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Evreux: jusqu’à six mois de prison ferme requis contre 14 militants animalistes

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Jusqu’à six mois de prison ferme ont été requis vendredi à au tribunal correctionnel d’Evreux contre quatorze militants animalistes de l’association « Boucherie abolition » pour des dégradations commises dans trois élevages.

Il est reproché à ces militants de s’être introduits dans trois exploitations agricoles, à Beaulieu (Orne), Goussainville (Eure-et-Loir) et Jumelles (Eure) pour « libérer » des volailles et des porcs, le 14 avril 2019 et le 13 décembre 2018.

Lors de la seconde action, un mouvement de panique au sein de l’exploitation de l’Eure avait causé la mort par étouffement de près de 1.400 dindes, a précisé le parquet.

« Nous ne sommes pas là pour juger des idéaux mais des infractions pénales », a plaidé la procureure de la République Dominique Puechmaille, avant de regretter « l’indécence » des militants qui « comparent l’élevage à la dictature nazie ».

« Les camps de concentration sont toujours là. On libère des prisonniers », avait un peu plus tôt lancé à la barre une prévenue de 25 ans.

Le parquet a requis 18 mois de prison dont six ferme contre deux prévenus, Solveig Halloin, 44 ans et Vincent Aubry, 32 ans, deux porte-parole de l’association « Boucherie Abolition ». Il a en outre demandé dix-huit mois de prison avec sursis contre neuf des prévenus, quatre mois avec sursis contre un autre et deux mois avec sursis contre un dernier.

« Je ne suis pas l’avocat de mafieux », a plaidé Me Pierre Morrier, l’avocat d’un couple d’éleveurs victimes, dont l’exploitation connaît « 2 ou 3 décès par jour, ce qui témoigne de la performance de cette exploitation ». « On traite nos clients de kapo, de nazis… rendez-vous compte de la tonalité des débats ! », a-t-il ajouté.

L’avocate de trois militants, et cofondatrice du Parti animaliste, Hélène Thouy, a affirmé que « l’animal n’est pas une chose que l’on vole. L’animal n’est pas couvert pas l’infraction de vol ».

« L’animal relève du régime des biens. Lorsque l’on prend deux dindes dans un élevage (le 13 décembre 2018 ndlr), c’est du vol », a rétorqué la procureure. La magistrate a dénoncé la « particulière gravité des faits, qui génère une véritable psychose chez les éleveurs ».

« L’élevage est une filière économique importante qui fait vivre des milliers de familles », a poursuivi Mme Puechmaille. « Les éleveurs sont sensibilisés aux bonnes pratiques », a-t-elle estimé.

La magistrate a en outre pointé un « risque évident de récidive, car les prévenus ne se remettent pas du tout en cause ».

Ces derniers, âgés de 25 à 50 ans, ont reconnu les faits, plaidant la désobéissance civile. Certains portaient des tee-shirts arborant des slogans tels que : « Quelle justice pour les victimes de l’élevage? », « Elevage hors la loi », ou « Sauver des vies n’est pas un crime ».

Les échanges ont parfois été tendus entre les avocats de la défense et le président du tribunal, de même qu’entre le parquet et Solveig Halloin, qui a lancé à la procureure « Vous voulez essayer l’encagement ? ».

« Je reconnais avoir libéré des animaux par état de nécessité pour cesser la cruauté envers les animaux », a ajouté une autre prévenue, malgré l’avertissement du président du tribunal Franck Doudet. « Ce n’est pas le procès de l’élevage. Mais votre procès sur les infractions qu’on vous reproche », a-t-il déclaré.

« Nous ne sommes pas des fous, nous sommes des lanceurs d’alerte », a renchéri une autre prévenue, âgée de 37 ans, en pleurs à la barre.

La plupart des militants sont poursuivis pour dégradations, vols, violation de domicile, entrave à la liberté du travail. Le procès doit durer une journée.

Le syndicat agricole FDSEA de l’Eure s’est constituée partie civile.

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