Deux ONG environnementales ont tiré mercredi la sonnette d’alarme sur les émissions de méthane en France, gaz particulièrement nocif en terme de réchauffement climatique, après des inspections ayant permis d’identifier des fuites sur plus d’une infrastructure gazière sur deux analysées.
« Certains sites présentaient jusqu’à cinq fuites simultanées. La quantité de fuites est bien plus élevée qu’en Allemagne », souligne dans un rapport la fédération Les Amis de la Terre France. L’ONG a mené en avril avec un expert de l’organisation Clean Air Task Force une campagne de détection dans neuf départements du sud de la France, dont les Bouches-du-Rhône.
Produit principalement par l’agriculture, l’élevage de bétail et l’exploitation de combustibles fossiles, le méthane –molécule du gaz naturel– est responsable d’un tiers du réchauffement climatique depuis l’ère pré-industrielle.
Selon le rapport, une caméra infrarouge à imagerie optique des gaz a permis d’établir que 65% des 57 sites analysés –essentiellement des postes de contrôle sur des gazoducs– présentaient « une ou plusieurs sources d’émission », sans toutefois les quantifier.
Un pourcentage situant la France dans la moyenne européenne. Mais l’analyse rappelle que « quatre térawatt-heure » sont perdus annuellement sur le réseau de transport et de distribution, « soit l’équivalent de la consommation de gaz de Marseille et Amiens combinés. »
Le rapport indique que 75% des émissions constatées étaient « fugitives » (non-intentionnelles), et seules 14% étaient des relargages intentionnels, encadrés par la loi.
Pourtant, rappellent les ONG, « de nombreuses émissions constatées sont évitables: une partie des équipements doit être remplacée pour des alternatives sans émission. »
L’étude est la première du genre en France « depuis l’entrée en vigueur de la réglementation européenne sur le méthane en 2024 », rappellent les deux organisations.
Elles ont passé en revue des installations de transport et de stockage de gaz exploitées par Téréga, NaTran (ex-GRTGaz) et Storengy (des filiales d’Engie), ainsi que les terminaux d’importation de gaz liquéfié de Fos-sur-Mer opérés par Elengy (filiale d’Engie).
« Comme constaté par la Commission de régulation de l’énergie en juin 2025, les pratiques des entreprises françaises en matière de détection et réparation des fuites restent en-deçà des exigences réglementaires », regrette le rapport.
Les ONG qualifient de « conséquent » le nombre « de fuites non détectées par l’exploitant », avec également « une très grande majorité de fuites détectées et émettant toujours du méthane, suggérant que le temps entre la (…) détection et la réparation est long ».
Elles saluent toutefois des « premiers pas encourageants » grâce à la législation européenne, avec « beaucoup moins de relargages volontaires » et des étiquettes sur certains sites signalant des campagnes de détection.
tgg/so/fmp
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