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La formation professionnelle veut se réinventer

Posté le 25 avril 2018
par Matthieu Combe
dans Entreprises et marchés

La ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé les grands axes de la réforme de la formation professionnelle en mars dernier. Les mesures profitent aux demandeurs d'emploi et aux salariés, dans un contexte de profondes modifications du travail.

Muriel Pénicaud en est convaincue : 50 % des emplois seront transformés dans les dix prochaines années. Par ailleurs, entre 10 et 20 % de nouveaux emplois vont faire leur apparition. La formation professionnelle doit donc complètement être repensée. C’est l’objectif des 12 mesures annoncées par le gouvernement, notamment à destination des salariés les moins qualifiés, des Français au chômage ou travaillant à temps partiel.

L’accès à la formation professionnelle demeure très inégal en France. En effet, seulement 34 % des ouvriers ont accès à la formation professionnelle chaque année, contre 66 % des cadres. Les inégalités sont également particulièrement marquées en fonction de la taille des entreprises. Seulement 35 % des salariés dans les TPE ont accès à la formation, contre 62 % dans les entreprises de plus de 250 salariés. La réforme prévoit donc un système de solidarité des grandes entreprises vers les TPE et les PME pour faciliter l’accès de leurs salariés à la formation.

Accélérer la transformation des métiers et des mutations technologiques

La formation professionnelle doit être repensée pour incorporer les nouveaux métiers et les nouvelles technologies. Réalité augmentée, robotique ou cobotique, big data et numérique… des directeurs aux opérateurs et aux techniciens, tous les métiers sont concernés. Le manque de formation se fait déjà sentir. Selon l’Insee, 32% des entreprises citent le manque de main d’oeuvre compétente disponible parmi les barrières à l’embauche. Ce frein est particulièrement marqué dans le bâtiment (50%) et dans l’industrie (38%).

Dans ce contexte, l’innovation pédagogique sera favorisée pour encourager les formations innovantes – Moocs, e-learning, tutoriels vidéos, tablettes interactives, réalité virtuelle ou augmentée – et développer la formation en situation de travail. « L’action de formation se dilue aujourd’hui dans un faisceau de pratiques formatives bien plus larges qu’auparavant : la formation à distance, le digital learning, le coaching, le mentoring, par exemple, s’adaptent bien aux nouvelles organisations de travail », précise Claire Pascal, Directeur Général de Comundi et membre du Conseil d’Administration de la Fédération de la Formation Professionnelle.

Des évolutions concrètes

Afin de rendre les formations plus accessibles, tous les salariés verront désormais leur Compte Personnel de Formation (CPF) crédité de 500 euros par an et plafonné à 5000 € pour choisir eux-même leurs formations. Les salariés non qualifiés dont l’emploi pourrait être menacé à l’avenir verront leurs droits majorés à 800 euros par an, plafonné à 8000€. Les entreprises auront un taux de cotisation formation de 1 %, prélevé par l’Urssaf, dédié aux dispositifs obligatoires dont le CPF.

Les salariés à temps partiel seront également mieux lotis, puisqu’ils bénéficieront des mêmes droits que les salariés à temps plein. Cette mesure bénéficiera principalement aux femmes, souligne le gouvernement, puisqu’elles représentent 80 % des salariés à temps partiel. Un Plan d’investissement dans les compétences sera consacré aux demandeurs d’emploi et aux jeunes. Doté de 15 milliards d’euros, il vise à former un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et un million de jeunes éloignés de l’emploi supplémentaires d’ici 5 ans. L’accent sera particuièrement mis sur l’évolution des métiers et les grandes transformations, notamment numériques et écologiques.

Pour informer tout un chacun plus facilement sur le droit à la formation, une application mobile CPF sera développée. Chaque salarié ou demandeur d’emploi pourra y consulter ses droits acquis, ainsi que les formations disponibles et les avis laissés par les personnes déjà formées. Il pourra directement s’inscrire à la session de son choix.

Par Matthieu Combe, journaliste scientifique


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