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L’Europe parie sur les gigafactories d’IA pour rester dans la course

Posté le 20 août 2026
par Philippe RICHARD
dans Informatique et numérique

L'Union européenne a lancé le 30 juillet 2026 un appel d'offres pour construire jusqu'à sept "gigafactories" d'intelligence artificielle sur son territoire. L'objectif : rattraper le retard accumulé face aux États-Unis et à la Chine, et sortir de la dépendance aux clouds étrangers.

Gigafactory. C’est devenu le nouveau mantra de l’Europe pour tenter de ne pas être dépassée par les Américains et les Chinois dans la course à l’IA. Une gigafactory n’est pas une usine classique. C’est un centre de calcul géant. Équipé de dizaines de milliers de processeurs de pointe, il est capable d’entraîner les futurs modèles d’IA qui seront le cerveau des voitures autonomes, aideront au diagnostic médical ou optimiseront des usines.

L’idée remonte à février 2025. Lors du sommet de Paris sur l’IA, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, évoque ce projet. En un mot, une gigafactory serait pour l’IA ce que le CERN représente pour la physique des particules.

Pour ces gigafactories de l’IA, l’Europe met sur la table dix milliards d’euros, répartis à parts égales entre l’UE et les États membres, avec l’espoir d’attirer au moins vingt milliards supplémentaires de fonds privés.

Dix-huit pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, cofinancent le dispositif. L’appel se divise en deux lots : quatre projets à 500 millions d’euros mobilisant au moins 75 000 processeurs, et des installations plus massives encore, à 100 000 processeurs. Les candidatures doivent être déposées avant le 12 novembre prochain, la sélection des lauréats est attendue début 2027, et les premières machines ne devraient pas tourner avant 2028.

Paris a confirmé son intérêt dès le 30 juillet, en s’engageant à commander pour 100 millions d’euros de capacité de calcul auprès du projet retenu sur son sol, destinée à l’administration, à la recherche et à l’hôpital public. Un consortium tricolore baptisé AION s’est déjà formé en mai, rassemblant Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, iliad, Orange et Scaleway.

Les atouts de l’Europe et… ses divisions

Les atouts français sont réels. Tout d’abord, un écosystème IA dynamique porté par des acteurs comme Mistral AI, Hugging Face (attaqué par un modèle IA d’OpenAI…) ou le CEA. La France peut se targuer également d’avoir une électricité largement décarbonée grâce au nucléaire. Mais, la concurrence est rude : l’Espagne, l’Italie et des pays d’Europe de l’Est comme la Pologne sont aussi sur les rangs.

Au-delà de la compétition industrielle, ces gigafactories promettent des retombées concrètes : création d’emplois qualifiés dans l’ingénierie et la data, amélioration potentielle des services publics (santé, éducation, transports), et surtout un hébergement des données en Europe, sous le régime du RGPD, plutôt que sur des serveurs étrangers.

Mais ça ne sera pas une balade tranquille. Plusieurs obstacles vont se présenter devant les Européens. Pour commencer, le coût est colossal. Deuxième obstacle : la pénurie de talents en IA freine déjà l’Europe. Enfin, la question énergétique divise, entre partisans du nucléaire et défenseurs des renouvelables pour alimenter ces installations très gourmandes. Sans oublier l’éternelle problématique de la coordination entre 27 États membres aux intérêts parfois divergents.

L’Europe s’invite dans une course contre la montre. Car les États-Unis et la Chine continuent d’avancer. Le risque, si l’Europe traîne, est de voir ses propres champions de l’IA, comme Mistral AI, tentés de s’installer ailleurs faute d’infrastructures suffisantes chez eux.


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