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100 GW en mer du Nord, l’Europe tente le grand chantier électrique

Posté le 5 février 2026
par La rédaction
dans Énergie

Le Sommet de la mer du Nord a replacé l’éolien offshore au cœur d’une équation qui dépasse la seule énergie. Les États riverains parlent en effet désormais de planification industrielle, de réseaux et de protection d’infrastructures critiques. Le sommet dessine dès lors une trajectoire, celle de faire de la mer du Nord un pilier de la stratégie offshore européenne.

Le 26 janvier à Hambourg, des dirigeants et ministres européens se sont retrouvés pour renforcer la coopération autour de l’énergie en mer du Nord. L’événement s’est déroulé dans un climat diplomatique tendu, marqué par des inquiétudes liées à la Russie et aux débats autour du Groenland et de l’Arctique. Le message politique a été clair. La mer du Nord est appelée à devenir un espace clé de production électrique bas carbone, mais aussi un espace stratégique à protéger.

Cette évolution s’explique par la nature même des actifs offshores. Les parcs, les câbles et les postes de conversion sont des infrastructures vitales pour l’alimentation électrique. Les risques de sabotage et de menaces hybrides ont progressivement fait entrer la sécurité dans le vocabulaire officiel de l’offshore. L’idée n’est pas nouvelle, mais la tonalité change. Il ne s’agit plus seulement de déployer des gigawatts, mais de sécuriser un futur système électrique interconnecté.

Un objectif immédiat de 100 GW et une logique de projets conjoints

Un pacte a ainsi été mis en avant à Hambourg, avec une cible de 100 GW, par le Royaume Uni, l’Allemagne, le Danemark, ainsi que d’autres partenaires. L’objectif est de mutualiser des projets ainsi que de développer des infrastructures transfrontalières, ce qui doit renforcer la sécurité énergétique et soutenir la compétitivité industrielle.

Cette approche collective répond à une contrainte technique. Les parcs en mer du Nord ne sont plus pensés uniquement comme des unités nationales raccordées à un seul pays. Ils sont de plus en plus envisagés comme des nœuds régionaux capables d’alimenter plusieurs marchés. Cela ouvre la voie à des parcs dits hybrides, qui produisent dans une zone et se raccordent à plusieurs réseaux.

La trajectoire européenne de fond et ses jalons

La Commission européenne a fixé dès 2020 un cap pour l’offshore à l’échelle de l’Union. Elle vise au moins 60 gigawatts d’éolien offshore en 2030 et 300 gigawatts en 2050. Cette stratégie s’inscrit dans la neutralité climatique à l’horizon 2050 ; elle met l’accent sur la planification spatiale, les investissements réseau et un cadre plus stable pour les acteurs.

Dans la zone des mers du Nord, un cadre de coopération existe déjà. La North Seas Energy Cooperation¹ rappelle ainsi que neuf pays se sont accordés à Ostende en avril 2023 sur une ambition de 300 gigawatts d’éolien offshore d’ici 2050, avec un objectif intermédiaire de 120 gigawatts en 2030. L’Office des publications de l’Union européenne décrit la même trajectoire, avec une montée de 30 gigawatts vers 120 gigawatts à l’horizon 2030 puis un passage à 300 gigawatts à l’horizon 2050.

Le sommet de Hambourg s’insère dans cette continuité. Une déclaration officielle publiée par le gouvernement fédéral allemand rappelle l’objectif de 300 gigawatts d’ici 2050 et insiste sur une planification coordonnée pour débloquer les investissements nécessaires dans l’énergie offshore et les réseaux.

Le verrou se joue sur les réseaux

La réussite des projets ne dépend pas uniquement des turbines. Elle dépend du rythme de développement des câbles, des convertisseurs et des interconnexions. Clean Energy Wire évoque un plan qui vise une cadence d’ajout de capacités et une accélération des interconnexions, afin que plusieurs pays puissent bénéficier de l’électricité produite par un même parc. La Commission européenne explique de son côté que l’intégration à l’échelle des bassins maritimes et la cohérence des plans maritimes nationaux sont des éléments structurants de la stratégie offshore.

La dimension industrielle est tout aussi déterminante. Le déploiement représente en effet un défi industriel colossal, alors que la filière doit sécuriser des capacités de fabrication et des chaînes logistiques sous tension. La capacité à tenir les calendriers dépendra donc de décisions d’investissement, de simplification des procédures et de coordination entre États, réseaux et industriels.

Ce que clarifie Hambourg pour la suite

Le sommet du 26 janvier confirme une transformation du récit européen. L’éolien offshore en mer du Nord devient un projet de puissance, un projet de réseau et un projet de sécurité. La stratégie européenne affiche des objectifs très élevés, qu’elle cherche à rendre crédibles grâce à des engagements régionaux, des interconnexions et une planification plus intégrée. La mer du Nord devient ainsi un test grandeur nature. Elle dira si l’Europe sait transformer une ambition énergétique en infrastructure continentale durable.


¹ La North Seas Energy Cooperation (NSEC) est une plateforme politique de coopération régionale entre les pays riverains de la mer du Nord (et proches). Avec la Commission européenne, elle coordonne le développement de l’éolien en mer et surtout des réseaux et interconnexions offshore (câbles, « hubs » énergétiques, projets hybrides reliant plusieurs pays), ainsi que les liens avec un futur marché de l’hydrogène.


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