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Vaccins Covid: sur le gril, les laboratoires défendent leurs contrats avec l’UE

Posté le par AFP

Prix des futurs vaccins anti-Covid, rejet de toute responsabilité en cas d’effets secondaires, accusations d’opacité: des laboratoires pharmaceutiques ont défendu mardi les conditions des accords, aux montants colossaux, d’achats anticipés de vaccins conclus par l’UE.

Pressée par l’urgence, la Commission européenne a conclu six accords avec des laboratoires pour réserver des centaines de millions de doses de potentiels vaccins, mais sans en révéler les termes.

Deux ont été finalisés: avec le suédo-britannique AstraZeneca ainsi qu’avec le duo franco-britannique Sanofi-GSK, pour 300 millions de doses chacun.

« Il y a des questions de concurrence, ce ne serait pas une bonne idée de publier ces informations tant que tous les contrats n’ont pas été finalisés », s’est justifiée Sue Middleton, présidente de la branche vaccins de la Fédération européenne des industries pharmaceutiques.

« Je comprends (…) que les prix se situent entre cinq et quinze euros la dose. C’est un prix raisonnable », a-t-elle poursuivi lors d’une audition en visioconférence du Parlement européen.

Si les Etats-Unis ont notamment annoncé payer 1,95 milliard de dollars pour 100 millions de doses à Biontech/Pfizer, Bruxelles n’a publié aucun montant et, selon les laboratoires, le prix n’est pas définitivement fixé.

« Nous sommes encore en phase un ou deux de développement », et « une bonne estimation » du coût de production pourra être établie vers décembre, a expliqué Thomas Triomphe, vice-président exécutif de Sanofi, également entendu mardi, promettant un prix « équitable et accessible ».

« Si à la fin des essais cliniques nous échouons, nous ne recevrons que l’argent couvrant l’essai et les coûts de production engagés », a abondé lors de l’audition Jean Stéphenne, président du conseil de surveillance de CureVac.

Invité au Parlement européen, AstraZeneca a décliné l’invitation, selon les eurodéputés.

– Effets secondaires « très possibles » –

Les laboratoires réfutent toutes conditions particulières: « Les contrats s’accompagnent d’un petit acompte pour amorcer la production. Mais les Etats auront l’occasion de se désengager, ce n’est pas un accord contraignant (…) ce sera décidé étape par étape » en fonction des essais, explique Thomas Triomphe.

Sans compter les coûts liés aux procédures accélérées: « Pour développer un seul vaccin, il faut en moyenne 1 milliard d’euros pour la recherche, et 500 millions pour la production –à vitesse normale », fait-il valoir.

Les laboratoires entendent trouver un remède entre 12 et 18 mois au lieu d’au moins dix ans habituellement.

Et la montée en puissance coutera cher: « Pour la moitié de l’humanité, il faudrait 8 milliards de doses, et la capacité de production mondiale est de 5 milliards par an », rappelle Mme Middleton. De quoi redouter des « goulots d’étranglement », aggravés par les partages compliqués de propriété intellectuelle…

Autre conséquence: comme les effets secondaires indésirables à moyen ou long terme ne pourront pas tous être étudiés, les Etats européens acceptent de prendre en charge de futures demandes de dédommagements de patients. Sans cette garantie, « personne n’investirait », observe Jean Stéphenne.

« La Commission ou les Etats indemniseront les entreprises du coût » des actions en justice mais pas en cas de vices de production « délibérés » et seulement pour les « effets indésirables non prévisibles », insiste Sue Middleton. Ces derniers sont « très possibles quand vous vaccinez une aussi vaste population », souligne-t-elle.

– « Ratio bénéfice-risque » –

En 2017, la justice européenne avait estimé que la responsabilité d’un vaccin dans le développement d’une maladie pourrait être reconnue même en l’absence de certitude scientifique — suite aux longues procédures opposant malades de scléroses en plaques et fabricants de vaccins contre l’hépatite B.

« Aucun vaccin n’est sûr à 100%. Ils sont autorisés sur un ratio risque/bénéfice », commente Fergus Sweeney, chef du groupe sur les essais cliniques pour l’Agence européenne du médicament (EMA).

Cependant, en raison du raccourcissement des procédures, « nous appliquerons des contrôles importants à posteriori (…) pour vérifier l’efficacité et la sûreté d’un vaccin déjà approuvé et utilisé sur le marché », indique-t-il.

Des discours qui peinent à lever les réticences: « Nous avons besoin de transparence sur ce que la Commission a conclu au nom des contribuables européens », exige Pascal Canfin, président (Renew, centre) de la commission de la santé publique au Parlement.

« Comment les négociations de pré-achat peuvent-elles se conclure sans que l’EMA ne dispose des essais cliniques? », renchérit l’eurodéputée Michèle Rivasi (Verts), s’alarmant du recours inédit à des technologies inédites qui n’ont pas encore fait leurs preuves.

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