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Suspens met les composites biosourcés et recyclables à l’épreuve du réel

Posté le 23 janvier 2026
par La rédaction
dans Matériaux

Suspens, projet européen sur les composites coordonné par l’Institut de Recherche Technologique Jules Verne, ne vend pas une promesse vague de matériaux « verts ». Il arrive en effet avec un enjeu simple mais difficile à tenir, celui de remplacer une grande part de la chimie d’origine fossile par des résines très majoritairement biosourcées, tout en gardant des performances compatibles avec l’industrie. Il n’omet pas, en outre de prévoir la fin de vie des produits dès leur conception. Suspens figure dans la sélection Research and Innovation Projects 2026, une vitrine où les initiatives de R&D viennent se confronter aux attentes industrielles à l’occasion du JEC World 2026 à Paris Nord Villepinte.

Le point de départ de Suspens est limpide. Il consiste à développer des résines époxy et polyester issues à plus de 95 % de sources biologiques, avec des formulations capables d’atteindre des performances élevées en cycle court.

Une promesse technique à haut risque

Ce choix met le projet face à une équation connue des industriels. Les matériaux plus durables échouent en effet souvent au moment où il faut tenir la cadence, répéter la qualité, maîtriser les coûts, et garantir des propriétés constantes. Suspens assume cette difficulté en annonçant une montée en gamme des matériaux biosourcés vers un niveau compatible avec des standards industriels, et pas seulement avec des prototypes de laboratoire.

Le projet ne s’arrête pas aux résines. Suspens prévoit de les associer à des renforts durables, notamment de la cellulose, des fibres de carbone à base de lignine, ainsi que des fibres de carbone et de verre recyclées, afin de fabriquer des pièces sandwich et des structures creuses destinées aux marchés du transport terrestre et de l’aérospatial.

Cette combinaison dit beaucoup de l’ambition du consortium. Il ne s’agit pas de remplacer un matériau, mais de construire un système matière complet – matrice et renforts – qui reste performant, industrialisable et cohérent sur le plan environnemental.

Des démonstrateurs qui obligent à sortir du discours

C’est ici que Suspens devient intéressant à suivre. Le projet annonce en effet trois démonstrateurs représentatifs et exigeants : un carter de batterie pour voiture, un pont et une coque de bateau de plaisance et un winglet d’avion.

Ce triptyque couvre des contraintes très différentes. Dans l’automobile, l’enjeu est souvent le compromis entre cadence, coût, masse et tenue au feu selon les exigences. Dans le nautisme de loisir, la résistance à la fatigue et l’environnement marin comptent autant que la réparabilité. Enfin, dans l’aéronautique, chaque gain de masse se paie par des exigences de qualité et de traçabilité plus fortes. Même si Suspens ne détaille pas encore publiquement les performances visées pour chaque pièce, le simple choix de ces démonstrateurs indique une volonté de se mesurer à des usages réels, pas à des éprouvettes.

Cette logique de preuve est aussi celle de sa présence au Research and Innovation Projects 2026. Présent parmi les projets mis en avant, Suspens est au cœur d’un espace pensé pour exposer des avancées et connecter les innovateurs à l’écosystème composites.

Le recyclage comme contrainte de conception

Suspens met par ailleurs explicitement la fin de vie dans la boucle. Le projet annonce des solutions de recyclage pour les structures sandwich et creuses, avec une pyrolyse de matrice réutilisant un flux de chaleur issu de la transformation de la fibre de carbone afin d’optimiser la consommation d’énergie. Il prévoit aussi un procédé de solvolyse pour récupérer les résines biosourcées.

Dans l’approche décrite, l’objectif n’est pas seulement de récupérer des fibres. Il s’agit de démontrer une démarche d’économie circulaire dite « du berceau au berceau », suivie par une analyse de cycle de vie censée mesurer les gains environnementaux sur l’ensemble de la chaîne.

Le projet annonce d’ailleurs une cible de réduction de l’empreinte carbone d’au moins 20 % sur le cycle complet, ce qui donne un ordre de grandeur à l’ambition, même si le détail des hypothèses et des périmètres relève de livrables techniques qui ne sont pas tous publics à ce stade.

La fiche officielle du projet, disponible sur Cordis, pour sa part, résume cette promesse en reliant matière, procédés et recyclage, et confirme que Suspens vise la fabrication puis la récupération des trois démonstrateurs annoncés.

Ce que la vitrine 2026 peut changer

Pour Suspens, l’intérêt de l’exposition 2026 n’est pas de « faire joli » dans un salon. Il est de se placer au point de rencontre entre la R&D et les décisions industrielles. Le projet est affiché par JEC World dans un programme conçu pour rendre visibles des technologies et créer des connexions, au moment même où les filières composites cherchent des alternatives crédibles aux formulations d’origine fossile.

Si les démonstrateurs tiennent leurs promesses, Suspens pourrait servir de cas d’école, non pas parce qu’il proclame une rupture, mais parce qu’il essaie de rendre compatibles trois exigences rarement alignées, celles d’un contenu biosourcé très élevé, des performances et d’un recyclage industrialisable.

JEC World 2026, le grand carrefour des composites

JEC World est le rendez vous international des acteurs des matériaux composites, venus présenter leurs innovations, nouer des partenariats et accélérer le passage de la R&D à l’industrialisation.

On y croise surtout des exposants représentant les matières premières, les intermédiaires textiles, les équipements de fabrication et de test, les producteurs de pièces composites, ainsi que des services et organismes tiers.

L’édition 2026 se tiendra à Paris Nord Villepinte, du 10 au 12 mars 2026.


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