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Radiofréquences : pas d’effets avérés, mais une exposition en hausse !

Posté le 11 novembre 2013
par Matthieu Combe
dans Chimie et Biotech

L’Anses vient de publier la mise à jour de son évaluation concernant les risques liés à l’exposition aux radiofréquences. Selon cet avis, aucun effet sanitaire n’est avéré sur l’Homme ou l’animal et il n’y a donc pas lieu de proposer de nouvelles valeurs limites d’exposition de la population. Mais ?

Selon l’avis de l’Anses relatif à la mise à jour de l’expertise « Radiofréquences et santé », la revue des nouvelles publications scientifiques publiées entre avril 2009 et décembre 2012 ne démontre aucun effet avéré chez l’Homme ou l’animal. Toutefois, elle relève, avec des niveaux de preuve limités, différents effets biologiques chez l’Homme ou chez l’animal. Certaines publications évoquent une possible augmentation du risque de tumeur cérébrale pour les utilisateurs utilisant leur téléphone portable plus de 30 minutes par jour en conversation, sans kit main libre, pendant 25 ans. 

Malgré ces conclusions, l’Anses reconnait que l’évaluation des risques comprend de nombreuses lacunes. Certains effets sont toujours recherchés. « Ce sont des effets pour lesquels on n’est pas capable d’identifier un lien entre ces effets biologiques et des effets sanitaires, c’est-à-dire des pathologies associées », affirme Dominique Gombert Directeur de l’évaluation des risques de l’Anses. Ils concernent le sommeil, la fertilité mâle, les performances cognitives et des mécanismes cellulaires. En l’absence d’études menées chez l’Homme, l’Agence ne peut pas non plus conclure sur l’influence des radiofréquences concernant les rythmes circadiens, la maladie d’Alzheimer, la reproduction et le développement, les paramètres hématologiques et la vasomotricité des vaisseaux sanguins.

Améliorer la documentation des expositions environnementales

Les téléphones mobiles constituent la principale source d’exposition pour les utilisateurs. Les multi-expositions environnementales sont toutefois trop faiblement documentées. « Face à la multiplication des sources d’émissions souvent individuellement faibles, nous préconisons que soient réalisées un certain nombre de campagnes de mesures en intérieur et en extérieur de l’exposition cumulée de ces différentes sources pour mieux documenter la réalité des expositions », explique Marc Mortureux, directeur de l’Anses. L’agence recommande également de développer des études épidémiologiques, pour avoir une caractérisation beaucoup plus précise de l’exposition de la population.

De plus, l’impact potentiel des protocoles de communication mis en œuvre (2G, 3G, 4G) est insuffisamment documenté. « Avec le passage à la 4G, est-ce qu’on ne va pas se retrouver avec une augmentation des expositions pendant ce passage, en attendant que les autres technologies disparaissent ? » s’interroge Martine Hours, la présidente du Comité d’expert spécialisé en charge du rapport.

Une modification des comportements

L’influence des technologies sur les comportements pourrait finalement nous faire courir le plus grand risque. Causé par l’addiction au téléphone portable et à Internet, le bouleversement du sommeil pourrait faire courir plusieurs risques sanitaires. Pour cette raison, le rapport recommande que « l’impact des usages des nouvelles technologies sans fil sur le stress, la fatigue, le syndrome du burn-out, l’addiction, etc. soit étudié plus avant ». L’Anses veut aussi développer les recherches sur les nouveaux usages des Smartphones et des tablettes pour comprendre les expositions qui ne se font pas forcément au niveau de la tête.

« C’est par la maîtrise de l’exposition que l’on peut contrôler un risque s’il est avéré que ce risque existe réellement ; on n’a pas à attendre que ce risque soit réellement démontré pour faire une prévention et contrôler l’exposition », note Martine Hours. Pour cette raison, l’agence recommande notamment que  tous les dispositifs courants émetteurs de champs électromagnétiques destinés à être utilisés près du corps (téléphones DECT, tablettes tactiles, veille-bébé, etc.) fassent l’objet de l’affichage du niveau d’exposition maximal engendré (DAS par exemple), comme cela est déjà le cas pour les téléphones portables. En attendant, elle conseille toujours d’utiliser un kit main-libre, de privilégier les DAS les plus faibles et de limiter l’usage des téléphones portables par les enfants.

Dès la fin de l’année, l’Anses va par ailleurs approfondir le travail concernant les électro-sensibles, ces personnes intolérantes aux ondes. Elle rendra également un rapport sur l’exposition des enfants début 2014.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique


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