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Importations de gaz en Europe, une diversification sous contrainte géopolitique

Posté le 15 juin 2026
par La rédaction
dans Énergie

L’Europe voulait reprendre le contrôle de sa sécurité énergétique après l’invasion de l’Ukraine. Quatre ans plus tard, la dépendance au gaz russe a fortement reculé, mais une autre vulnérabilité s’est installée autour du gaz naturel liquéfié américain.

La rupture avec le gaz russe devait ouvrir une nouvelle séquence pour l’indépendance énergétique européenne. Lancé en mai 2022, le plan REPowerEU visait à mettre fin à la dépendance de l’Union européenne (UE) aux énergies fossiles russes, en combinant économies d’énergie, diversification des approvisionnements et accélération des énergies renouvelables. L’objectif politique était clair. Il s’agissait de ne plus exposer l’économie européenne au chantage énergétique de Moscou, tout en construisant un système plus résilient.

Sur le premier volet, les résultats sont réels. La dépendance de l’UE au gaz russe est passée de 45 % de ses importations totales de gaz en 2021 à 12 % en 2025, avec des volumes ramenés de 152 à 36 milliards de mètres cubes. La réglementation REPowerEU adoptée en février 2026 prévoit aussi une sortie complète du gaz naturel liquéfié (GNL) russe à la fin de 2026 et du gaz russe par gazoduc au plus tard le 30 novembre 2027.

Mais la situation actuelle raconte une autre histoire. L’Europe ne s’est pas seulement détachée de Moscou. Elle a aussi déplacé une partie centrale de sa dépendance vers les États-Unis. Les importations européennes de GNL américain ont plus que triplé entre 2021 et 2025, passant de 29,8 à 99,5 milliards de mètres cubes, et ont représenté 58 % des importations européennes de GNL en 2025. Au premier trimestre 2026, cette part a encore progressé à 63 %, avec une prévision de deux tiers des importations européennes de GNL en provenance des États-Unis sur l’ensemble de l’année.

Une diversification qui concentre les risques

La recomposition du marché gazier européen apparaît donc ambivalente. L’Union européenne a bien réduit sa dépendance au fournisseur russe, mais elle n’a pas totalement atteint l’objectif d’une diversification énergétique équilibrée. En 2025, la Norvège reste le premier fournisseur de gaz de l’UE avec 30,9 % des importations totales, devant les États-Unis à 26,2 %, l’Afrique du Nord à 12,7 % et la Russie à 12,5 %. Pour le seul GNL, en revanche, la concentration est beaucoup plus forte. Eurostat indique que les États-Unis ont fourni 56 % du GNL importé par l’UE en 2025, devant la Russie, le Qatar et l’Algérie.

Ce basculement traduit un changement industriel et logistique majeur. Le gaz de gazoduc, inscrit dans des infrastructures fixes et des contrats de long terme, a été partiellement remplacé par un gaz maritime, flexible, mais exposé aux tensions du marché mondial. Cette flexibilité a permis de sécuriser rapidement des volumes après 2022. Elle rend aussi les acheteurs européens plus sensibles aux prix internationaux, aux arbitrages entre l’Europe et l’Asie, et aux décisions des grands pays exportateurs.

L’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) a alerté sur cette nouvelle dépendance à un fournisseur unique. Le GNL américain représentait 58 % des approvisionnements européens en GNL en 2025, soit environ un quart de la consommation totale de gaz de l’UE, ce qui soulève un risque de concentration comparable dans sa logique, même si le contexte politique diffère de la relation passée avec Moscou.

Le contexte international fragilise le plan européen

L’évolution récente souligne aussi l’influence d’un environnement international difficilement prévisible. Les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient ont pesé sur les exportations qataries de GNL, notamment par les tensions autour du détroit d’Ormuz, ce qui a favorisé la montée en puissance d’autres fournisseurs. Ce type d’événement montre que la sécurité énergétique européenne ne dépend plus seulement de la relation avec un fournisseur terrestre dominant, mais d’un ensemble de routes maritimes, de terminaux, de contrats et d’équilibres géopolitiques mondiaux.

Le paradoxe est d’autant plus marqué que le GNL russe n’a pas disparu. Sa part dans les importations européennes de GNL a reculé, mais les volumes ont augmenté, passant de 17,5 milliards de mètres cubes en 2021 à 20,4 milliards en 2025. La France, la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas ont concentré l’essentiel de ces arrivées en 2025, la France représentant à elle seule 41,5 % des volumes européens de GNL russe.

Le bilan européen n’est donc pas celui d’une immobilité, mais celui d’une transition incomplète. L’Europe a réduit sa dépendance au gaz russe, renforcé ses capacités d’importation et accéléré certains leviers de la transition énergétique. Mais elle reste dépendante d’importations massives de gaz, dans un marché où le GNL devient un instrument de sécurité autant qu’un facteur de vulnérabilité. La véritable indépendance énergétique ne se mesure donc pas seulement à la baisse des achats russes. Elle dépend aussi de la capacité à réduire durablement la demande de gaz, à diversifier les fournisseurs et à accélérer les alternatives bas carbone sans créer une nouvelle dépendance stratégique.


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