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Face aux géants du cloud US, les Européens tentent une approche plus pragmatique

Posté le 19 août 2026
par Philippe RICHARD
dans Informatique et numérique

Depuis plus de dix ans, l’Europe promet un cloud souverain capable de rivaliser avec les géants américains. Le résultat est loin d’être positif ! Mais la situation semble évoluer favorablement. La pression géopolitique croissante et le durcissement du cadre réglementaire obligent les acteurs européens à proposer des offres ciblées.

Sans les géants de la tech américaine, les particuliers et les entreprises seraient bien embarrassés : pas de messagerie Gmail, pas de Microsoft 365 ni de Teams, pas de Dropbox… Une dépendance qui se résume à un chiffre : 70 %. En 2025, la part de marché en Europe d’AWS, Microsoft Azure et Google Cloud atteignait les 70 %. Les acteurs du vieux continent ne pèsent plus que 15 %, contre 25 % en 2017.

Ce recul s’explique en partie par une approche trop radicale : vouloir tout migrer vers des solutions européennes s’est souvent soldé par un statu quo. Les entreprises ont souvent reculé devant l’ampleur des coûts, des risques opérationnels et des dépendances applicatives (quid des alternatives à Microsoft 365 notamment).

Une nouvelle stratégie émerge : la souveraineté ciblée. Plutôt que de remplacer intégralement les géants US (qu’on appelle des hyperscalers), l’Europe mise sur la protection des données les plus stratégiques (R&D, informations financières, données à caractère personnel, propriété intellectuelle), tout en acceptant que les outils moins critiques restent hébergés à l’international. L’intelligence artificielle facilite cette approche, en permettant une classification et une cartographie plus rapides des flux de données, réduisant ainsi les coûts et la complexité des migrations.

Pendant plusieurs années, la souveraineté numérique européenne s’est construite par la régulation (RGPD, certifications, conformité) sans faire émerger de champions industriels. Mais un tournant s’amorce avec des projets comme le Cloud and AI Development Act, qui vise à accélérer les investissements dans les infrastructures cloud et les centres de données européens.

Le cloud à la française : de nombreux échecs

La Commission européenne estime que la capacité des datacenters doit tripler d’ici cinq à sept ans pour répondre à la demande croissante liée au cloud et à l’IA. Un signal fort a déjà été envoyé avec le transfert de la Plateforme des données de santé française de Microsoft Azure vers Scaleway (du groupe Iliad-Free), prouvant que des alternatives européennes peuvent héberger des données critiques à grande échelle.

L’Europe dispose d’atouts indéniables : un cadre réglementaire mature (RGPD, SecNumCloud…), une volonté politique croissante, et des acteurs comme OVHcloud ou Scaleway en pleine expansion.

Cependant, les limites persistent. Le retard technologique et financier face aux hyperscalers américains, qui investissent des dizaines de milliards par an, reste considérable. Les coûts de migration, la complexité des systèmes existants et l’inertie des grandes organisations freinent toute transition rapide.

Le passé n’incite d’ailleurs pas à l’optimisme. En matière de cloud, plusieurs projets d’offre souveraine ont connu un retentissant échec. Principale raison ? Des poids lourds français qui n’avaient d’autres objectifs que de satisfaire leur ego et leur chiffre d’affaires.

En 2009, le projet Andromède (avec Dassault, Orange et Thales) avait connu un échec retentissant malgré un investissement de 135 M€ de l’État, qui devait détenir un tiers du capital.

Mis en place par Nicolas Sarkozy en 2014, et financé en partie sur des deniers publics (environ 285 M€), le « cloud à la française » avait repris la forme de deux projets (Cloudwatt et Numergy) développés sous l’égide d’Orange et de SFR.

Autant de dépenses inutiles et d’énergie gaspillées alors que des « clouds français » existaient déjà comme OVH, Ikoula, Gandi ou Oodrive.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus uniquement technique, il est aussi géopolitique. L’objectif est de réduire l’exposition des données européennes au droit américain, dans un contexte de tensions internationales croissantes.

Finalement, le cloud souverain ne décollera probablement jamais massivement comme imaginé il y a dix ans.

Un modèle plus réaliste se dessine : une souveraineté ciblée, portée par l’IA et soutenue par un écosystème industriel européen en maturation. Si cette trajectoire se confirme, le cloud souverain pourrait enfin passer du statut de promesse politique à celui de réalité opérationnelle.


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