pas dire que j’approuve ce qu’elle met en avant dans son ouvrage ».

Michel Drucker a présenté Maud Fontenoy comme « une écologiste intelligente ». Ajoutant que « si tous les écologistes ressemblaient à Maud de Fontenoy ils auraient encore plus de succès ». Ceci le jour des élections départementales. Le présentateur de France 2 a estimé que le livre de Maud Fontenoy (« Les raisons d’y croire, non au principe de précaution, OUI à l’innovation », Plon, 2015) est « un manifeste pour défendre une écologie réaliste et innovante au service de l’urgence climatique. Alors l’écologie réaliste, on y va, le gaz de schiste… ». Invitant alors Maud Fontenoy à commencer son plaidoyer à propos de cette énergie qui fait polémique en France comme dans le reste du monde. On comprend mal la logique de Michel Drucker selon qui le gaz de schiste pourrait être utile en France en matière climatique. Peut-être a-t-il oublié que le mix énergétique américain est très différent du français.

Pour Corinne Lepage, ex-Ministre de l’environnement d’Alain Juppé et administratrice de Transparency International France, un problème de déontologie se pose. « J’ai découvert avec stupéfaction les déclarations de Maud Fontenoy, invitée à « Vivement dimanche » alors que les vrais écologistes ne le sont jamais » a-t-elle déclaré aux Techniques de l’ingénieur. « Cela signifie qu’il s’agit d’une émission dans laquelle on a le droit de parler d’écologie à condition de défendre le nucléaire, les OGM, le gaz de schiste etc… C’est-à-dire d’être anti écolo. Une exception notable : celle de Nicolas Hulot. »

Et Corinne Lepage, notamment auteur du livre « L’état nucléaire » (Albin Michel, 2014) d’ajouter : « je pense que des personnalités qui utilisent leur notoriété comme le fait Madame Fontenoy pour être volontairement contre-productive à la cause qu’elle prétend défendre sont pires que celles qui comme Claude Allègre portent en bandoulière leur haine de l’écologie. Dans les propos qui ont été tenus, les à-peu-près, les contrevérités, les généralités qui n’ont aucun sens s’équilibrent. »

Transparence

Pour Hervé Kempf, ex-journaliste au Monde et fondateur du média indépendant Reporterre, qui vient de co-signer la tribune « Maud Fontenoy, l’imposture écologiste que le gouvernement prend en exemple », titre non sans rappeler un livre de Claude Allègre, un problème de transparence se pose : « Avec un tel positionnement, il n’est pas certain que Maud Fontenoy soit la plus indiquée pour enseigner l’écologie aux enfants. Ni, d’ailleurs, la transparence. Ni sa fondation, ni le ministère n’ont répondu aux appels répétés de Reporterre ». Révélant en outre que l’un des trois directeurs de la Maud Fontenoy Foundation, enregistrée aux Pays-Bas, est le milliardaire François Henri Joseph Pinault. Techniques de l’ingénieur a également tenté de joindre Maud Fontenoy par voie électronique et téléphonique afin de savoir quelles étaient sa/ses sources concernant l’évolution du mix électrique allemand. Aucune réponse. La secrétaire de la fondation, visiblement gênée, a confié que Maud Fontenoy avait reçu des tonnes de courriers « incendiaires » suite à son intervention dominicale.

« Le nucléaire est l’énergie la moins dangereuse pour l’homme » a affirmé Maud Fontenoy à Michel Drucker, visiblement conquis par le propos. « Et les accidents dues aux mines de charbon, au pétrole, à l’extraction et même aux énergies renouvelables font plus de morts que les accidents nucléaires » a ajouté la rameuse, n’hésitant pas à mettre dans le même panier des filières aussi différentes que le solaire photovoltaïque, le solaire thermodynamique, l’éolien, la micro-hydraulique, la grande hydraulique, la bioélectricité, la géothermie, l’hydrolien, l’ETM (énergie thermique des mers) ainsi que les énergies houlomotrices et marémotrices, dont le bilan doit bien entendu être effectué technologie par technologie. Une étude multicritère réalisée par le département énergie et atmosphère de Stanford University (Jacobson et al 2008) est arrivée à la conclusion que le bilan du nucléaire est aussi médiocre que celui du charbon avec CCS (Carbon capture and storage). L’éolien terrestre, suivi du solaire PV, parvenant au contraire au sommet du classement des énergies vertueuses.

Déontologie

« Ce qui est particulièrement dommageable, c’est qu’il n’y ait pas un journaliste en capacité de rétablir les faits et de veiller à ce qu’il n’y ait pas de désinformation » analyse Corinne Lepage à propos de l’émission « Vivement dimanche » du 22 mars 2015. Bien entendu ouverte à la liberté d’expression, l’ex-Député européenne estime que « chacun peut avoir l’avis qu’il veut car Dieu merci nous vivons dans un pays où il y a la liberté d’expression. En revanche, il ne faut pas confondre l’émission d’une opinion et la fourniture d’informations volontairement fausses. C’est là où il y a un problème. Et en particulier, la propagande anti allemande sur la question énergétique est à la fois stupide et mensongère. »

Denis Baupin, vice-président de l’assemblée nationale a présenté le 25 mars en commission ce graphique illustrant l’évolution du mix électrique allemand.

Pour Corinne Lepage, avocate du cabinet Huglo Lepage & Associés Conseil, l’un des experts reconnus en droit de l’environnement auprès de la Commission européenne, « dans 10 ans, lorsque toutes les preuves auront été apportées de la nocivité des pesticides, lorsque l’Allemagne aura réussi sa transition énergétique lors que la France sera engluée dans le nucléaire, lorsque l’exploitation du gaz de schiste aura été quasi abandonnée en Europe – à la condition qu’elle ait réellement commencé ce qui n’est pas le cas notamment en Pologne où toutes les entreprises étrangères se retirent les unes après les autres pour manque de rentabilité – des personnalités comme Madame Fontenoy et d’autres auront à répondre non pas d’erreur d’appréciation qu’elles auraient pu commettre, mais de fausses informations qu’elles auront délivrées. »

Le président François Hollande a promis à ses électeurs de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique national de 75-80% aujourd’hui à 50% en 2025. Plusieurs études scientifiques montrent que passer à 90-100% d’électricité renouvelable est possible en Allemagne (Etude du SRU), aux USA (Etude du NREL)… et aussi en France. L’ADEME a effectivement confié à Mines ParisTech l’étude « vers un mix 100% électrique en France », ceci en partenariat avec plusieurs sociétés spécialisées de haut niveau. C’est une étude « stratégique pour le développement des énergies renouvelables qui est aujourd’hui essentiellement freiné par des problèmes d’acceptabilité eux mêmes nourris par des affirmations fausses du type « c’est trop cher » ou « comme çà ne produit pas quand on en a besoin donc ce n’est pas possible » » souligne l’un des auteurs de l’étude qui a préféré rester anonyme compte-tenu de la nature hautement politique du sujet. « Nous l’avons réalisée pour le compte de l’ADEME en partenariat avec Artelys et Energie Demain. L’ADEME se réserve la primeur de la présentation des résultats. »

Vivement un dimanche où ces études seront enfin présentées avec pédagogie aux Françaises et aux Français sur France 2, chaîne du service public.

Par Olivier Daniélo

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Le développement des énergies solaires est-il une priorité en France ? L’analyse de 8 EXPERTS

Cédric Philibert (22 mars 2015)

  • Cédric Philibert est senior analyste à la division énergies renouvelables de l’Agence Internationale de l’Energie (une agence de l’OCDE) et notamment auteur du rapport de référence Solar Energy Perspectives.

Ce qu’il dit : « C’est encore pas tout à fait gagné (que la France atteigne son objectif de 23% d’énergies renouvelables d’ici 2020 ndlr). Notamment parce que l’on ne sait pas ce qui va sortir de la loi sur la transition énergétique. On a quand même beaucoup d’obstacles en France, qu’on a pas toujours ailleurs (Cédric Philibert reste très diplomate ndlr). On a un objectif photovoltaïque, et solaire en général, qui est très faible et qui est atteint. On est à 5 GW et c’est ce qu’a le Royaume-Uni aussi aujourd’hui. Je ne sais pas s’ils ont autant de soleil que nous, mais ils ont autant de solaire que nous. Ce qui prouve que l’équation économique sur le solaire n’est pas bien vue. Aujourd’hui on peut faire en France beaucoup de solaire à moins de 100€ le MWh (moins de 10 centimes le kWh ndlr) dans le sud de la France et on en fait très peu finalement. Concernant l’éolien on est très en retard sur les objectifs, à la fois dans l’offshore et sur l’éolien terrestre (…) ».

La suite de l’interview (vidéo) réalisée par le site ninjaclimat.com est accessible depuis le blog de Cédric Philibert.

Alain Liébart (septembre 2014)

  • Alain Liébart est ex-président de l’Observatoire des énergies renouvelables et de la Fondation Énergies pour le Monde.

Ce qu’il dit : « « Le développement à grande échelle des énergies décentralisées ne peut offrir aux hauts fonctionnaires les mêmes plans de carrière que ceux que leur offrent, depuis l’avènement du charbon, les énergies centralisées. Celles-là constitueront ce que Joël de Rosnay a conceptualisé sous le nom de “la longue traîne” : une infinité d’acteurs de taille moyenne, proches du terrain, représentant à eux tous une très grande surface économique et sociale. Ce projet sociétal, pour lequel j’ai toujours milité, est donc opposé à leur propre projet de corps. Avec les baisses réelles du coût des énergies renouvelables, ces deux projets sont maintenant en concurrence véritable et se préparent dans notre pays à un choc frontal. C’est pourquoi nous avons tous connu tellement de hauts fonctionnaires nucléocrates et si peu de proénergies renouvelables. Un phénomène inverse à l’évolution des mentalités dans la société en général. Et ceux que nous avons eu à connaître sont généralement restés très peu de temps en poste, ou ont très vite été marginalisés en périphérie du pouvoir. »

La suite de l’analyse d’Alain Liébart est disponible sur le site energies-renouvelables.org

Marc Théry (17 mars 2015)

  • Marc Théry, polytechnicien, est ingénieur territorial chargé de mission énergie à la communauté de communes du Mené, un territoire moteur de la transition énergétique au nord de la Bretagne. Marc Théry est l’auteur des newsletters « Les Energéthiques du Mené », des éditoriaux indépendants que l’on peut lire par exemple sur le site www.transitionfrance.fr.

En réponse à la chronique « Electricité Renouvelable : selon Chantal Jouanno, la France est incapable de faire aussi bien que le Japon et l’Allemagne » publié sur Techniques de l’ingénieur, voilà ce que Marc Théry dit :

« Hélas, désolé de devoir reconnaître que, pour une fois, Madame Jouanno a totalement raison. Non qu’il y ait une impossibilité physique ou matérielle à faire en France autant et même beaucoup plus qu’au Japon ou en Allemagne, bien au contraire : nos ressources renouvelables sont plus importantes. Mais ces deux pays n’ont pas la chance de compter l’élite inestimable, (les grands corps de l’état : énarchie, mines, ponts etc…) qui depuis la deuxième guerre mondiale nous a engagés dans toutes les impasses industrielles et énergétiques possibles qui ont fait de la France un nain industriel et un musée des horreurs énergétiques (nous y arrivons). Sans compter les ministères inénarrables, comme celui de la couture et du macramé dont fut chargé Madame Jouanno, championne de Karaté et ci-devant énarque elle-même.

Il faudrait pourtant maintenant en arriver à la vraie question : quand ceux qui sont chargés de résoudre les problèmes non seulement n’y parviennent pas, mais les aggravent avec pertinacité (c’est à dire obstination perverse), n’est-ce pas parce qu’ils sont eux-mêmes le problème ou une grande partie de celui-ci, Madame Jouanno en tête, qui n’a pas plus de compétence pour parler de cette question que moi pour jouer du violon ? Mais le papier ne refuse pas l’encre, et, avec la complicité des grands médias qui façonnent « l’opinion publique », ne doutons pas qu’il y a peu de risque que cela change… sauf accident majeur (économique ou autre), mais là, on changera sans doute de registre, hélas. »

Marc Jedliczka (20 mars 2015)

  • Marc Jedliczka, est directeur de l’association HESPUL et vice-président du CLER, le réseau pour la transition énergétique.

Ce qu’il dit : « Dans le cadre de mes responsabilités nationales au sein du CLER, j’ai participé personnellement aux groupes de travail du Grenelle, mais aussi au débat national sur la transition énergétique. Selon moi, ce qui bloque en France, clairement, c’est le nucléaire. Cela en deviendrait presque caricatural, il y a un aveuglement complet qui fait que le moindre kWh de photovoltaïque ou d’éolien pose problème au nucléaire et qu’ils ont les moyens de l’empêcher (…) »

La suite de l’interview de Marc Jedliczka est disponible depuis le blog MilkTheSun

Patrick Saultier (2015)

  • Patrick Saultier, ingénieur consultant projets locaux et participatifs EnR, directeur général d’Ile de Sein Energie (IDSE) et de Brocéliande Energies Locales.

Ce qu’il dit : « Comment expliquer qu’à Sein nous devons nous battre pour remplacer le fioul par des énergies plus sûres, moins chères et moins polluantes ? Que ceux qui ont des intérêts pour le système actuel s’y opposent est compréhensible. Que les gouvernants ne nous donnent pas la possibilité de le faire le serait moins ! Faisons le voeux que nos dirigeants retrouveront la raison et l’usage de la calculatrice en 2015 ! (…) »

Suite de l’analyse sur le site d’Ile de Sein Energie

Daniel Bour (mars 2015)

  • Daniel Bour est président d’ENERPLAN, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire.

Ce qu’il dit : « La France semble ne pas avoir pris la pleine mesure de la révolution solaire, et est par conséquent de plus en plus distancée »

La suite de l’interview de Daniel Bour est disponible depuis le site du Figaro.

François Lempérière (septembre 2014)

  • François Lempérière, polytechnicien, est président de l’association Hydrocoop, ex-président du CFGB (Comité Français des Grands Barrages), ex-président du comité des coûts de la Commission Internationale des Grands Barrages et lauréat de l’Académie des Sciences à Paris.

Ce qu’il dit :« Les obstacles qui sont placés pour freiner le développement des énergies renouvelables en France sont absolument lamentables »

Thierry Salomon (17 mars 2015)

  • Thierry Salomon, énergéticien et vice-président de négaWatt.

Ce qu’il dit, depuis sa page Twitter : « Comme c’est étrange: la présentation de l’étude ADEME « Vers un mix électrique 100% renouvelable » a mystérieusement disparue du programme du colloque ADEME des 14-15 avril 2015. Magie noire ? Eclipse solaire ? »

Après Fukushima, vers le 100% renouvelable en France ?

C’était une étude qui était fortement attendue par les acteurs de la transition énergétique.

L’ADEME annonçait sur son site internet (message toujours visible) :

« En 2012, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique français était de 16,7% et la loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte a été préparée avec en ligne de mire dans son exposé des motifs, des objectifs de 27% en 2020 et de 40% en 2030 (…) Pendant deux jours, tables rondes et ateliers participatifs se succéderont avec une volonté affichée d’apporter des solutions et un mode d’emploi pour réussir l’implantation des EnR électriques au sein des territoires. L’ADEME profitera de ce rassemblement pour présenter son étude « Vers un mix électrique 100% renouvelable » dont les conclusions permettront un débat riche et porteur de solutions nouvelles et innovantes. »

Dans un communiqué de presse ADEME (agenda du premier semestre 2015) on peut lire :

« Le point d’orgue de ce colloque est la présentation d’une étude inédite commandée par l’ADEME et qui fournit les pistes pour une production d’électricité 100% renouvelable. »

Mais quand on va sur la page du programme du colloque la présentation de l’étude a disparu remarque le réseau TEPOS, le réseau TErritoires à Energie Positive qui rassemble les collectivités et acteurs du monde rural qui visent l’objectif 100% énergies renouvelables.

L’étude était pourtant bel et bien au programme, inscrite noir sur blanc, comme en témoigne le moteur de recherche Google, qui a beaucoup de mémoire.

Que s’est-il passé ? L’ADEME est placée sous la tutelle des ministres chargés de la recherche, de l’écologie et de l’énergie. Les services de la Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’énergie, Ségolène Royal, ont-ils exigé ce retrait ? EDF est-il passé par là ? La perspective d’une électricité 100% renouvelable constitue-t-elle un sujet tabou en France ? Ou alors quelle explication ? La Gazette des Communes, elle aussi, s’interroge.

L’étude a été intégralement financé par l’ADEME (294 371,48 EUR TTC). Le marché public est décrit ainsi (source) :

Intitulé : « Cap 100 % Enre 2050, modélisation et optimisation d’un système électrique français 100 % renouvelable en 2050. » 

« L’Ademe souhaite pouvoir publier une étude permettant de définir les conditions et les impacts précis qu’aurait la mise en place d’un approvisionnement électrique à haut taux de pénétration des Enr (entre 75 % et 100%) à l’horizon 2050. A l’issue de cette étude, l’ademe souhaite pouvoir apporter des réponses aux questions suivantes :

  • sous quelles contraintes est-il possible de fournir une électricité à 75 ou 100% renouvelable sur le territoire métropolitain en 2050 ?

  • quel serait alors le mix énergétique optimal ?

  • quelle serait la répartition géographique des moyens de production ?

  • quel serait l’impact sur le coût de l’électricité pour le consommateur ?

  • quels seraient les besoins en terme de réseau de transport et d’interconnexions ?

  • quels seraient les besoins de moyens d’équilibrage et de services système ?

Notre volonté est de travailler sur l’équilibre offre-demande, afin d’estimer au plus juste les besoins en termes de capacités d’équilibrage et de transport nécessaires. Cette étude devra donc simuler l’équilibre offre-demande sur le réseau de transport, ainsi que le transit des flux d’électricité sur celui-ci, afin d’établir la capacité des systèmes électriques étudiés à couvrir la demande, et dans quelles conditions. Les résultats devront suggérer un ou des  » Mix énergétiques  » optimaux, ainsi que leurs répartitions géographiques, en fonction de jeux d’hypothèses issus de travaux prospectifs »

Le cahier des charges complet de l’étude, datant du 6 mars 2013, est disponible ici (PDF), sur le blog de Manfred Amoureux, ingénieur énergéticien. L’étude est décrite depuis le site PERSÉE (Centre Procédés, Energies Renouvelables et Systèmes Energétiques) de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris (Mines ParisTech):

« Le projet ADEME CAP 100% Energies Renouvelables est considéré par les acteurs du domaine comme un projet stratégique. Il a comme objectif d’étudier le scénario de transition vers un mix électrique « à forte composante renouvelable » (e.g. de 40 à 100% de la consommation). Il doit permettre d’identifier, pour différentes hypothèses et en prenant en compte les caractéristiques du réseau de transport d’électricité, quels mixs énergétiques seraient possibles et pertinents, à quel coût et avec quels bénéfices environnementaux. Un panel d’industriels composé de de ERDF, TOTAL, Météo-France, la RTE et la DGEC a été constitué pour former le comité consultatif de ce projet phare.

La méthodologie du projet repose sur une optimisation des coûts de capitaux et des coûts d’opération du mix électrique. Les coûts d’opérations dans cette optimisation sont calculés afin d’assurer sur un nombre satisfaisant d’années météorologiques l’équilibre « offre-demande » à chaque heure de l’année et en tout point du réseau. Le réseau est modélisé de manière simplifié à partir de 25 zones incluant les pays frontaliers. L’optimisation des coûts d’investissement comprend notamment les investissements dans les centrales de production renouvelable, des moyens de stockage, leur localisation, les lignes de transport électriques. »

Robin Girard, docteur en mathématiques appliquées et spécialiste des systèmes électriques à base d’énergies renouvelables est la personne référente pour ce projet de recherche. L’étude « Vers un scenario énergétique 100% EnR (Energies renouvelables) pour la France » a été présentée par Robin Girard en octobre 2014 dans le cadre de « Journée Futuring Cities – Ville et Energie Durable », à l’Institut Mines Telecom, Paris. Robin Girard a notamment fait partie du programme de recherche « Safe Wind Project » (présenté page 9 ici).

Les partenaires du projet sont ARTELYS, société spécialisée dans l’optimisation des systèmes énergétiques, ARMINES-PERSÉE et ENERGIE DEMAIN, entreprise spécialisée dans la planification énergétique territoriale, la maîtrise de l’énergie et le développement des énergies renouvelables.

Selon le service presse de l’ADEME contacté par les Techniques de l »ingénieur, la présentation et publication de l’étude a été reportée au second semestre 2015. Des études complémentaires seraient nécessaires. Mais alors pourquoi avoir annoncé sa présentation le 14-15 avril 2015 ? N’était-il pas possible de publier l’étude comme prévu puis les compléments dans un second temps ?

Selon Eurostat la France est à l’échelle européenne médaille de bronze du retard pour remplir ses objectifs en matière d’énergies renouvelables. Seuls deux pays font pire.

L’esprit Solar Impulse de Bertrand Piccard parviendra-t-il un jour jusqu’à l’état français ?

Par Olivier Daniélo

La France s’arme à son tour de satellites espions

En s’équipant de trois satellites destinés à la collecte de renseignements d’origine électromagnétique (ROEM), la France va faire un bond de géant en matière d’espionnage. Avec le programme CERES (Capacité de renseignement électromagnétique spatiale) chapeauté par la Direction générale de l’armement (DGA) et lancé officiellement le 12 mars, elle s’aligne au même rang que les États-Unis, la Chine et la Russie et devient le premier pays européen à bénéficier d’un tel système. Enfin, deviendra ! La mise en route des satellites étant prévue pour 2020.

CERES agira en complément des satellites d’observation et de télécommunications dont dispose déjà la France et des informations qu’elle échange avec l’Allemagne et l’Italie. Les satellites évolueront en groupe, en formant un triangle afin que chacun d’eux détecte et localise les émetteurs, avec une précision de l’ordre de dix kilomètres, et mieux encore, surveille les signaux qui échappent à l’heure actuelle aux capteurs de surface. Un communiqué du CNES l’explique de cette manière : « Quand un radar émet un signal, chacun des satellites reçoit ce signal à un instant légèrement différent. C’est en croisant les informations recueillies par chacun et comparant l’heure de réception d’un même signal que l’on peut situer l’emplacement de l’émetteur. »

Les théâtres d’intérêt stratégique (centres de commandement par exemple) associés à leurs niveaux de danger seront ainsi déterminés, tout comme le degré de sophistication des réseaux de communication. Ces informations sont très précieuses pour l’armée qui peut, grâce à elles, aménager une stratégie en cas de menace. 

Les réflexions entamées en 2013 ont donc abouti. Et c’est à Airbus Defence & Space que la DGA a choisi de confier la mise en chantier des satellites du programme CERES. À cela, rien d’étonnant puisque Airbus DS est déjà le fabricant des satellites français Helios et  Pléiades ainsi que des démonstrateurs Essaim et Elisa. Cela ne fait donc que « démontrer la qualité de notre savoir-faire et de nos technologies » assure François Auque, le directeur général de Space Systems, sous-traitant d’airbus DS. Quant à la filiale française Thales Systèmes Aéroportés du groupe Thales, elle doit assurer la maîtrise d’oeuvre du segment sol utilisateurs tandis que Thales Alenia Space va s’occuper de la charge utile des satellites.

Le budget est estimé approximativement à 450 millions d’euros. Une enveloppe lourde qu’à justifié le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, par une « ambition élevée » de la loi de programmation militaire. Or, la surveillance des signaux electromagnétiques fait partie de ces quatre capacités qu’il considère essentielles avec l’imagerie sécurisée optique notamment. Car l’un des avantages du programme CERES – donc du trio de satellites d’écoute – est de pouvoir évoluer légalement au-dessus de n’importe quelle zone du globe. En dehors de tout cadre juridique, les satellites d’observation représentent la meilleure solution d’observation non intrusive. Ce qui se révèle très pratique quand on en dispose. 

Par Sébastien Tribot

Aujourd’hui, une question essentielle… Comment uriner sans éclaboussures ?

Vos relations sociales en ont peut-être un jour pâtis. Parce que votre mère à la maison vous a au moins une fois fait la leçon après avoir découvert quelques gouttelettes sur le dos de la cuvette/lunette/sol, ou encore à cause de votre conjointe qui vous a fait remarquer une trace suspecte sur votre pantalon; vous en avez souffert et vous aimeriez ne plus jamais entendre parler de ce terrible fléau.

Écoutez les conseils de Tadd Truscott et Randy Hurd.

Ces deux physiciens américains de la Brigham Young University se sont penchés sur l’art décalé du pipi propre, celui qui consiste à uriner sans en mettre partout sur la cuvette des toilettes ou ses pieds en cas de soulagement extérieur. Ils viennent de publier « Dynamiques de l’urinoir: le guide tactique » pour en finir avec ces fluides qui nous gâchent la vie, et c’est très sérieux.

Les deux hommes ont conçu un urètre masculin en plastique sous forme d’un cylindre de 8 millimètres sur 3 millimètres à l’aide d’une imprimante 3D. Le tuyau arroseur, fixé à un conteneur sous pression, a été utilisé sous différents débits afin d’observer scientifiquement l’effet des fluides masculins lorsqu’ils frappent des parois. Il en ressort que « viser la surface verticale est préférable (à l’horizontale) dans presque tous les cas ». L’angle choisi est également important: il est préférable de viser vers le bas ou le côté plutôt qu’un « 45 degrés classique » – opéré encore une fois en extérieur ou à l’urinoir.

Mais ce qui compte par-dessus tout, c’est la distance à laquelle vous devez vous tenir de la cuvette. Une proximité entre 10 et 15 centimètres serait l’idéal. Ainsi, le jet d’urine n’aurait pas le temps de s’éclater en une multitude de gouttelettes s’envolant à droite à gauche. Phénomène qui a apparemment déjà été étudié puisqu’on le nomme « instabilité de Plateau-Rayleigh ». Je suis aussi surpris que vous.

La conclusion de tout ça est évidente, privilégiez toujours la position assise, moins dangereuse, elle vous garantira un minimum d’éclaboussures pour un maximum d’hygiène. Le pipi debout est une approche risquée, même les experts risquent de briser l’intégrité du jet en se plaçant trop loin. Mais pour ceux pour qui poser ses fesses sur une lunette pour la petite commission est une atteinte à leur virilité, les auteurs de l’étude préconisent de bien choisir l’angle (inférieur à 45 degrés) et de viser la porcelaine plutôt que l’eau.

Par Sébastien Tribot

EDF pourrait racheter les activités « réacteurs » d’Areva (presse)

Selon ces journaux, EDF pourrait prendre une participation dans une large partie des activités d’Areva, à savoir le périmètre de l’ex-Framatome.

Joints par l’AFP, les deux groupes publics ont indiqué ne pas faire de commentaire.

Le quotidien Les Echos précise que les choses sont loin d’être faites ne serait-ce que parce qu’il faut l’aval du gouvernement, même si le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, serait favorable à une telle intégration verticale, selon le journal.

Le Figaro indique quant à lui que le gouvernement attend les propositions des deux groupes « la semaine prochaine ».

Par ailleurs, le point de vue d’Areva sur le dossier ne serait pas encore arrêté selon les Echos qui fait état d’autres scénarios comme un rapprochement entre les deux groupes limitée à l’ingénierie des réacteurs, ce qui aurait la préférence d’Areva.

Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, avait assuré en février n’avoir aucun projet de prise de participation des activités d’Areva, mais le gouvernement pousse à un tel rapprochement entre l’électricien et le spécialiste du nucléaire, qui a dévoilé début mars l’ampleur de ses difficultés financières.

jbo-abb/cb/ed

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Energies Renouvelables: la France passe sous la moyenne de l’Union Européenne

De 8,4% en 2004, première année où les données sont disponibles, l’UE est passée à 15% d’EnR en 2013. Soit un gain de 6,6 points en 9 ans.

Pour le WWF « avec 14,2% en renouvelables, la France passe sous la moyenne européenne. Il faut se ressaisir. » La France fait moins bien que la Grèce (15%) et beaucoup moins bien que le Portugal (25%). La France s’est engagée auprès de ses partenaires européens à parvenir à 23% d’EnR en 2020. Seul point positif, l’hexagone arrive en quatrième position dans le secteur des transports : 7,2% de l’énergie provient des renouvelables dans ce domaine, juste derrière l’Autriche (7,5%) et la Finlande (9,9%) mais loin derrière la Suède (16,7%).

Ce point positif est cependant à relativiser compte-tenu des problèmes environnementaux que posent les agrocarburants.

Le champion de l’UE est la Suède avec 52,7%. La Norvège pays non membre de l’UE et très riche en ressources hydroélectriques culmine à 65,5%. Viennent ensuite la Lettonie (37%), la Finlande (36,8%), l’Autriche (32,6%) et le Danemark (27,2%), pays champion du monde de l’éolien. Le cancre de l’UE est le Luxembourg, avec 3,6% d’EnR.

« Trois des 28 États membres de l’UE, à savoir la Bulgarie, l’Estonie et la Suède, ont déjà atteint le niveau requis pour réaliser leurs objectifs nationaux 2020 respectifs. » souligne Eurostat. « En outre, la Lituanie, la Roumanie et l’Italie sont à moins de 0,5 point de pourcentage de leurs objectifs 2020. À l’autre extrémité de l’échelle, le Royaume-Uni (à 9,9 points de pourcentage de son objectif national 2020), les Pays-Bas (à 9,5 pp), la France (à 8,8 pp) et l’Irlande (à 8,2 pp) sont les plus éloignés de leurs objectifs. »

Manifestement il y a un problème sérieux en France. Se ressaisir et s’inscrire dans une dynamique d’éco-responsabilité reste cependant possible. Il faut que la France gagne 10 points en 5 ans, soit 2 points par an pour tenir son engagement.

Un haut niveau d’EnR constitue un avantage majeur en matière de sécurité énergétique, notamment dans un contexte de tension de l’UE avec la Russie, pays exportateur de gaz et de pétrole.

Par P.T

Et aussi dans les
ressources documentaires :

Où finit le plastique dans les océans ?

Les deux océans de l’hémisphère Nord contiennent 56% de toutes les particules de plastique flottant dans les océans et 57% du poids total. A elle seule, la mer Méditerranée contiendrait 247 milliards de particules pour 23 150 tonnes de plastiques flottant. Dans l’hémisphère Sud, l’océan Indien semble avoir un nombre de particules plus important que les océans Atlantique Sud et Pacifique Sud combinés.

Une pollution mondiale encore sous-estimée

Pour parvenir à ce résultat, les équipes de chercheurs coordonnées par l’institut 5 Gyres ont compilé les résultats issues de 24 campagnes océanographiques réalisées entre 2007 et 2013 sur 50 000 milles nautiques, soit 92 600 km. 

Durant ces campagnes, des échantillons ont été prélevés dans les cinq gyres (Pacifique Nord et Sud, Atlantique Nord et Sud et Océan Indien), dans de vastes régions côtières et dans des mers fermées (baie du Bengale, côtes australiennes et la mer Méditerranée). Elles totalisent 680 prélèvements de micro-plastiques à l’aide de filets Manta traînés en surface et 891 relevés visuels pour les gros débris plastiques. La pollution a ensuite été classée en 4 tailles de fragments : 0.33–1,00 mm (petits microplastiques), 1,01–4,75 mm (gros microplastiques), 4,76–200 mm (mésoplastiques), et >200 mm (macroplastiques). 

Les auteurs qualifient leurs estimations de « très prudentes » et d’« estimations basses ». Notamment, l’estimation des macroplastiques pourrait être « considérablement améliorée par une normalisation des méthodes et davantages d’observations », jugent-ils. Ils rappellent que cette évaluation ne s’intéresse qu’au plastique flottant en surface. Elle ne prend pas en compte les quantités de plastiques en suspension dans la colonne d’eau, gisant sur les fonds marins ou sur les rivages, ou encore au sein des organismes aquatiques. « La séquestration dans les sédiments semble être la destination finale de la pollution plastique, après une myriade d’effets biologiques », préviennent les auteurs.

Que deviennent les plastiques en se fragmentant ?

En compilant l’ensemble de ces données, les chercheurs ont développé un modèle numérique permettant d’évaluer la quantité totale de plastique flottant dans les océans du monde. « On aurait pu s’attendre à des quantités plus importantes de particules de petites tailles mais de manière surprenante, l’étude montre qu’elles représentent 90 % du nombre total des plastiques flottants mais seulement 10 % du poids total, c’est 100 fois moins qu’attendu », précise Martine Thiel, co-auteur des travaux.

Cela suggère que pendant la fragmentation, les matières plastiques disparaissent de la surface. Que deviennent-elles ? Plusieurs mécanismes semblent être en jeu. Il s’agit notamment de la dégradation UV, de la biodégradation, de l’ingestion par les organismes, de la baisse de la flottabilité suite à la colonisation par d’autres organismes et de l’échouage au fond des océans ou sur les plages… 

« Le taux de fragmentation de microplastiques déjà fragiles peut être très élevé, brisant des petits microplastiques en particules encore plus petites, les rendant non prélevables par nos filets (mailles de 0,33 mm) », notent les auteurs dans leur étude. Les microplastiques se dégradent en nanoplastiques, puis en oligomères puis en monomères. Pus les particules sont petites, plus le rapport surface/ volume augmente. Cela favorise encore la dégradation par abrasion ou dégradation bactérienne.  En conséquence, « les résultats montrent que la dégradation en nanoplastiques puis oligomères est une voie prépondérante », analyse Francois Galgani, chercheur à l’Ifremer et co-auteur de l’étude.

Les océans doivent donc certainement regorger de particules d’une taille inférieure à 0,33 mm, mais nous n’avons aucune évaluation de l’ampleur de cette pollution. D’autres études montrent aussi que ces microplastiques flottant sont ingérés par plusieurs organismes, directement ou indirectement, par exemple via leurs organismes proies.

Les gyres, des zones de transfert et de transformation

Contrairement à ce que l’on pensait depuis plusieurs années, les gyres ne semblent pas être des zones d’accumulation, mais plutôt « des lieux de transfert, de transformation et de redistribution des plastiques flottants en raison des phénomènes de dégradation par divers mécanismes et des mouvements des eaux ». Les plastiques y passent un certain temps avant d’être redistribués ailleurs dans les océans, mais ne s’y accumulent pas. Au final, il semble exister un certain équilibre entre les entrées et les sorties de déchets plastique dans ces gyres : visiblement, les quantités n’ont pas évolué dans les gyres depuis plus de 20 ans. Cela a été vérifié dans le gyre Atlantique sur des échantillons stockés depuis de longues années.

Pour combattre ce fléau, l’institut 5 Gyres  veut encourager le développement des polymères biodégradables. « Il paraît essentiel de favoriser l’utilisation de produits innovants pour le remplacement des objets à usage unique. La bonne nouvelle est que l’arrêt des apports permettrait une dégradation dans le temps des plastiques présents et la diminution du problème. Il est temps de traiter ce problème à la source afin d’entrer dans une démarche de restauration et de responsabilité », conclut Marcus Erikssen, auteur principal de cette étude.

Cartographie des microplastiques à la surface des océans. Chaque point représente 20 kg de plastique. Voir la carte interactive : http://app.dumpark.com/seas-of-plastic-2/ © Dumpark/New Zealand 

  • Aller plus loinRéférences de l’article : Eriksen M, Lebreton LCM, Carson HS, Thiel M, Moore CJ, et al. (2014) Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea. PLoS ONE 9(12): e111913. doi:10.1371/journal.pone.0111913

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Et aussi dans l’actualité :

Zéro plastique en décharge en Europe en 2025 ?

Selon PlasticsEurope, le représentant des producteurs européens de matières plastiques, près de 299 millions de tonnes de plastique ont été produites dans le monde et 57 millions en Europe en 2013. En 2012, l’Europe a généré 25,2 millions de tonnes de déchets plastiques, issues pour 40 % de produits à courte durée de vie (emballages) et pour 60 % de produits à longue durée de vie (automobile, construction et bâtiment, équipements électriques et électroniques, agriculture…). En France, 3,3 millions de tonnes de déchets plastique ont été collectées en 2012.

L’enfouissement des déchets de matières plastiques demeure l’option privilégiée dans la majorité des pays européens. En 2012, 38 % de ces déchets produits en Europe ont été enfouis, 36 % ont été incinérés et seulement 26 % ont été recyclés.

Douze pays européens enfouissent encore plus de 50 % de leurs déchets de matières plastiques. Mais 9 pays ont introduit des restrictions sévères à cette mise en décharge et ont développé conjointement le recyclage et la valorisation énergétique par incinération. Ces 9 pays parviennent ainsi à enfouir moins de 10 % de leurs déchets de matières plastiques. Il s’agit de la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, le Luxembourg, la Belgique, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas  et la Norvège. La Suisse est championne avec moins de 0,2 % de plastiquesenfouis. La France est dans une situation intermédiaire, avec encore 38 % d’enfouissement.

Diminuer la mise en décharge au profit de la valorisation et du recyclage

Entre 2005 et 2012, les volumes de déchets de matières plastiques mis en décharge en Europe ont largement diminué. De 13 millions de tonnes enfouies chaque année en 2005, ils sont passés à 9,6 millions de tonnes en 2012. Toutefois, la dynamique doit s’amplifier pour atteindre « zéro plastique » en décharge en 2025.

La directive européenne sur l’économie circulaire préparée par la DG Environnement visait à interdire la mise en décharge des plastiques d’ici 2025. Mais la commission a estimé qu’il n’était pas raisonnable d’imposer des objectifs que l’ensemble des États membres ne pourraient pas atteindre. La DG Environnement va travailler avec la DG Entreprise pour une directive industriellement et financièrement faisable. Elle devrait donc plutôt prévoir des objectifs de recyclage ambitieux. « Nous pensons que si l’Europe se donne pour objectif d’amener l’ensemble de ses membres au niveau de performance du plus vertueux d’entre eux, à savoir l’Allemagne (42 % de taux de recyclage), nous aurons beaucoup progressé», évalue Véronique Fraigneau, responsable de la communication de Plastics Europe. « Si seulement les 10 pays qui enfouissent le plus de déchets se dotent d’un objectif ambitieux de réduction de la mise en décharge des plastiques, alors cela sera gagné. On ne peut pas, par exemple, imposer à la Roumanie, les mêmes objectifs qu’au Royaume-Uni ou à la France qui enterrent encore beaucoup trop de plastique », précise Michel Loubry, directeur général de PlasticsEurope pour l’Europe de l’Ouest.

Pour parvenir à baisser la mise en décharge des plastiques en France, le projet de loi relatif à la transition énergétique en cours de discussions prévoit de « réduire de 30 % les quantités de déchets non dangereux non inertes admis en installation de stockage en 2020 par rapport à 2010, et de 50 % en 2025 ». « Les déchets plastiques font de fait partie des déchets qui devraient être parmi les premiers à être déviés de la décharge, puisque non dangereux pour leur très grande majorité et non inertes », relève Véronique Fraigneau.Cette disposition est notamment accompagnée de l’extension des consignes de tri à l’ensemble des plastiques d’ici 2022, mais aussi de la généralisation du tri à la source des déchets organiques pour tous les producteurs de déchets d’ici à 2025, afin de diminuer leur mise en décharge.

Incinérer ou recycler les plastiques ?

Si les plastiques ne sont plus mis en décharge, il faut soit les recycler, soit les incinérer. La France, avec un taux moyen de recyclage des plastiques de 20 % et de valorisation énergétique de 42 % recycle moins que la moyenne européenne. Lorsqu’on ne considère que les emballages en plastique, les taux de recyclage sont plus élevés et la moyenne européenne s’élève à 34,7 %. La France est, encore là, bien en dessous de ce résultat, avec un taux de recyclage de ces emballages de 23,9 %.

L’éco-organisme Eco-Emballages mène une expérimentation sur l’extension des consignes de tri auprès de 3,7 millions d’habitants depuis 2011. L’extension des consignes de tri à l’ensemble de la population se poursuivra de 2016 à 2022.

Les résultats des expérimentations menées sont encourageants. Ils laissent envisager un doublement du gisement potententiel d’emballages à recycler. Alors qu’à ce jour,pour les plastiques, seulement 40 % des emballages (bouteilles et flacons) font l’objet d’une consigne de tri, environ 40 % supplémentaires de films en polyéthylène et de pots et barquettes pourraient entrer dans les consignes de tri.

PlasticsEurope estime que l’extension des consignes de tri à l’ensemble des emballages en plastique permettra d’augmenter de façon indirecte l’ensemble des emballages triés par les ménages. Ainsi, Plastics Europe évalue que cette disposition permettra de recycler 5 kg supplémentaires d’emballages par habitant et par an : 2 à 3 kg/hab/an de pots, barquettes et films, 0,5 kg/hab/an de bouteilles et flacons (pour atteindre 4,5 kg/hab/an) et 1,5 kg/hab/an d’autres emballages (carton, briques alimentaires, acier, aluminium). Cela permettrait d’atteindre un taux de recyclage des emballages en plastique d’environ 40 %.

Pour les emballages en plastique restants (plastiques complexes, films trop petits…) dont le recyclage des résines n’est pas économiquement viable, et pour les emballages non recyclés, il faut développer la valorisation énergétique par incinération. Cela se fera dans des incinérateurs municipaux avec récupération d’énergie, ou sous forme de combustibles solides de récupération. « Les emballages qui ne pourront pas être recyclés devront tous être valorisés énergétiquement. Le zéro plastique en décharge passe par un pourcentage de recyclage, complété par un pourcentage de valorisation énergétique qui ramène le taux de mise en décharge à presque zéro », prévient Véronique Fraigneau. La réussite de cette extension passe par la nécessaire adaptation des centres de tri. Selon l’ADEME, l’investissement nécessaire s’élève entre 1,2 et 1,8 milliards d’euros.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

L’industrie s’engage contre la pollution plastique

Pour mettre fin à la pollution plastique dans les océans, le principal défi n’est pas de recycler les macrodéchets du 7e continent, comme l’imagine le néerlandais Boyan Slat, mais d’augmenter la prévention à terre. « Les images du 7e continent dans l’imaginaire collectif sont fausses. Ce n’est pas une île de déchets où l’on pourrait accoster ; les macrodéchets y sont minoritaires. En réalité, les images montrant des macro-déchets en plastique viennent de la décharge de Saïda au Liban, où les déchets se déversent par débordement directement dans la merMéditerranée. Dans le gyre de l’Atlantique Nord, les estimations sont à 5 kg de déchets plastiques par kilomètres carré, ce qui équivaut à environ une bouteille de plastique répartie en morceaux sur un terrain de football. On ne peut pas envoyer quelqu’un nettoyer cette pollution avec une pince à épiler: la seule solution est d’agir à terre », analyse Michel Loubry, directeur général de PlasticsEurope pour l’Europe de l’Ouest.

Sensibiliser à terre pour ne plus polluer la mer

Les scientifiques estiment que les déchets de matières plastiques retrouvés en mer proviennent à environ 80 % de terre. Il reste 20 % de déchets jetés par dessus bord à partir des bateaux de loisirs, de la marine marchande, des pêcheurs… La seule façon viable pour ne plus retrouver de plastiques en mer, c’est donc d’agir à terre auprès des citoyens, des professionnels et de la marine, « c’est d’arriver à 100 % de collecte et 100 % de valorisation », analyse Michel Loubry.

Pour mettre fin à ce fléau, PlasticsEurope travaille donc sur différents fronts. L’organisme s’attelle notamment à sensibiliser le grand public en soutenant l’opération « Vacances Propres » qui lutte contre les déchets sauvages, et l’opération « Je navigue, je trie ». De plus, la filière travaille à l’extension des consignes de tri pour 2022 et à la fin de la mise en décharge du plastique, conformément au projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte.

Il faut être actif en Europe, mais aussi dans les zones qui polluent le plus. Pour cela, PlasticsEurope a monté un conseil mondial des producteurs de matières plastiques, le World Plastics Council (WPC). L’essentiel de la pollution plastique océanique proviendrait d’Asie. « Notre travail essentiel est de sensibiliser nos amis Chinois, Coréens, Philippins… sur le sujet et faire en sorte qu’ils s’occupent de cette problématique », assure Michel Loubry. « En Méditerranée, la pollution provient majoritairement du Maghreb, de l’Égypte et du Liban… Mais en Afrique, il n’y a pas d’organisme de producteurs, il faut les aider à monter les structures de traitements de déchets », estime-t-il.

« Clean Sweep », pour ne plus rejeter de granulés de plastique

Des granulés de plastique sont trop souvent retrouvés sur les côtes du monde. Pour mettre fin à cette pollution, depuis 3 ans, les producteurs de matières plastiques mettent en œuvre un programme visant à ne plus rejeter ces granulés dans l’environnement. Mais ce programme « zéro granulé perdu » n’est pas suffisant. « Il faut aller au-delà de nos usines, dans toute la chaîne de valeur, c’est-à-dire chez nos clients : les transformateurs, les transporteurs et les distributeurs », prévient Michel Loubry. « Il faut aller jusque dans les ports où est réalisée l’exportation des matières plastiques vers les pays étrangers », juge-t-il.

Les granulés de plastique sont vendus au détail dans des sacs de 25 kg, qui en contiennent environ 3 millions. Dans un entrepôt de logistique ou dans un port, si un sac se perce, il faut faire en sorte que l’ensemble des granulés soient ramassés et jetés à la poubelle. Car encore trop souvent en cas de déversement, les agents lavent au jet d’eau ou avec une souflette à air comprimée, ce qui entraîne le rejet de millions de granulés dans l’environnement. « L’opération Clean Sweep, c’est la mise en marche de l’explication dans toute la chaîne de valeur, de la nécessité de ne jamais laisser traîner des granulés de plastique sur le sol, de les ramasser de les jeter dans la poubelle adéquate », résume Michel Loubry. L’objectif est d’engager toute la chaîne en Europe dans ce travail d’ici 4 ans.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Patrick Deixonne explique l’expédition 7e continent

T.I. : Pouvez-vous nous présenter rapidement ce qu’est l’expédition 7e continent ?

Patrick Deixonne : Les expéditions 7e continent ont pour but de médiatiser la problématique de la pollution du plastique dans les océans. Pour cela, nous travaillons sur trois volets. Il y a le volet sensibilisation du grand public, la sensibilisation des scolaires et un volet scientifique. On essaie de toucher tout le monde, aussi bien la métropole que les DOM. À mes yeux, le volet pédagogique est tout aussi important que les aspects médiatiques et scientifiques. Nous sommes une association loi 1901 basée en Guyanne française. L’année dernière, nous avons été financés en grande partie par l’Agence de l’eau Seine-Normandie.

T.I. : Quels sont vos premiers constats suite à vos expéditions ?

P. Deixonne : Il était important de se rendre sur place pour vérifier que le plastique se regroupait bien dans les gyres. À chaque fois que l’on part, on se pose beaucoup de questions et on développe de plus en plus notre volet scientifique. Notre spécificité est d’essayer de répondre à des questions auxquelles personne n’a encore répondu. Pour cela, nos partenaires les plus importants sont le CNES et le CNRS, mais nos expéditions ont aussi permis de sensibiliser un peu le monde scientifique en France. De plus en plus de laboratoires demandent qu’on leur ramène des échantillons pour faire des tests.

Le dématage que l’on a subi l’an dernier nous a empêché de faire les tests que nous voulions sur la mesure de la micropollution par les satellites. Mais nous allons reprendre ce volet pour essayer de repérer les macro et microdéchets. Nous voulons aussi répondre à la question « où va le plastique après s’être morcelé ? ». Nous allons essayer de repérer les nanoparticules de plastique et les identifier.

Dans l’Atlantique Nord, on est tombé dans une zone où l’on ramassait les microparticules à la main. Il y en avait des millions autour du bateau. Lorsque l’on prenait une passeoire et que l’on faisait un petit coup dans l’eau à la main, on récupérait des microdéchets. Il faut donc que l’on y retourne, car on a été pris par le temps. Nous avons noté tous ces endroits pour y retourner et compléter l’information.

On étudie aussi les métaux lourds sur les plastiques et dans les poissons pour voir s’il y a un échange de pollution qui se fait. Je pense que ces résultats seront publiés l’année prochaine pour être complétés avec les travaux de la prochaine expédition.

T.I. : Une étude parue dans le journal PLOS ONE a estimé le plastique flottant dans l’océan mondial à 268 940 tonnes. Selon eux, les gyres sont plus des centres de transformation que d’accumulation, les quantités n’ayant pas évolué dans les gyres depuis plus de 20 ans. Cela est-il une bonne nouvelle?

P. Deixonne : Suite à l’étude parue dans PLOS ONE, nous nous demandons « où va le plastique ? », comme je vous le disais. Si le plastique n’est pas en augmentation, c’est qu’il part quelque part. Dans cette étude, les auteurs n’ont pas étudié les particules inférieures à 300 µm. De notre côté, nous pensons que le plastique se dégrade de plus en plus et se fragmente. Lorsque l’on travaille avec un filet Manta avec des pores de 300 µm, on ne récupère pas les plus petites particules. On met donc au point des filets Manta avec des pores de 20 µm pour voir si de plus petites particules flottantes existent.

T.I. : Pouvez-vous nous en dire plus sur la prochaine expédition?

P. Deixonne : La prochaine expédition aura lieu du 15 mai au 15 juin 2015. Nous repartirons dans le gyre de l’Atlantique Nord, à bord du Guyavoile, un maxi-catamaran. Comme nous sommes tombés sur des concentrations très importantes, au-delà de ce que l’on trouve dans les publications scientifiques, nous voulons vérifier cela. Nous pensons que les chiffres sont sous-estimés à certains endroits. Cela est compréhensif puisque la zone fait 2 à 3 fois la France. Lorsque l’on prélève des échantillons, la concentration mesurée est donc très aléatoire. Nous essaierons aussi de corréler les résultats avec la circulation océanique.

Nous resterons au moins 15 jours sur place, pour avoir le temps de faire les mesures. C’est tout ce que je peux vous dire pour le moment, pour être sûrs de nos résultats lorsque nous les annoncerons.

T.I. : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre volet pédagogique ?

P. Deixonne : Pour le volet pédagogique, on passe par des structures telles que le CNES ou l’Agence de l’eau Seine-Normandie pour toucher un maximum d’écoles. On organise des opérations sur le terrain pendant la mission. Cette expédition terrestre réunit les écoles pour faire des ramassages de déchets le long des rivières. Ensuite, les scolaires entrent en contact avec nous par Skype en plein milieu de l’océan pour faire le lien entre ce qu’on trouve dans les fleuves et ce que l’on retrouve dans le gyre.

Nous avons aussi développé un volet pédagogique sur notre site Internet. Il s’agit de fiches qui intègrent le programme scolaire des premières. Les professeurs peuvent l’intégrer très facilement dans le programme. Cette année, avant de partir en mission, on consacrera une semaine en se déplaçant sur l’Arc Antillais. On va faire la Martinique, la Dominique, la Guadeloupe et Saint-Martin. On s’arrêtera sur chaque île et on sensibilisera les jeunes à cette problématique. On va aussi faire déplacer une troupe de théâtre spécialisée dans le message environnemental et coupler ces actions à des actes de ramassage.

En savoir plus sur l’expédition 7e continent : http://septiemecontinent.com

Dans le cadre de l’expédition 2014, l’équipe a réalisé un documentaire de 52 minutes. Libre de droit, il est diffusé gratuitement sur Internet. Il revient sur la préparation de l’expédition et suit l’équipe dans leur route vers le gyre. Il présente la réalité du 7e continent : une soupe de microplastiques plus qu’un réel continent de macrodéchets ! 

Propos recueillis par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Algopack, des algues pour remplacer le plastique ?

« Une partie de l’innovation d’Algopack a été de trouver une molécule naturelle dans l’algue qui se comporte comme les molécules utilisées dans les matériaux pétro-sourcés habituels », affirme Rémy Lucas, fondateur et président d’Algopack. Voilà comment est né un matériau digne du plastique. En plus, « on ne rajoute aucun plastifiant ou aucun autre produit, le matériau est composé à 100 % de cette molécule d’algues », précise le fondateur de l’entreprise.

Les algues utilisées actuellement en France pour les premières applications sont des algues brunes. Cultivées actuellement sur une surface de 12 hectares, 145 nouveaux hectares de culture sont prévus en 2015, à 2,5 km au large de Saint-Malo. Fin 2015, la start-up mutera du format « start-up » à un format « industriel ». « Début 2016, il est sûr que l’on verra les applications sur le marché avec des grandes marques au niveau mondial », prévient R. Lucas.

Une solution mondiale pour remplacer le plastique ?

« On a sécurisé les ressources au niveau mondial : on n’utilise pas d’algues invasives, mais des algues déjà présentes sur les zones », nous précise R. Lucas. « On a testé la matière au Japon, aux États-Unis, en Irlande et les algues qui poussent là-bas sont tout à fait compatibles avec notre process », assure-t-il.

Le process est donc développable partout dans le monde, avec des algues locales non invasives. L’intérêt est aussi d’avoir des unités de production à proximité de la ressource. Beaucoup de pays seraient d’ores et déjà intéressés. « Dans de nombreux pays, la filière pêche souffre, il y a aussi des zones où le poisson commence à se raréfier. Des pays sont en train de réfléchir à la diversification des filières pêches pour faire travailler les pêcheurs qui restent à quai. Développer des filières d’algues permet d’apporter des solutions à l’emploi, tout en respectant la biodiversité des zones », analyse le fondateur d’Algopack. « Le potentiel est vraiment mondial », se réjouit-il.

R. Lucas rêve de voir un jour l’ensemble de l’industrie du plastique passer au plastique à base d’algues. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. « Le plastique a mis 50 ans avant d’être vraiment compatible à tous les domaines », rappelle-t-il. Néanmoins, la chimie du végétal va avoir une part de plus en plus importante. « La chimie traditionnelle en Europe est en déclin ; à mon avis, le seul moyen de maintenir l’emploi tout en préservant la biodiversité, c’est d’agir en faveur de la chimie du végétal », analyse l’ancien cadre de l’industrie plastique.

Deux produits pour la transition plastique

L’entreprise propose pour le moment deux matériaux : l’Algoblend, matériau composé à 50 % d’algues et 50 % de plastique et l’Algopack, matériau composé à 100 % d’algues. La capacité de production de l’entreprise est actuellement de 2 400 tonnes par an pour l’Algoblend. Sur l’Algopack, la start-up passe tout juste à une production industrielle : elle devrait avoisiner les 500 tonnes en 2015 et les 2 000 tonnes en 2016.

Ces deux matériaux se présentent initialement sous la forme de granulés, similaires aux « larmes de sirène » des plastiques tradionnels. Transformer de la matière Algoblend, c’est aussi réduire la consommation d’énergie sur les presses. « Pour transformer une granule plastique traditionnelle, les presses chauffent autour de 220 °C ; avec l’Algoblend, nous sommes plus aux alentours de 170 °C », insiste R. Lucas. La matière s’utilise dans les moules et les extrudeuses du marché, sans nécessité d’investissements complémentaires. Elle est apte au contact alimentaire direct, aux normes du jouet, de la puériculture, de la téléphonie…

L’Algopack se développement actuellement sur de petits marchés : horticulture, pots à crayon, pots à bougies… car la matière est totalement opaque et la production est encore faible. L’Algopack ne possède pas encore l’aptitude au contact alimentaire, mais « on est en train de travailler dessus », assure R. Lucas. « Pour empêcher que le matériau se dégrade au contact de la nourriture, on met des laques végétales (coating), comme pour le carton, mais sans plastique », explique-t-il.

En fin de vie, l’Algopack est biodégradable et compostable : « La matière se dégrade en 12 semaines en terre. Cela permet de retrouver l’une des fonctions historiques de l’algue : c’est un fertilisant naturel », se réjouit R. Lucas. Ainsi, en fin de vie, l’objet fertilise la terre, plutôt que de la polluer ! Et s’il finit dans l’eau, il se dégradera en quelques heures, sans polluer.

Côté prix, l’Algoblend demeure plus cher que les matières plastiques habituelles. En revanche, l’Algopack est à un prix similaire. La tonne de granulés d’Algopack est vendue 1 200 €, lorsqu’une tonne de PVC ou PET est vendue 1 000 € et une tonne de polyéthylène ou polypropylène environ 1 300 €.

Comment sont cultivées ces algues ?

Les algues utilisées pour fabriquer ces produits sont des algues brunes. À croissance très rapide, l’algue brune capte du CO2 qu’elle transforme en sucres pour grandir, et ne rejette en mer que de l’oxygène. « On n’utilise ni pesticide, ni engrais, très peu d’eau, alors que beaucoup de « bio-matériaux » issus de ressources agricoles telles que le maïs ou la canne à sucre sont consommateurs d’engrais, de pesticides, d’eau et empiètent sur le foncier agricole », prévient R. Lucas.

En amont de la culture en mer, les algues grandissent en écloserie, en partenariat avec la société C-Weed Aquaculture. « Au bout de 3 semaines environ, les algues sont mises en mer sur de grandes cordres, comme des lignes de piscine et sont tenues par des bouées à la surface », explique R. Lucas. Les algues peuvent alors se développer par photosynthèse. Pour la récolte, il suffit de retirer les cordes de l’eau et de couper les algues. « Il n’y a aucune opération de nettoyage : les cordes sont mises à sécher dans des champs, les algues pourrissent et les cordes peuvent ensuite être réutilisées », annonce R. Lucas.

La nouvelle zone de culture de 145 hectares est située sur la zone Procoq, une zone dédiée à la protection de la ressource en coquillages. Les algues y seront cultivées en semi-surface et les pêcheurs placeront des naissains de coquilles Saint-Jacques sous la culture. « L’intérêt des pêcheurs est d’avoir une zone balisée grâce à la culture d’algues, car elle est interdite à la pêche et à la navigation », assure R. Lucas. « De plus, l’algue a un atout : elle capte le CO2 et renvoie de l’oxygène dans l’eau, ce qui favorise le plancton et donc le développement de nourriture pour les coquillages », prévient-il. Les cordes sont aussi maintenues au fond et accrochées à des récifs artificiels pour que la biodiversité puisse nicher ou se protéger.

Outre la culture de ces algues, il est également possible de valoriser en Algopack les déchets d’algues issus de l’industrie agroalimentaire, cosmétique ou d’ailleurs !

Découvrez Algopack en vidéo : https://www.youtube.com/embed/ucQgBIMIqyM

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Plastique en Méditerranée : quelles solutions ?

Afin de lutter contre le rejet de macrodéchets plastiques dans sa principauté de bord de mer, le Prince Albert II a décidé d’interdire les sacs plastiques à usage unique dès 2016. De plus, au plus tard en 2019, les produits alimentaires tels que les fruits, les légumes et les confiseries devront être conditionnés dans « des sacs en papier recyclés ou issus de forêts gérées durablement ». Et en 2020, la distribution ou la vente de vaisselle jetable en matières plastiques sera interdite, sauf si elle contient « au moins 40% de matériaux d’origine végétale », car biodégradables, prévient le Prince Albert II. « Les alternatives ont certes un coût économique immédiat, mais leur coût écologique à long terme est sans commune mesure à celui du pétrole », insiste-t-il.

La «déclaration de Monaco» pour une approche intégrée et coordonnée

Les participants au colloque ont adopté la « déclaration de Monaco », portée par Bernard Fautrier, vice-président de la Fondation Prince Albert II de Monaco. Cette déclaration vise à agir contre la pollution en Méditerranée et appelle les différents acteurs concernés à rejoindre les travaux de cette task force Beyond Plastic Med « créée pour rechercher et promouvoir des solutions concrètes pour lutter efficacement contre l’afflux des pollutions plastiques en Méditerranée ». Cette task force permettra de réaliser une liste des bonnes pratiques et à les diffuser à tous ses partenaires.

Concernant les solutions concrètes à mettre en oeuvre, le « point de départ » sera assuré par les conclusions de ce colloque. Elles seront complétées par le livre bleu de Tara Océans, réalisé à la suite de l’expédition Tara Méditerranée qui s’est déroulée entre mai et décembre 2014. Ce livre bleu prévu pour mai 2015 reprendra les solutions locales découvertes concernant l’assainissement des eaux, la gestion des déchets, l’innovation pour un plastique biodégradable, la promotion du tourisme durable, l’éducation ou encore la création d’Aires Marines Protégées. Ces solutions ont notamment été discutées lors des escales en Albanie, en Grèce, au Liban, en Israël, à Malte, en Tunisie, en Algérie, en Espagne, au Maroc et au Portugal, et lors des 5 ateliers d’échanges menés avec des acteurs locaux, experts et décideurs, pour avancer vers des solutions communes.

Par ailleurs, un fonds fiduciaire avait été annoncé par le Prince Albert II de Monaco et François Hollande en 2013. Ce fonds vise à aider au développement de nouvelles aires marines protégées en Méditerranée et à l’amélioration des aires existantes. A l’occasion de ce colloque, la création officielle de cette association a été annoncée. Portée conjointement par la France, Monaco et la Fondation Prince Albert II de Monaco, elle a été renforcée par le soutien de la Tunisie, du Maroc, de la Croatie, de Chypre et de la Bosnie. D’autres acteurs sont invités à rejoindre le mouvement.

Selon une étude parue dans le journal Plos one, à elle seule, la mer Méditerranée contiendrait 247 milliards de particules de plastiques flottants, soit 23 150 tonnes. C’est quasiment deux fois plus que le nombre de plastiques flottants estimés dans l’Atlantique Sud (12 780 tonnes), mais moins que dans l’Atlantique Nord (56 470 tonnes). En tant que mer fermée, les eaux ne se renouvellent intégralement qu’en 90 ans, ce qui contribue à l’accumulation des déchets selon François Galgani, chercheur à l’Ifremer et co-auteur de cette étude. C’est l’une des mers les plus polluées au monde par le plastique, que cela soit des plastiques flottants, des plastiques retrouvés sur les plages ou dans les fonds marins.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Les bioplastiques pour lutter contre la pollution ?

En 2003, 15 milliards de sacs plastiques à usage unique étaient distribués en caisse en France et 2 milliards de sacs « fruits et légumes». La généralisation du paiement des sacs a permis de faire chuter le nombre de sacs plastiques distribués grauitement en caisse à 500 millions en 2013, auxquels il faut ajouter 1 milliard de sacs payants et de cabas.  Mais le nombre de sacs «fruits et légumes» est passé à 5 miliards.

Au total, le nombre de sacs distribués a néanmoins chuté de 24,4 milliards à 10,2 milliards.

Le projet de loi relatif à la transition énergétique prévoit l’interdiction de la distribution de sacs en matières plastiques à usage unique en caisse au 1er janvier 2016 et l’ensemble des autres sacs (fruits et légumes…) au 1er janvier 2017. Seuls seront autorisés « les sacs compostables en compostage domestique et constitués, pour tout ou partie, de matières biosourcées ». Le texte actuel prévoit aussi l’interdiction des emballages plastiques non biodégradables pour l’envoi de la presse et de la publicité à partir du 1er janvier 2017. Ces dispositions donnent un élan considérable à la filière bioplastique française.

A la sortie du vote à l’Assemblée Nationale, le projet de texte de loi prévoyait l’interdiction de la vaisselle platique jetable en 2018. Cette disposition a été modifiée au Sénat qui a préféré élargir les consignes de tri à ces plastiques. Ainsi, au plus tard le 1er janvier 2018, « les producteurs ou détenteurs de déchets d’ustensiles jetables de cuisine pour la table en matières plastiques, à l’exclusion des ménages, mettent en place un tri à la source de ces déchets et, lorsque ces déchets ne sont pas traités sur place, une collecte séparée de ces déchets », prévoit le projet de loi.

Des sacs bioplastique pour la collecte séparée des bio-déchets

Le loi de transition énergétique prévoit aussi la généralisation du tri à la source des déchets organiques pour tous les producteurs de déchets d’ici à 2025. Cela permettra de ne plus jeter les biodéchets dans les ordures ménagères résiduelles, mais de les valoriser par compostage.

La collecte de biodéchets nécessite des sacs en bioplastique biodégradables et compostables. Ces sacs répondent à la norme de biodégradabilité européenne EN13432:2000 de biodégradabilité et portent le label « OK compost ». Cette norme atteste de leur biodégradabilité de 90 % en 6 mois au maximum. Dans les plateformes de compostage industriel, les sacs en bioplastique disparaissent en 90 jours. C’est un délai compatible avec la fermentation des déchets, ce qui évite d’avoir à vider les sacs. La matière fertilisante qui en résulte est vendue aux agriculteurs. Certaines communes (comme Lorient, Châlons-en-Champagne ou Clermont-Ferrand…) et sociétés de collecte ont déjà choisi le compostage industriel comme solution de traitement des déchets organiques.

Par ailleurs, si quelques sacs biodégradables étaient mis au recyclage plutôt qu’au compost, ils ne devraient pas perturber les chaînes de recyclage. « Il est faux de dire que les bioplastiques perturbent les chaînes de recyclage dès qu’ils sont présents : il y a eu de nombreux tests qui montrent que jusqu’à près 10 % dans les flux de recyclage, cela ne pose pas de problèmes », assure Jean-Marc Nony, directeur Environnement de SPhere, fabricant de sacs en bioplastiques.

1 hectare de céréales permet de produire jusqu’à 10 tonnes de bioplastiques. Dans ces conditions, le Club Bio-plastiques estime le marché potentiel à environ 70 000 tonnes de résines bioplastiques. Cela nécessiterait la culture de de 7 000 hectares de céréales, soit environ 0,07 % des surfaces de céréales cultivées en France. Le développement de la filière pourrait créer 2 000 emplois directs.

Quels liens entre bioplastiques et lutte contre la pollution marine?

« Nous sommes intimement convaincus que l’avenir de la plasturgie passe par des réponses concrètes à notre niveau au problème de la pollution plastique, que cela soit la pollution terrestre ou la pollution marine », insiste Jean-Marc Nony. Les sacs actuels en bioplastiques se dégraderaient en 2 ans en mer, mais  « on travaille sur des nouvelles matières qui seront aussi bioassimilables en milieu marin, parce que le milieu marin signifie des températures et des types de microorganismes un peu différents », prévient-il. Le groupe espère obtenir des résultats d’ici 2 ans.

Plastics Europe craint que le développement des sacs biodégradables n’aggrave les rejets dans la nature. Les citoyens pourraient considérer qu’en raison de leur biodégradabilité, ces sacs peutvent être jetés un peu n’importe où. Mais, « on est tous d’accord que si l’on fait des sacs qui sont bioassimilables en milieu marin, il faudra quand même écrire dessus « Ne pas les jeter dans la mer ou la nature » », assure Jean-Marc Nony. Quoi qu’il advienne, malgré tous les efforts de sensibilisation qui pourraient être déployés, il n’est pas trop risqué de dire que les rejets dans la nature ne seront pas stoppés. Généraliser les sacs biodégradables ne peut donc être qu’une bonne nouvelle pour lutter contre la pollution !

Que contiennent les sacs en bioplastiques ?

Les bioplastiques sont fabriqués à partir d’amidon de céréales (maïs ou blé) ou de fécule de pomme de terre. Une fois les matières agricoles végétales récoltées, les amidonniers et féculiers extraient l’amidon des grains de céréales, ou la fécule dans le cas de la pomme de terre. Ensuite, les fabricants transforment l’amidon et la fécule en résines bioplastiques (Base amidon, PHA, PLA…) qui seront ensuite transformées par les industriels de la plasturgie en objets.

Les sacs en bioplastiques ne sont néanmoins pas totalement constitués de produits végétaux. La part végétale varie entre 20 et 70 %, le reste est constitué de polymères d’origine fossile. Ainsi, les sacs de caisse (épaisseur de 15-16 µm) présentent une part bioplastique comprise entre 30 et 35 %, les sacs de fruits et légumes (10 µm) une part comprise entre 20 et 25 %. Plus un produit est rigide, plus la part en bioplastiques peut augmenter (l’élasticité est conférée par la part «fossile»). Ainsi, les sacs poubelles (16-22 µm) peuvent présenter une part végétale de 40-50 % et les produits rigides, comme la vaisselle, de 60 à 70 %.

De nombreux travaux de recherche, conduits actuellement, visent à augmenter la part de ressources renouvelables dans la composition de ces objets. L’objectif porté par la filière bioplastique est d’atteindre une part moyenne d’au moins 70 % de matières végétales d’ici 2018. La filière cherche notamment à remplacer une part des polymères d’origine fossile (copolyesters) par de l’huile de tournesol ou de chardon.

Des sacs qui nécessitent moins d’énergie ?

Les analyses de cycle de vie permettent de comparer l’énergie et les émissions de gaz à effet de serre d’un sac en bioplastique à un sac traditionnel. Les différentes ACV portant sur les sacs en plastique base fossile et les sacs bioplastiques sont assez mitigées. Les sacs bioplastiques consomment a priori moins d’eau et présentent un intérêt en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de consommation d’énergie non renouvelable, à condition que les masses des emballages correspondants soient suffisamment limitées, mais les process doivent être améliorés pour diminuer l’eutrophisation des eaux. « Ces différentes études ne sont pas toujours pertinentes pour les bioplastiques, car si les scénarios peuvent être très adaptés pour les plastiques traditionnels, ils ne le sont pas encore pour les nouveaux plastiques qui sont en développement et qui ne jouissent pas encore de toute l’optimisation en termes de process industriel et de structure », prévient Christophe Doukhi-de Boissoudy, Président du Club Bio-plastiques et directeur général de Novamont France.

« Les bioplastiques trouvent tout leur intérêt dans leur contribution au développement de la valorisation organique des biodéchets. Ces biodéchets ne sont encore que trop rarement valorisés et de plus limitent la production d’énergie lorsqu’ils sont incinérés de par leur forte concentration en eau. Un gros effort est encore à faire sur ce point et les bioplastiques ont un rôle indéniable à jouer dans le développement de ce secteur », assure Christophe Doukhi-de Boissoudy.

Si les sacs bioplastiques peuvent avoir certains avantages, ils coûtent pour le moment de 2 à 3 fois plus cher. Le consommateur sera-t-il prêt à payer cette différence de prix pour limiter la pollution ?

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Abeilles et frelons asiatiques: qu’attend le ministère?

Stéphane Le Foll a classé le frelon asiatique en danger sanitaire de 2e catégorie en 2013. Mais aucune réelle coordination de lutte au niveau national n’a été mise en place, fautes de moyens. Pourtant, Stéphane Le Foll avait annoncé la classification du frelon asiatique en catégorie 1 en octobre 2012.

Puis, il a réitéré son intention de le faire en Décembre 2014 devant les apiculteurs de la Sarthe. Malgré cette intention affichée, l’UNAF dénonce un « double discours », puisqu’aucune décision n’a été prise malgré l’urgence. 

Selon le Muséum National d’Histoire Naturelle, le frelon asiatique est aujourd’hui présent dans 63 départements du sud, du centre et de l’ouest de la France, couvrant les trois quarts du territoire. Il a également gagné l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Belgique. « Le pire, c’est que nos collègues de pays étrangers ont demandé à leurs états d’attaquer la France pour n’avoir pas pris de mesures pour limiter l’invasion du frelon », assure Henri Clément, porte-parole de l’UNAF.

Se doter de moyens pour assurer la lutte

Le classement du frelon asiatique en danger sanitaire de catégorie 2 n’impose pas d’obligation de destructions de nids. En revanche, le classement en catégorie 1 imposerait un plan de lutte obligatoire, à la charge de l’état. Le Gouvernement ne semble donc pas pressé de débloquer des fonds.

Pour diminuer les prix de la lutte contre ce ravageur, l’UNAF demande le retour du SO2 pour la destruction des nids. Aujourd’hui la destruction des nids ne peut se faire que par des biodicides (ou par destruction mécanique pour les nids facilement accessibles), selon la note de service DGAL/SDSPA/N2013-8082 de mai 2013 définissant les « mesures de surveillance, de prévention et de luttes permettant de limiter l’impact du frelon asiatique ». 

Pour lutter contre l’attaque des ruchers par les frelons asiatiques, cette note met également en oeuvre le « piégeage de protection du rucher ». Celui-ci consiste en « l’installation au rucher, pendant les périodes estivales et automnales, de dispositifs de piégeages de masse d’ouvrières de V. Velutina », explique l’ITSAP, l’Institut de l’abeille. « Son objectif est la capture d’ouvrières afin de réduire la claustration des colonies d’abeilles et de maintenir l’activité de butinage, tout en minimisant les atteintes aux insectes non cibles », précise-t-il. Ces moyens de lutte sont généralement à la charge des apiculteurs, parfois avec le soutien de collectivités locales.

Mais pour l’UNAF, ce piégeage est insuffisant. « Si on ne piège qu’au niveau du rucher, on n’empêche pas le pillage des frelons sur les ruches l’été venu et on n’empêche en rien la prolifération des frelons », regrette Gilles Lanio, Président de l’UNAF . Car lorsqu’un nid se développe, les ouvrières ont un terrain de « chasse » beaucoup plus vaste. « Si les fondatrices ont un terrain de chasse d’environ 300 m autour du lieu de nidification, les ouvrières prospectent jusqu’à 3 km pour chercher de la nourriture», prévient Gilles Lanio. 

Plutôt que de piéger les milliers de frelons ouvriers des nids, il serait plus efficace de piéger les reines fécondées au printemps, avant qu’elles ne pondent ! L’union apicole demande donc un piégeage de printemps, au-delà des ruchers, pour intercepter les reines. « Un nid de frelon en fin de saison peut lâcher 400 à 500 reines qui vont passer l’hiver au chaud. A la fin de l’hiver, ces reines vont devoir chercher un endroit pour faire un nid », détaille Gilles Lanio. Ces reines doivent donc être interceptées avant qu’elles n’aient le temps de fonder leur nid. 

Le piégeage proposé par l’UNAF est sélectif. « Nous préconisons un piégeage de printemps qui va de février à début mai pour intercepter les reines qui à ce moment là doivent assumer toutes seules leur alimentation », expose-t-il. Un piégeage de grande envergure à ce moment sur le territoire permettrait de faire reculer la pression des frelons. Mais, faute de moyens , les apiculteurs ne peuvent pas assurer seuls les frais de piégeage. 

Un tel piège sélectif coûte environ 4 euros.  Certes, il tuera quelques insectes utiles, mais un nid de frelon qui n’a pas été détruit peut consommer de 3 500 à 15 000 équivalent abeilles par jour au mois de septembre ! Au moment où la filière apicole connait des surmortalités d’abeilles chroniques et multifactorielles, l’implication de l’état et le classement de ce frelon en danger sanitaire de catégorie 1 est capital pour l’avenir de l’apiculture française. Car, entre 1994 et 2014, la production nationale de miel est passée de 32 000 tonnes à 10 000 tonnes…

Bientôt le tour de Aethina tumida ? Les apiculteurs craignent désormais également l’arrivée d’un petit coléoptère des ruches, Aethina tumida, dont la progression est rapide en Italie, depuis son apparition à l’automne 2014. En France, ce coléoptère est déjà classé en danger sanitaire de catégorie 1.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

Et aussi dans l’actualité :

Les LED remplaceront-elles les halogènes en 2016 ?

D’après une nouvelle analyse réalisée par CLASP, l’Agence énergétique danoise et Energy Piano et fournie à la Commission européenne, les ampoules LED sont beaucoup plus abordables et éco-énergétiques que prévu. « Les ampoules LED actuellement proposées sur le marché atteignent des niveaux de prix qui n’étaient initialement attendus qu’en 2020, 2022, 2024 et 2025 », fait savoir CLASP dans un communiqué. « Cette formidable accélération de 5 à 11 ans en termes d’accessibilité des ampoules LED issues des principaux fabricants européens indique que les consommateurs bénéficient de périodes de rentabilisation très attractives et inférieures à 1 an, dans le cas d’une utilisation sur une prise résidentielle à hauteur de 3 heures par jour», poursuit l’organisation de promotion des économies d’énergies. 

Pour montrer l’efficacité des LED, les auteurs de l’étude rappellent que de grandes sociétés majeures proposant des éclairages grand public et professionnels, telles qu’IKEA et Erco, parient sur cette technologie. Elles ont notamment annoncé leur intention de ne vendre plus que des LED d’ici 2016, abandonnant es ampoules fluocompactes. 

Un report qui coûterait cher en économies d’énergie

Grâce à ce rapport, les trois organisations espèrent montrer à la Commission européenne que les LED constituent déjà une technologie mâture. Elles estiment que le report de la réglementation de deux ans engendrerait une perte de 33 térawattheures (TWh) d’économies d’énergie sur 10 ans entre 2016 et 2026. « La décision prochaine que prendront les dirigeants politiques européens autour de la question de savoir s’il s’agit de reporter ou non la phase finale de la suppression progressive des ampoules électriques sera une décision critique, », note Michael Scholand de CLASP Europe. « En conservant l’échéance 2016, l’Europe pourra accélérer l’innovation en matière d’éclairage LED, nous permettant d’espérer des réductions plus rapides des prix, dont les consommateurs bénéficieront plus rapidement qu’en cas de report de cette suppression progressive », défend-il.

Les ampoules halogènes sont désormais les ampoules les plus vendues en Europe. Avec la disparition des ampoules à incandescence, les consommateurs se tournent davantage vers ces lampes qu’ils jugent plus efficaces que les ampoules fluocompactes (LFC) et bien moins chères que les LED. Mais les halogènes consomment plus d’électricité. Cette distanciation inattendue en faveur de l’halogène met à mal les économies électriques domestiques prévues par la Commission Européenne dans le cadre du retrait progressif des ampoules énergivores. Les halogènes représentant environ 70 % des ventes d’éclairage grand public, l’interdiction des halogènes en septembre 2016 ou 2018 devrait transformer totalement le marché de l’éclairage, au profit des LFC et LED. Le plus tôt sera le mieux. 

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

 

Les néonicotinoïdes bientôt interdits ?

L’amendement n°1077, présenté par les écologistes, va permettre de soutenir « prioritairement les projets de groupements d’intérêt écologique et économique ou les projets territoriaux visant la suppression des produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes » dans le cadre du plan Ecophyto 2. L’amendement n°754, présenté par les députés socialistes Gérard Bapt et Delphine Batho stipule que « l’usage des produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes est interdit à compter du 1er janvier 2016 » en France.

L’adoption s’est faite contre l’avis du Gouvernement, défavorable au motif notamment que « le cadre européen ne permet pas une interdiction stricte », selon la ministre de l’écologie, Ségolène Royal. Cela est confirmé par  Maître Bernard Fau, Avocat à la Cour de Paris et Avocat de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF), pourtant favorable à l’interdiction des néonicotinoïdes. Selon lui, « du point de vue juridique, c’est une position qui est difficilement tenable, parce que les décisions d’interdiction ne peuvent pas se prendre de cette manière, sur un amendement présenté au Parlement Français ».

Si cet amendement venait à être voté tel quel au Sénat, les apiculteurs craignent la mise en place de dérogations qui, encore une fois, videraient la loi d’une application efficace sur le terrain. Mais l’avenir de l’amendement n°754 est déjà sérieuresement menacé au Sénat. Le 4 février 2015, le Sénat rejetait une proposition de résolution demandant au Gouvernement d’ « agir auprès de l’Union européenne pour une interdiction de toutes les utilisations des pesticides néonicotinoïdes en Europe tant que les risques graves pour la santé humaine, animale et l’environnement ne seront pas écartés ». Cette proposition avait été rejetée par 248 sénateurs sur 312 suffrages exprimés.

Lors de l’examen de cette proposition au Sénat, le ministre Stéphane Le Foll a défendu son opposition à cette résolution. Il a notamment rappelé qu’une restriction d’utilisation existait déjà au niveau européen pour 3 substances néonicotinoïdes pour toutes les cultures attractives pour les abeilles. « Elles ne peuvent plus être utilisées en période de floraison. Pour les cultures restantes et pour les céréales à paille, les semis ne peuvent pas se faire à la période de forte activité des abeilles», a rappelé Stéphane Le Foll. L’interdiction de semer ces semences enrobées a lieu de Janvier à Juin.

Une interdiction partielle au niveau européen sur 3 néonicotinoïdes

Le règlement européen 485/2013 interdit partiellement l’utilisation de 3 néonicotinoïdes – imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame – en Europe depuis décembre 2013. Il restreint l’utilisation de ces néonicotinoïdes à l’enrobage de semences des céréales d’hiver uniquement et à la pulvérisation après la floraison des cultures attractives pour les abeilles. Cinq autres néonicotinoïdes restent néanmoins actuellement autorisés en France.

Ce réglement prévoit la réévaluation des données disponibles d’ici décembre 2015. L’EFSA doit lancer prochainement un « appel à données scientifiques ». « Les chercheurs indépendants, les ONG, les associations d’apiculteurs et les industriels vont pouvoir envoyer les données sur la toxicité des néonicotinoïdes sur les abeilles, les abeilles solitaires et les pollinisateurs », détailleMartin Dermine, Coordinateur abeille pour l’association PAN EUROPE (Pesticides Action Network – Europe). Le nouvel avis de l’EFSA devrait être publié début 2016. Sur la base de cet avis, la Commission européenne décidera ou non de revoir l’’interdiction des 3 néonicotinoïdes.

Suite à une multiplication des facteurs portant atteinte aux abeilles (apparition des insecticides néonicotinoïdes et du fipronil, de parasites, de prédateurs, développement de la monoculture, réchauffement climatique, etc.), les mortalités observées dans les ruchers sont passées de 5 % dans les années 1990 à plus de 30 % aujourd’hui. Les rendements de miel par ruche sont significativement réduits, faisant passer la production nationale de 32 000 tonnes en 1995 à 10 000 tonnes en 2014. Plusieurs études scientifiques indépendantes montrent pourtant que les néonicotinoïdes n’augmentent pas notablement les rendements.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La Chine va installer 45 MW PAR JOUR de solaire PV entre 2015 et 2019 (IHS)

La Chine prend de plus en plus l’allure d’un énorme dragon solaire.

Ce ne sont pas moins de 45 MW par jour en moyenne qui seront installés par ce dernier sur la période 2015-2019. Soit l’équivalent d’environ 4 mètres carrés de panneaux PV par seconde en non-stop, jour et nuit.

Il faut réunir les deux suivants sur le podium, le Japon (45 GW) et les USA (42 GW), pour parvenir à rivaliser avec le champion chinois dans sa course effrénée.

L’Inde va aussi connaître une croissance fulgurante. Mais néanmoins en deçà de l’objectif de 100 GW fixé par le gouvernement Modi à horizon 2022. La plupart des experts dont ceux d’IHS mais aussi ceux de Mercom Capital Group estiment que cet objectif n’est pas réaliste. L’Inde cherche à afficher sa puissance face à son grand voisin chinois, ce qui pousse les responsables politiques à afficher des chiffres très ambitieux. L’Inde, qui a mis en place 3 GW ces 5 dernières années, va installer 13 GW entre 2015 et 2019 selon IHS. Selon Mercom Capital Group 1,8 GW seront installés durant l’année 2015.

Le Royaume-Uni, pays solaire

Situation pour le moins paradoxale, c’est le Royaume-Uni (22 GW) qui va prendre le leadership de l’installation de capacités solaires en Europe. Ce qui ne peut que mettre la France, pays baigné de soleil comparativement à notre voisin d’Outre-Manche, dans une situation embarassante. Seuls 6 GW seront installés dans l’hexagone. 2 GW de moins que l’Italie et 2 GW de plus que les Pays-Bas, pays 13 fois plus petit que la France.

Même l’Allemagne, pays pourtant leader ces dernières années et qui compte aujourd’hui une puissance PV installée de 38 GW, sera devancée par la Grande-Bretagne. Le pays de Goethe installera néanmoins 14 GW supplémentaires, soit 2,3 fois plus que la France. Les autres pays européens installeront une puissance cumulée évaluée par IHS à une vingtaine de GW. Au total l’Europe parviendra à frôler les 60 GW, soit environ un tiers de moins que la Chine.

D’autres marchés seront en émergence comme le Canada, l’Afrique du sud et l’Australie qui pourrait chacun installer 7 à 8 GW durant la période considérée, le Chili (4 GW) et la Thaïlande (2 GW). Le reste du monde cumulera une trentaine de GW, principalement en Asie.

L’Egypte, qui vient de signer le 15 mars 2015 des pré-accords (MoU) pour l’installation d’un total de 6,5 GW de solaire PV, semble avoir été oubliée du rapport IHS.

La planète a franchit les 185 GW (estimation) fin 2014. Elle comptera 498 GW en 2019, soit une croissance d’un facteur 2,7. Avec le facteur de capacité mondial moyen retenu par l’institut Fraunhofer (14,8%), cette puissance installée permettra de délivrer environ 645 TWh par an. Soit 25% de plus que la demande électrique française annuelle.

Les prix des modules PV standards c-Si chuteront de 27% entre 2015 et 2019 atteignant $0.45$/W.

La révolution solaire est bel et bien en marche. Tirée par la formidable force motrice chinoise.

Par Olivier Daniélo

La très rapide chute du coût des batteries (Méta-étude, Nature Climate Change)

La méta-étude « Rapidly falling costs of battery packs for electric vehicles », dont les auteurs sont les Suèdois Björn Nykvist et Måns Nilsson, est basée sur des estimations de coûts provenant de 80 études peer-reviewed, des estimations d’agences, des rapports d’industries et de cabinets de consultants, des rapports intégrant les analyses de représentants de l’industrie et d’experts, et enfin de manufacturiers leaders du domaine.

Alors que le coût des batteries était de 1300$ par kWh en 2006 (régression logarithmique sur la base de l’ensemble des estimations) il est tombé à 410$ en 2014, ce qui correspond à une réduction des coûts de 14% par an. Pour les entreprises leaders (le Californien Tesla Motors et le Japonais Nissan), le coût est même descendu à 300$ en 2014.

Le taux d’apprentissage (Learning rate) obtenu, c’est à dire la réduction du coût suite à un doublement du volume de production, est de 6 à 9%, ce qui est « en accord avec les études antérieures sur les technologies de batteries pour voitures » indiquent les co-auteurs. La stratégie du multimilliardaire Elon Musk, construire une usine géante (« GigaFactoty ») dans le Nevada, consiste précisément à pousser les volumes de production pour faire baisser les coûts et ainsi s’imposer sur le marché. Le chinois Byd, acronyme de « Build Your Dreams », a annoncé vouloir produire un volume identique à celui de Tesla Motors. La compétition s’annonce musclée. L’Europe n’a toujours pas réagit à ces offensives américaines et chinoises dans ce secteur hyper-stratégique.

Ci-dessus : Evolution du coût des batteries de 2005 à 2014 et projections pour la décennie et demi à venir (d’après Nykvist et al 2015)

 

Une très bonne nouvelle pour mettre le soleil en bouteille

Les batteries de voitures électriques peuvent aussi être utilisées pour le stockage stationnaire, par exemple pour stocker l’énergie solaire. Arrivées en fin de leur première vie dans les véhicules au bout d’environ 8 ans, les batteries conservent environ 80% de leur capacité de stockage initiale. Elles peuvent alors être réutilisées pour les applications stationnaires. Le slogan de Nissan en la matière est « Reuse, Resell, Refabricate and Recycle ».

SolarCity, le numéro 1 du solaire résidentiel aux USA fondé par Elon Musk, vient précisément de lancer son nouveau produit « GridLogic » qui consiste à fournir un micro-réseau (MicroGrid) complet : panneaux solaires, batteries pour la gestion intra-journalière, micro-lignes électriques et micro-générateur thermique de secours pour les longues (et peu fréquentes) périodes sans soleil. Cela tombe bien, Tesla Motors produit précisément des batteries avec son allié Panasonic ! GridLogic est un produit que le PDG SolarCity, Peter Rive, a décrit dans le New-York Times comme “un modèle (template) qui peut être répliqué jusqu’à obtenir la nouvelle génération du réseau électrique. » Un nouveau modèle énergétique basé sur une production très décentralisée et ainsi à haute résilience en cas de catastrophe naturelle ou de conflit armé. Ce qui séduit fortement outre-Atlantique où les passages de tornades et d’ouragans provoquent chaque année des coupures de courant. Dans les régions du Japon qui ont été dévastées par le méga-tsunami en 2011, seules les maisons équipées de panneaux solaires étaient éclairées le soir.

La Deutsche Bank a publié début le 2 mars 2015 un rapport qui annonce un coût incrémental du stockage batterie de seulement 2 c€ par kWh solaire en 2020, contre 14 c€ aujourd’hui. Certains observateurs, comme par exemple Ken Munson, le fondateur de la start-up americano-australienne Sunverge spécialisée en systèmes énergétiques intelligents, estiment que la chute des coûts pourrait être encore plus rapide.

L’Australie, pays baigné de soleil et aux très longues (et donc coûteuses) lignes électriques, est l’un des marchés les plus prometteurs au monde pour le solaire + stockage. Sunpower, filiale solaire du groupe Français Total, est dès aujourd’hui présent sur ce marché. »

Même si le charbon était gratuit, les centrales à charbon ne peuvent plus concurrencer le solaire » en Australie soulignait dès juillet 2014 l’expert Gil Parkinson dans The Guardian, propos rapportés par l’entreprise française Comwatt. Ceci à cause du coût du transport de l’électricité. « Dans une démocratie d’énergie, même le charbon gratuit n’a pas de valeur. »

Par Olivier Daniélo

Les premiers satellites propulsés électriquement ont été lancés

Cap Canaveral, 3h50, heure locale. 2 mars 2015. Le seizième lanceur Falcon 9 décolle avec à son bord deux satellites, Eutelsat 115 West B et ABS-3A, les premiers d’une nouvelle famille. Car ces satellites mis au point par Boeing possèdent une particularité qui pourrait bien révolutionner une partie du secteur spatial : leur système de propulsion est 100 % électrique ! Sur le même principe que la propulsion chimique, des produits sont éjectés pour obtenir la poussée. Les satellites Eutelsat utilisent chacun quatre propulseurs ioniques à grille Xips 25 grâce auxquels ils pourront passer de l’orbite d’injection à leur orbite opérationnelle. Cette nouvelle génération « tout électrique » présente l’avantage d’abaisser les coûts. En effet,  la nouvelle plateforme de Boeing à propulsion entièrement électrique a permis de réduire de près de 2 tonnes la masse des satellites. Or, chaque kilo en moins, c’est potentiellement 20 000 € d’économiser. Mais c’est aussi la possibilité de lancer les satellites deux par deux, soit une diminution des coûts de lancement d’environ 20 %.

Le gain de poids peut donc être directement converti en gain financier, mais il peut aussi permettre d’augmenter la charge utile. Deux avantages qui ont poussé Boeing à se lancer dans l’aventure du 100 % électrique. Un choix loin d’être évident car malgré les économies réalisées, la propulsion électrique présente l’inconvénient d’une faible poussée, et donc des manœuvres de mise à poste bien plus longues qu’avec une propulsion chimique. Ainsi, les deux satellites Eutelsat et ABS mettront  entre 6 et 8 mois à se positionner sur leur orbite géostationnaire, une étape qui n’aurait duré qu’une semaine en utilisant du carburant. De plus, leurs propulseurs ne seront pas mis sous tension immédiatement, il faudra attendre quelques jours que les satellites aient totalement dégazés. Une étape là encore plus longue puisqu’elle survient en quelques heures pour les satellites classiques. Mais ces délais rallongés n’effraient ni ABS ni Eutelsat qui prévoient d’envoyer d’autres satellites à propulsion électrique dont l’un, construit par Airbus, aura une durée de mise à poste déjà divisée de moitié puisqu’il atteindra son orbite en seulement 4 mois.

Par Audrey Loubens

 

De l’azote détecté à la surface de Mars, autre indication d’une vie passée (Nasa)

Les nitrates sont une catégorie de molécules qui contiennent de l’azote sous une forme pouvant être utilisée par des organismes vivants, a expliqué l’Agence spatiale américaine.

Cette découverte apporte ainsi une preuve de plus que la planète rouge a réuni dans le passé des conditions propices à l’existence de la vie.

L’azote est indispensable pour toutes les formes de vie connue, puisqu’il constitue un élément clé des plus grandes molécules comme l’ADN, qui code les instructions génétiques de la vie.

Sur la Terre comme sur Mars, l’azote se trouve à l’état gazeux dans l’atmosphère sous forme de deux atomes attachés ensemble qui, ainsi, ne peuvent pas se combiner aisément avec d’autres molécules.

Or les atomes d’azote doivent être soit seuls, soit fixés à des molécules d’oxygène pour pouvoir créer des réactions chimiques indispensables à la vie.

Une molécule de nitrate, formée d’un atome d’azote et de trois atomes d’oxygène, est la source d’azote fixée qui peut ainsi se combiner à une variété d’autres atomes et de molécules.

Toutefois les scientifiques soulignent qu’il n’y aucune indication suggérant que ces molécules de nitrate découvertes par un instrument de Curiosity proviennent d’un organisme vivant.

La surface de Mars est aujourd’hui inhospitalière à toute forme de vie connue.

Selon ces chercheurs, ces nitrates sont anciens et ont résulté de processus non-biologiques comme par exemple l’impact d’astéroïde ou la foudre sur Mars dans un lointain passé.

L’équipe scientifique de Curiosity a déjà découvert des indices prouvant que la vie a pu exister sur Mars il y a plusieurs milliards d’années, telle la présence d’eau liquide abondante, comme en témoigne des lits d’anciennes rivières et la présence de matériaux organiques dans le cratère de Gale, où le robot s’est posé en août 2012.

Curiosity se trouve actuellement au pied du mont Sharp, une montagne de 5.500 mètres de hauteur formée de couches sédimentaires, dans l’une desquelles il a capté les molécules de nitrate.

Le robot avait aussi détecté en décembre, près de la surface de Mars, des émanations régulières de méthane sans avoir pu déterminer l’origine de ce gaz qui, sur Terre, provient à 95% de micro-organismes.

Curiosity ne dispose pas d’instrument permettant d’établir l’existence de la vie sur la planète rouge.

L’objectif de sa mission était d’établir si Mars, dans le passé, était habitable en réunissant les conditions nécessaires à l’existence de la vie microbienne.

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Le futur pont de Londres suscite l’enthousiasme des architectes

Le futur pont de Londres

Ce futur pont fera la jonction entre les quartiers de Nine Elms sur la rive Sud et ceux de Pimlico sur la rive Nord et s’ajoutera à la trentaine de ponts déjà présents à Londres. Il incorporera une piste cyclable en plus d’un passage piéton.

Parfois improbables, futuristes, ces 74 projets ne manquent pas d’audace quant à leur design. Comme le déclare Ravi Govindia, dirigeant du Conseil de Wandsworth, « cette compétition de design a su capter l’imagination des gens ».

Un seul projet sera retenu et annoncé l’été prochain − le 24 juillet normalement. Mais en attendant de connaître l’heureux élu de ce concours international, voici en images les quelques propositions architecturales surprenantes à nous avoir « tapé dans l’œil » :

Pour en voir plus, c’est par ici.

Ce n’est pas le seul nouveau pont que la capitale anglaise va accueillir. D’autres projets sont en gestation, comme celui d’un pont-jardin ou encore celui, toutefois moins probable, d’un pont habitable.

Le pont-jardin

Vous l’imaginez, ce pont où la végétation est luxuriante, cet entre-deux mondes où les feuilles d’un arbre viendraient vous caresser sous l’effet d’une brise et où vous entendriez le chant mélodieux des oiseaux ?

Et bien ce pont-jardin devrait voir le jour, pile entre le pont de Waterloo et celui de Blackfriars. Il reliera South Bank à Temple. Le comité d’urbanisme et la mairie de Londres ont tous deux donnés leur aval à la conception de l’architecte Thomas Heatherwick; le permis de construire a été délivré vendredi 19 décembre.

Selon les pronostics, le « garden bridge » devrait s’ouvrir au public en 2018, à condition que les financements soient trouvés. Pour l’instant seuls les deux tiers des 225 millions d’euros nécessaires à l’ouvrage ont été recueillis. Mais si ce dernier tiers est récolté, la construction pourrait commencer fin 2015.

Et les badauds du monde entier pourront, dès 2018, traverser gratuitement ce havre de paix d’une superficie comparable à celle d’un terrain de football et rempli de fleurs et de plantes grasses.

Le pont habitable

Il n’en reste plus beaucoup dans le monde. Certes au VIe siècle, ils n’étaient pas rares, mais la révolution industrielle et les maladies inhérentes aux problèmes de pollution auront progressivement eu raison des ponts habités au milieu du XIXe siècle.

Aujourd’hui, le Ponte Vecchio de la ville de Florence en Italie est probablement le plus célèbre de ces survivants. Mais peut-être plus pour longtemps. L’architecte anglais Laurie Chetwood souhaite en effet réhabiliter le London Bridge en une « place publique » où l’on retrouverait des échoppes et des habitations futuristes.

Le but de l’opération est de créer de la surface car, on le sait, l’espace est une problématique courante pour les villes qui en manquent de plus en plus.

Le cabinet de l’architecte a présenté dans ce sens une structure faite de granit et de métal sur laquelle seraient érigées deux tours. Toutefois, il semblerait que la Chine soit davantage intéressée par ce concept de pont que Londres.

Par Sébastien Tribot

  • Pour en savoir plus :

The Huffington Post, « Un futur pont sur la Tamise inspire les projets architecturaux les plus fous », 27 février 2015.

Les Echos, « Le pont de Londres viendra du futur », 6 mars 2015

Konbini, « En images : à Londres, le prochain pont de la Tamise vient du futur », mars 2015

Le Monde, « Londres veut construire un « pont-jardin » au-dessus de la Tamise », 22 décembre 2014

Le Parisien, « Futur : vivre sur les ponts », 27 février 2014

The Creators Project, « Le nouveau pont de Londres viendra du futur », 26 février 2015

The Huffington Post, « Londres: un pont-jardin sur la Tamise, peut-être en 2018 », 2 décembre 2014

CyberArchi, « Un pont-jardin sur la Tamise à Londres, à l’horizon 2018 ? », 4 décembre 2014

6 savants fous qui se sont sacrifiés pour la science

Prenez Isaac Newton. Considéré par beaucoup comme le plus grand scientifique de tous les temps, il n’est pas que le génial découvreur de la gravitation universelle. Entre autres choses, Newton a aussi révolutionné nos connaissances en optique. Il était si dévoué à sa cause que pour tester une de ses théories sur la perception des couleurs, il s’enfonça une aiguille à tricoter sous le globe oculaire, jusqu’à ce qu’elle touche l’arrière de l’orbite. Il nota ensuite de façon très factuelle qu’il voyait des cercles colorés lorsqu’il se triturait l’œil avec l’aiguille. Si vous pensiez que l’histoire de la science était faite de sagesse et de précautions, vous allez découvrir qu’elle n’a rien à envier à Jackass.

Stubbins Ffirth

En 1793, une terrible épidémie de fièvre jaune tua plus de 5 000 personnes à Philadelphie. Quelques années plus tard, un jeune médecin nommé Stubbins Ffirth émit l’hypothèse que la fièvre jaune n’était pas une maladie contagieuse, mais qu’elle était plutôt causée par le climat estival. Pour prouver sa théorie, il entreprit une série d’expériences sur lui-même tellement ignobles qu’elles le rendirent célèbre : Ffirth commença par se faire des incisions sur les bras pour y verser du vomi de patient infecté, puis il s’en versa également dans les yeux.

Il fit ensuite chauffer du vomi pour en inhaler les vapeurs, et comme il n’était toujours pas malade, il finit par en boire. À l’issue de ces expériences, il était toujours en pleine santé, ce qui lui sembla être une preuve éclatante de son hypothèse. Il fallut attendre 60 ans après la mort de Stubbins Ffirth pour découvrir qu’en réalité, la fièvre jaune était transmise par les moustiques.

Johann Wilhelm Ritter

Quand Alessandro Volta inventa la première pile électrique en 1800, il révolutionna le monde de l’énergie. Ce qu’il n’imaginait sans doute pas, c’est l’utilisation qu’allait en faire Johann Wilhelm Ritter, un physicien allemand à qui l’on doit la découverte des ultra-violets, et qui fut pris d’une passion bizarre pour l’invention de son collègue italien. Ritter décida d’étudier les effets de l’électricité sur l’organisme en connectant la pile à différentes parties de son corps. Quand il électrifia sa langue, il ressentit une saveur acide, et quand il posa les fils sur ses yeux, il perçut d’étranges couleurs flotter devant lui.

Par amour de la science, Ritter appliqua aussi le courant électrique sur ses parties génitales. L’expérience fut si « concluante », que le physicien déclara autour de lui qu’il allait épouser sa pile. La curiosité de Ritter pour l’auto-stimulation électrique aurait pu s’arrêter là, mais il s’exposa à des courants de plus en plus élevés, sur des durées toujours plus longues, allant jusqu’à prendre de l’opium pour supporter la douleur.

Sa santé finit fatalement par en pâtir : ses yeux s’infectèrent, il eut des spasmes et des migraines, sa langue perdit temporairement sa sensibilité, et le courant paralysa un de ses bras pendant toute une semaine… Cela ne l’empêcha pas de continuer ses recherches, à la stupéfaction de ses collègues. Ritter mourut finalement de la tuberculose à 33 ans, mais ses expériences sur lui-même ont sans doute précipité son destin.

Nicolae Minovici

Au début du XXe siècle, alors qu’il enseignait la médecine légale à l’Université de Bucarest, le professeur Nicolae Minovici se posa une question bien légitime : qu’est ce que ça fait de mourir pendu? Pour y répondre, il commença par s’auto-asphixier. Il s’allongea sur un lit de camp, passa la tête dans un nœud coulant relié à une poulie, puis il tira sur l’autre extrémité de la corde. Très vite, son visage vira au rouge, sa vision se brouilla, et comme il sentait qu’il allait s’évanouir, il relâcha la corde au bout de quelques secondes. Mais ce n’était qu’un début.

Pour la deuxième phase de ses recherches, Minovici plaça son cou dans un nœud desserré, puis il demanda à des assistants de tirer sur la corde jusqu’à ce qu’il soit suspendu au-dessus du sol. La première fois, le professeur ne put tenir que quelques instants avant d’arrêter l’expérience, mais avec de la pratique il finit par résister 25 secondes à l’étranglement. L’ultime étape consistait à être pendu pour de bon.

Cette fois-ci, Minovici serra le nœud coulant autour de sa gorge, mais quand ses assistants tirèrent, la douleur fut si intense qu’il leur fit signe de relâcher presque aussitôt, avant même que ses pieds ne quittent le sol. Au bout du compte, ces expériences se soldèrent par des ecchymoses, des difficultés pour avaler, ainsi que par l’étude la plus complète jamais menée sur les effets de la pendaison.

John Paul Stapp

Après la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine avait besoin de mieux comprendre les effets de l’accélération et de la décélération sur le corps humain, notamment pour protéger les pilotes d’avion plus efficacement en cas de crash. À l’époque, les experts estimaient que la force maximale qu’une personne pouvait supporter était de 18 G, soit une pression 18 fois plus importante que la gravité terrestre. C’était avant que le colonel John Paul Stapp n’intervienne. Stapp était un docteur en biophysique déterminé à améliorer la sécurité aéronautique, même si cela impliquait de concevoir des machines mortelles, puis de les essayer lui-même.

Son invention la plus célèbre est une sorte de traîneau propulsé par des fusées, surnommé le Gee Whiz. Cet appareil était capable d’atteindre les 1 200 km/h, quasiment la vitesse du son, puis de stopper instantanément au bout d’une voie ferrée d’environ 600 m. En véritable crash dummy humain, Stapp essaya le traîneau 29 fois en 7 ans. La violence des tests lui valut plusieurs fractures et pertes de conscience, mais cela n’empêcha pas le colonel de battre son record de vitesse lors d’une ultime tentative, le 10 décembre 1954. Stapp fut propulsé à une vitesse de 1 017 km/h, ce qui est plus rapide qu’une balle de calibre 45.

C’est la plus grande vitesse jamais atteinte sur rails, et ça reste la plus grande vitesse atteinte au sol dans un véhicule sans cockpit. Mais le plus spectaculaire fut le moment où l’engin passa de 1 000 km/h à 0 en 1 seconde et demie. Lors de cette décélération, Stapp subit 46,2 G, ce qui reste un record absolu, et qui équivaut à percuter un mur à 200 km/h avec une voiture. Le choc fut si violent que Stapp resta aveugle jusqu’au lendemain, les yeux remplis de sang. Il garda des problèmes de vue toute sa vie, mais malgré tous les dangers auxquels il s’exposa, il mourut dans son sommeil à l’âge de 89 ans.

Henry Head

Le Dr Henry Head était un neurologue anglais, pionnier dans l’étude du système nerveux. Au début du XXe siècle, il se lança dans des recherches sur la physiologie de la douleur, et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il utilisa son propre corps comme un laboratoire. Le 25 avril 1903, il persuada un chirurgien de lui ouvrir le bras, puis de lui sectionner deux nerfs avant de recoudre le tout. Le but de la manœuvre était d’étudier la façon dont les sensations reviennent après une telle blessure. Pour l’aider dans sa démarche, son collègue William Rivers le soumit à une batterie de tests, tous plus douloureux les uns que les autres.

Pendant 4 ans, Rivers tortura le bras de Head pendant que ce dernier lui disait s’il sentait quelque chose, ou non. Le sacrifice du neurologue permit aux deux hommes de faire une découverte fondamentale : comme les sensations de chaleur et de douleur revenaient plus rapidement que certaines sensations plus subtiles, ils en déduisirent qu’il y avait deux voies de sensibilité distinctes. Une voie de sensations vagues, qu’ils baptisèrent protopathique, et une voie de sensations plus précises, qu’ils nommèrent épicritique. Pour savoir si tout le corps était capable de percevoir les deux types de stimuli, Rivers examina son collègue des pieds à la tête, et il finit par trouver chez lui une zone purement protopathique : son pénis.

Dans une pure abnégation scientifique, Henry Head accepta de se faire piquer sa virilité avec des aiguilles et de la tremper dans de l’eau brûlante pour déterminer la sensibilité de l’organe. Grâce à ces expériences, nous savons aujourd’hui pourquoi on ne peut pas lire en braille avec son pénis. Merci, M. Head !

Evan O’Neil Kane

Le 15 février 1921, alors qu’il est allongé sur une table d’opération pour se faire enlever l’appendice, le chirurgien américain Evan O’Neil Kane annonce qu’il va s’opérer lui-même. Comme il est chirurgien chef de l’hôpital, l’équipe médicale ne peut que lui obéir et le regarder mener sa petite expérience. Kane s’injecte de la cocaïne et de l’adrénaline pour s’anesthésier, puis il s’ouvre le ventre, et sectionne son appendice gonflé. Un bref moment de panique s’empare de l’assistance quand les tripes du chirurgien s’échappent, mais celui-ci les replace calmement à l’intérieur, puis termine l’opération.

14 jours plus tard, il était sur pieds, et prêt à reprendre le travail. L’affaire fit les gros titres de la presse internationale, mais Kane n’en avait pas terminé avec les plaisirs de l’auto-chirurgie. En 1932, à l’âge de 71 ans, il a besoin de se faire opérer d’une hernie inguinale. Cette opération est plus délicate qu’une simple appendicectomie, parce qu’il y a un risque de couper l’artère fémorale. Mais en bon aventurier du scalpel, Kane décide d’opérer lui-même à nouveau. Pendant l’intervention qui dura 1h45, il plaisanta avec les infirmières, et il demanda un deuxième shot d’anesthésique quand la douleur commença à se faire sentir.

Il sembla se remettre rapidement de l’opération, mais en réalité, il ne retrouva jamais toutes ses forces et il mourut trois mois plus tard d’une pneumonie. Evan O’Neil Kane reste la seule personne de l’histoire à s’être opérée d’une appendicite et d’une hernie lui-même.

Source : Axolot

Les robots, vers des applications à gogo ?

Au Japon, le robot Pepper fait l’accueil dans les magasins SoftBank Mobile et aide les vendeurs à vendre les machines à café de Nestlé. Il est également vendu à des développeurs depuis février, afin qu’ils créent le maximum d’applications avant sa commercialisation grand public. Le robot sera proposé dès le mois de Juin au Japon autour de 198 000 yens (environ 1467 euros). Pepper va ainsi permettre de démocratiser les robots beaucoup plus que Nao ne l’a déjà fait. Il faudra néanmoins attendre encore quelques mois avant de voir le robot débarquer sur le marché français.

Pepper est programmé pour reconnaître les émotions de ses interlocuteurs et adapter son comportement en fonction. « Ce robot est capable de capter à peu près correctement dans quel état émotionnel est son interlocuteur, en faisant de la reconnaissance faciale, mais aussi en faisant du traitement du signal sur la voix », précise Jean-Claude Heudin, Directeur de l’Institut de l’Internet du Multimédia, expert des robots et des avatars. Il adapte ainsi son registre pour communiquer au mieux avec vous ou vous remonter le moral.

Des catalogues d’applications, comme sur smartphones

Sur le site d’Aldebarran, il est indiqué que « Capable de s’adapter et de s’améliorer, il sera bientôt capable d’aller chercher de nouvelles applications pour vous surprendre et vous divertir!». Cela préfigure le marché de la robotique de demain.

« Si les robots se développent, il y aura des Appstore pour robots » prévient Jean-Claude Heudin . Pepper est déjà une machine universelle : le robot ne coûte pas cher, mais il faudra télécharger des applications pour ajouter de nouvelles fonctionnalités. « A terme, le marché visé est de l’ordre du smartphone. Vous pourrez acheter votre propre robot humanoïde à un prix défiant toute concurrence, un peu comme les smartphones, qui sont sponsorisés par certains opérateurs. Le modèle économique sera plutôt dans le développement d’applications et de téléchargement pour des applications particulières : baby-sitter, gardien de malade, assistance d’accueil, etc. », prévient Jean-Claude Heudin. Cela bien évidemment, à condition que les robots soient acceptés dans l’ensemble des foyers, comme cela a été le cas avec les smartphones.

Google, futur leader des applications pour robots?

Google a toujours un coup d’avance. Leader avec son système d’exploitation Android et son moteur de recherche incontournable, Google a racheté les principaux laboratoires de robotique aux Etats-Unis et  investit largement dans le domaine. 

« C’est un investissement dans la prochaine révolution pour se positionner sur des marchés futurs importants », assure Jean-Claude Heudin. Après la révolution des objets connectés,« Google a très envie de rester leader dans les systèmes d’exploitation et, les robots, c’est un peu l’ultime machine connectée», prévient-il. « Son ambition est de faire en sorte qu’Android devienne l’iOS des objets connectés et des robots, lorsqu’il y en aura partout », juge-t-il.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique

La lumière fait blanchir la couleur rouge des tableaux de Van Gogh

Les amateurs de Van Gogh doivent se dépêcher d’aller admirer ses tableaux, car ceux-ci se dégradent petit à petit. Plus particulièrement, la couleur rouge est victime d’une sorte de blanchiment. De quoi affadir les œuvres du maître. Des scientifiques belges s’en sont inquiétés et ont décidé de découvrir quel mal se cachait derrière cette dégradation. Ils n’ont pas hésité à prélever un minuscule échantillon du tableau « Meules de foin sous un ciel pluvieux », caractéristique du phénomène avec des feuilles mortes censées arborer une teinte rouge éclatante mais désormais à l’apparence blanchâtre.

En y regardant de plus près, les chercheurs de l’Université d’Anvers ont découvert que le grain de peinture était composé de différentes couches : une coque grise recouvre intégralement le cœur du pigment au rouge intact. Les scientifiques ont analysé ces dixièmes de millimètres de matière à l’aide du rayonnement synchrotron. Les mesures publiées dans Angewandte Chemie indiquent que le pigment utilisé par Van Gogh est du minium (Pb3O4), un oxyde de plomb couramment utilisé. Celui-ci se dégrade sous l’effet de la lumière, prenant une teinte noirâtre, blanchâtre ou verdâtre. Mais quel mécanisme se cache derrière l’évolution vers une teinte plus blanche ? Sous l’effet de la lumière, le minium capte le dioxyde de carbone présent dans son environnement, dans l’air ou issu de la décomposition d’acides gras au sein même de la peinture. Ce faisant, le minium se transforme en plombonacrite, un carbonate de plomb. Ce dernier continue à réagir avec le CO2 pour devenir du céruse, un pigment… blanc ! Le grain de pigment rouge se retrouve ainsi isolé à l’intérieur d’une gangue de couleur blanche.

Ci-dessus : Vincent Van Gogh – La vigne rouge

 

Si les chercheurs on levé le voile sur la façon dont les rouges blanchissent sous l’effet de la lumière, ils n’ont toutefois pas indiqué comment préserver la couleur. De plus, il apparaît délicat d’exposer une toile dans la pénombre. La dégradation des peintures utilisant du minium comme pigment rouge semble inéluctable.

Par Audrey Loubens

De la glace carbonique comme source d’énergie

En déposant de la glace carbonique sur une surface suffisamment chaude, c’est-à-dire dont la température est supérieure à son point d’ébullition, de la vapeur se forme. Celle-ci peut alors être utilisée pour entraîner une turbine. C’est le principe mis en œuvre par une équipe de l’Université de Northumbria en Grande-Bretagne. Les chercheurs exploitent l’effet Leidenfrost qui explique comment une fine couche de vapeur se forme autour d’une goutte de liquide déposée sur une surface plus chaude que la température d’ébullition du liquide concerné.

La goutte ne s’évapore plus, ainsi protégée par la couche de vapeur, mais lévite au-dessus de la surface. Les chercheurs ont appliqué ce principe à la glace carbonique, avec succès. La vapeur dégagée a pu faire fonctionner une turbine en aluminium préchauffée à une température comprise entre 300 et 500 °C, elle-même couplée à une bobine électromagnétique. Ce système permet donc de générer de l’électricité avec comme matière première de la glace carbonique.

Le concept est particulièrement adapté à la conquête de la planète Mars, dont les sols contiennent une grande quantité de glace carbonique. En installant un système similaire, des colons pourraient produire de l’électricité de façon autonome et infinie. Toutefois, cette application se veut à long terme et d’autres utilisations plus « terre à terre » pourraient intéresser les industriels comme le forage en haute profondeur et la micro-mécanique.

Par Audrey Loubens