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Acier : vers une nouvelle crise mondiale liée aux surcapacités ?

Posté le 22 juin 2026
par Nicolas LOUIS
dans Entreprises et marchés

Dix ans après la dernière grande crise sidérurgique, les mêmes déséquilibres réapparaissent. Selon l'OCDE, les capacités de production continuent de croître beaucoup plus vite que la consommation mondiale. Face à cette situation, la Chine accroît fortement ses exportations, tandis que les barrières commerciales se multiplient chez les pays importateurs.

L’industrie sidérurgique mondiale entre dans une nouvelle zone de turbulences. Dans son rapport sur les perspectives de l’acier, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) alerte sur la croissance continue des capacités de production, combinée à une demande atone, qui menace l’équilibre économique du secteur et alimente des tensions commerciales croissantes entre les grandes puissances industrielles.

Selon les projections, les surcapacités mondiales pourraient atteindre 745 millions de tonnes à l’horizon 2028, un niveau proche des records observés lors de la précédente crise de l’acier il y a une décennie. À titre de comparaison, ce volume dépasse de plus de 300 millions de tonnes la production actuelle cumulée des pays membres de l’OCDE.

Le problème s’explique par des capacités qui augmentent plus vite que les besoins. Alors que la demande mondiale d’acier a reculé de 2,6 % en 2025, elle ne devrait progresser que de 0,4 % en 2026 avant d’afficher une croissance moyenne limitée à 0,9 % par an jusqu’en 2030. Dans le même temps, les capacités de production continuent de progresser. D’ici 2028, près de 139 millions de tonnes supplémentaires pourraient être mises en service dans le monde.

Cette dynamique est particulièrement marquée en Inde et en Asie du Sud-Est, où les investissements industriels soutiennent encore fortement la demande. La Chine voit au contraire sa demande intérieure reculer (- 6,9 % en 2025) sous l’effet de la crise persistante du secteur immobilier. Résultat, les producteurs chinois se tournent massivement vers l’exportation. En 2025, les ventes d’acier chinois à l’étranger ont atteint 131 millions de tonnes, en hausse de 153 % par rapport à 2020.

Pour l’OCDE, cette montée en puissance des exportations exerce une pression considérable sur les marchés internationaux. Les producteurs des pays importateurs dénoncent une concurrence faussée par des soutiens publics massifs qui permettent aux aciéristes chinois de maintenir leur production malgré des conditions économiques dégradées. Ils bénéficient aujourd’hui d’un niveau de subventions rapporté à leurs actifs quinze fois supérieur à celui de leurs homologues des autres économies.

Des pratiques de contournement limitent l’impact des mesures commerciales

Conséquence directe de ces déséquilibres, les mesures de défense commerciale se multiplient. En 2025, près de 400 mesures antidumping ou compensatoires étaient en vigueur dans le secteur sidérurgique mondial. Les États-Unis, le Canada, le Brésil, l’Inde ou encore le Mexique ont relevé leurs droits de douane. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont annoncé de nouveaux mécanismes de soutien à leurs industries nationales alors que leurs mesures de sauvegarde arrivent progressivement à échéance.

Mais ces instruments montrent leurs limites face aux pratiques de contournement. L’OCDE met notamment en évidence l’augmentation spectaculaire des exportations chinoises d’acier semi-fini vers l’Asie du Sud-Est, en hausse de 300 % en 2025. Une partie de ces volumes pourrait ensuite être transformée localement avant d’être réexpédiée vers les marchés occidentaux.

Au-delà des questions de concurrence, l’OCDE estime que les surcapacités constituent désormais un frein à la transition environnementale du secteur. Les aides publiques permettent souvent de maintenir en activité des installations fortement émettrices de CO₂, retardant leur fermeture et décourageant les investissements dans des technologies plus propres.

Parallèlement, les tensions s’accroissent sur les matières premières stratégiques nécessaires au secteur sidérurgique, notamment sur la ferraille, les minerais de nickel ou de chrome, qui font l’objet d’un nombre croissant de restrictions à l’exportation. Plusieurs États cherchent à sécuriser leurs approvisionnements nationaux, ce qui risque de renchérir davantage les coûts de production.

Face à cette situation, l’OCDE appelle à renforcer la coopération internationale à travers le FMSS (Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques), qui réunit les principales économies productrices d’acier et représente près de 70 % des importations mondiales. L’objectif est d’élaborer un nouveau cadre d’action commun capable de limiter les distorsions de marché, de réduire les excédents de capacités et de rétablir des conditions de concurrence jugées plus équitables.


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