Créé en 2020 par Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, ACC (Automotive Cells Company) devait devenir le symbole de la souveraineté industrielle européenne dans les batteries électriques automobiles. Six ans plus tard, le projet traverse une crise majeure en accumulant des retards industriels et des difficultés de production. Face à cette situation, ACC tente désormais de se réorganiser dans l’urgence autour d’un nouveau management.
Le groupe vient d’annoncer le remplacement du directeur général historique, Yann Vincent, par Allan Swan, ancien dirigeant de Panasonic Energy USA. Ce changement de gouvernance traduit l’inquiétude des actionnaires face aux difficultés rencontrées par l’usine française de Billy-Berclau, dans les Hauts-de-France. Depuis son inauguration en 2023, la gigafactory française peine en effet à atteindre les niveaux de production attendus.
L’usine accumule les retards de montée en cadence et reste très loin des standards industriels nécessaires pour produire massivement des batteries compétitives. Le principal problème concerne le taux de rebuts, c’est-à-dire la proportion de cellules produites mais inutilisables en raison de défauts de fabrication. La production ne permettait d’équiper qu’un peu plus de 1 000 véhicules par mois en début d’année, un niveau très insuffisant pour répondre aux besoins des constructeurs automobiles.
Ces difficultés industrielles ont des conséquences directes pour Stellantis, principal client d’ACC. Les Peugeot E-3008 et E-5008 électriques, ainsi que plusieurs autres modèles longue autonomie du groupe, dépendent des batteries produites à Billy-Berclau. Or les problèmes de cadence provoquent des délais de livraison pouvant atteindre neuf à douze mois. Dans un marché très concurrentiel où les constructeurs chinois multiplient les offensives commerciales, ces retards deviennent critiques.
Un type de batterie difficile à industrialiser
Le cœur du problème réside dans la complexité technologique de la fabrication des batteries. ACC a choisi de miser sur une technologie NMC, fondée sur le nickel, le manganèse et le cobalt. Cette chimie permet d’obtenir des batteries à forte densité énergétique, adaptées aux véhicules offrant une grande autonomie. Mais elle est aussi beaucoup plus difficile à industrialiser que les batteries LFP (lithium fer phosphate), largement utilisées par les industriels chinois. ACC découvre ainsi la réalité d’un secteur où l’excellence en laboratoire ne garantit en rien la réussite industrielle à grande échelle.
Face à ces difficultés, ACC a pris la décision en début d’année d’abandonner ses projets de gigafactories en Allemagne et en Italie pour concentrer ses ressources financières et humaines sur le seul site français. Un choix stratégique rendu nécessaire afin de stabiliser sa production avant toute nouvelle expansion. Allan Swan, le nouveau dirigeant, aura pour mission d’améliorer rapidement les rendements industriels de l’usine française en réduisant le taux de rebuts et en augmentant les volumes produits.
Sur le papier, il semble être l’homme de la situation puisqu’il a supervisé aux États-Unis plusieurs gigafactories produisant des batteries pour Tesla. Il possède une expérience concrète de montée en cadence industrielle de ce type d’usines. ACC espère désormais importer dans le nord de la France les méthodes qui ont permis à Panasonic d’atteindre des volumes gigantesques de production.
Le nouveau patron devra évoluer dans un contexte particulièrement concurrentiel. Des groupes chinois comme CATL ou BYD disposent d’une puissance de production considérable et dominent aujourd’hui largement le marché mondial des batteries. Ils bénéficient en plus de décennies d’expérience.
Allan Swan affiche un discours volontairement offensif et opérationnel et souhaite transformer l’ambition du site français en réalité industrielle, de manière rapide et à des coûts compétitifs. Il met en avant sa culture du terrain, centrée sur la résolution immédiate des problèmes industriels plutôt que sur la multiplication des niveaux hiérarchiques. L’enjeu dépasse désormais largement le seul avenir d’ACC, car derrière les difficultés de cette entreprise se joue en réalité la capacité de l’Europe à construire une véritable industrie de la batterie face aux géants chinois.
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