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Prospective: Panorama mondial de l’énergie d’ici 2060

Posté le 25 octobre 2016
par Matthieu Combe
dans Énergie

Le Conseil mondial de l'énergie estime que la demande en énergie primaire par habitant atteindra son pic vers 2030, grâce à des mesures d'efficacité énergétiques créées par les nouvelles technologies et des politiques énergétiques plus strictes. Ce fait va totalement remodeler le paysage énergétique mondial, la demande énergétique ayant plus que doublé depuis 1970.

« Les gains d’efficacité seront obtenus par le déploiement de ressources énergétiques plus efficaces, combiné à l’effet des technologies numériques qui contribueront à mettre en place les réseaux intelligents, les bâtiments intelligents, les maisons et bureaux intelligents et les villes intelligentes », préviennent les auteurs du rapport La grande transition.

Dans sa prospective, le Conseil mondial de l’énergie s’est basé sur 3 scénarios énergétiques possibles : Symphonie inachevée, Modern jazz et Hard rock. En 2060, le scénario le plus ambieux, Symphonie inachevée, imagine un monde où les gouvernements de tous les pays travaillent main dans la main sur les questions environnementales et économiques. Pour sa part, le scénario Hard Rock, le moins ambitieux, prévoit un monde fragmenté. Chaque pays fait passer ses intérêts nationaux avant la lutte contre les changements climatiques. Enfin, le scénario intermédiaire Modern Jazz repose sur des mécanismes de marché très complexes et concurrentiels apportant de l’efficacité, de l’inovation et le déploiement rapide des nouvelles technologies. 

Les trajectoires seront différentes selon les choix politiques et économiques qui seront faits dans les prochaines années. Mais de grandes tendances se dessinent. La demande en énergie primaire par habitant atteindra son pic vers 2030. Au global, la consommation d’énergie finale augmenterait entre 22% et 46% en 2060. Mais la demande en énergie primaire n’augmenterait qu’entre 10% et 34%, grâce au développement de l’énergie solaire et éolienne pour la production d’électricité. « Les taux de conversion pour ces sources d’énergie renouvelables sont beaucoup plus élevés que ceux des centrales à combustibles fossiles, ce qui signifie que moins d’énergie sera nécessaire à partir de la source primaire », précisent les auteurs.

Quelle évolution du mix énergétique mondial?

L’augmentation de la demande en énergie primaire concernera avant tout la demande en électricité qui doublera d’ici 2060, prévoit le rapport. L’électricité représentera entre 25% et 29% de la consommation d’énergie finale à cet horizon. Pour y parvenir, les investissements nécessaires en matière d’infrastructures et d’intégration des systèmes de production dans les trois scénarios s’échelonneront de 35 000 à 43 000 milliards de dollars.

La question sous-jacente est de savoir quel mix énergétique sera utilisé pour répondre à cette demande. Selon le Conseil mondial de l’énergie, le solaire et l’éolien poursuivront leur développement à un rythme sans précédent. Si ces deux énergies ne comptaient que pour 4% de la production électrique mondiale en 2014, ils atteindront entre 20% et 39% de cette production en 2060. Par ailleurs, si la part des combustibles fossiles n’a baissé que de 5% au cours des 45 dernières années, passant de 86% en 1970 à 81% en 2014, la dynamique des nouvelles technologies et des énergies renouvelables va bouleverser la situation.

La part des combustibles fossiles dans la demande en énergie primaire tomberait à 70% en 2060 dans le scénario Hard Rock, 63% dans Modern Jazz, et 50% dans Symphonie inachevée. L’évolution dépendra principalement de l’utilisation que feront la Chine et l’Inde du charbon en 2060. Suivant les scénarios, le pic de demande de charbon sera atteint en 2020 ou 2040. Pour le pétrole, le pic se situerait en 2030 ou entre 2040 et 2050. Seul le gaz naturel continuera à se développer pour remplacer le charbon.

Le pétrole restera néanmoins majoritaire dans le secteur des transports. Sa part passera de 92% en 2014 à 60% dans le scénario Symphonie inachevée, 67% pour Modern Jazz et 78% pour Hard Rock. Les progrès dans les biocarburants de deuxième et troisième générations permettront de jouer un rôle important. Ils représentent de 10% à 21% des carburants en 2060. Les scénarios Symphonie inachevée et Modern Jazz voient une pénétration rapide des véhicules électriques et des voitures hybrides rechargeables. Ces derniers représenteraient entre 26% et 32% des véhicules utilitaires légers en 2060. Les véhicules hybrides à essence ou gazoil représenteraient entre 24% et 31% de cette flotte.

Ces scénarios sont-ils climato-compatibles?

Suivant les scénarios, le pic d’émission de carbone est atteint entre 2020 et 2040. Dans le scénario Symphonie inachevé, le monde se rapproche des objectifs climatiques, avec une baisse des émissions de 61% en 2060 par rapport à 2014. Dans le scénario Modern Jazz, la réduction n’est que de 28%, alors que les émissions augmentent de 5% dans le scénario Hard Rock. Mais ces trois scénarios sont insuffisants pour limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2020.

Le budget carbone pour atteindre les objectifs est dépassé de 1.000 gigatonnes de CO2 vers 2040 dans les scénarios Modern Jazz et Hard Rock. Pour la Symphonie inachevée, il est dépassé avant 2060. De quoi faire réfléchir le monde politique et les industriels de l’énergie pour avancer des scénarios énergétiques encore plus ambitieux, climato-compatibles.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique


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