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RETOUR SUR – Whirlpool Amiens: la reprise en pointillé, les salariés s’inquiètent

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Le 31 mai 2018, l’usine de sèche-linge Whirlpool d’Amiens, 282 salariés, fermait au profit d’une délocalisation en Pologne. Un an après, les 162 salariés embauchés par le repreneur, l’industriel picard Nicolas Decayeux, sont inquiets: l’usine tourne au ralenti.

« On s’est fait rouler », lâche Pascal Lefebvre, secrétaire adjoint (CFTC) du CE de Whirlpool. « Rien ne sort de l’usine, la majorité des salariés sont en errance sur le site », abonde Patrice Sinoquet, délégué CFDT.

Dès le lendemain de la fermeture de l’usine, délocalisée à Lodz en Pologne, le site était repris par Nicolas Decayeux, ex-patron d’un groupe de 650 salariés spécialisé dans la fabrication d’articles métalliques. Rebaptisée WN, l’entreprise doit se lancer dans la production de « casiers réfrigérés connectés ».

Dans son projet présenté aux syndicats, l’entrepreneur, président du Medef de la Somme, « prévoyait la reprise de 236 salariés », et, outre les casiers, la création de quatre autres domaines d’activité dont « la fabrication de chargeurs de batteries » pour les vélos et les voitures et la création d’une usine collaborative.

« Ca paraissait alléchant, on y croyait mais tout tombe à l’eau. Seules une trentaine de personnes sont occupées, les autres se tournent les pouces et sont inquiets », dépeint Patrice Sinoquet.

Whirlpool employait encore 300 personnes en CDI à l’annonce de la fermeture en janvier 2017, 250 intérimaires en quasi-temps plein et une centaine de personnes chez le sous-traitant pour les plastiques Prima-France.

– « 45.000 euros par salarié repris » –

La lutte des salariés de l’usine, devenue le symbole des délocalisations industrielles, s’était invitée dans la campagne présidentielle 2017 avec une passe d’armes sur place entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors de l’entre-deux-tours.

« On ne comprend pas qu’avec toute cette publicité, Decayeux n’ait pas réussi à décrocher des contrats », s’étonne Pascal Lefebvre.

De son côté, Whirlpool affirme aujourd’hui avoir « tenu ses engagements » pour « trouver la meilleure solution pour le site et ses salariés » avec la signature en septembre 2017, « d’un accord pour soutenir la réindustrialisation du site d’Amiens ».

« Le processus, en parfaite conformité avec la loi, a non seulement été approuvé par les syndicats mais il a reçu l’aval du gouvernement français », se justifie l’entreprise.

Certes, « nous avons donné un avis positif au projet, mais il nous a été présenté avec cinq activités viables et la reprise de plus de 200 personnes, rien n’est respecté », s’agace M. Lefebvre.

Whirlpool a aussi versé à WN « 45.000 euros par salarié repris » selon les syndicats. De quoi nourrir la crainte d’une « défaisance sociale », pour l’avocat des salariés Fiodor Rilov, relevant que « le financement de la reprise d’une usine par la multinationale qui veut s’en débarrasser est un fonctionnement connu ».

– « Audit financier de l’entreprise » –

« Whirlpool pensait donner un coup de crayon sur Amiens le 31 mai et qu’on n’en parlerait plus, mais on se battra jusqu’au bout », prévient en tout cas Frédéric Chantrelle, délégué CFDT, déjà prêt à « chercher un nouveau repreneur ».

Les salariés « végétaient depuis l’annonce de la fermeture en janvier 2017 et maintenant ils végètent depuis un an dans leur nouvelle entreprise », dénonce M. Chantrelle.

Le repreneur « est dans une activité de recherche de commercialisation de ses produits, nous savons que c’est compliqué à négocier », tempère la préfecture de la Somme à l’AFP.

« Mais il devient urgent de trouver des débouchés aux produits que WN fabrique car si les commandes ne tombent pas rapidement, l’avenir sera compliqué », prévient-elle, annonçant avoir commandé un audit financier de l’entreprise.

« Nous sommes au début du lancement de nouveaux business, il faut un peu de temps », se défend pour sa part auprès de l’AFP Nicolas Decayeux. « L’activité est au ralenti, c’était prévu » même si « je pensais que ça démarrerait un peu plus vite. Il y a un écart par rapport au business plan », reconnaît-il toutefois, sans vouloir dévoiler ni chiffre d’affaires, ni le nombre de commandes reçues.

Comme pour clore l’époque Whirlpool, le ministère du Travail a autorisé en mai le licenciement des salariés protégés de l’usine, considérant que le motif économique était établi.

Une décision qui va à l’encontre de celle de l’inspection du travail, rendue en 2018, et qui permet le licenciement des salariés (représentants syndicaux ou délégués du personnel) encore en poste. « Ils ont réussi à faire tomber les derniers garde-fous », s’est offusquée la CGT.

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