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Décryptage

L’homme du futur : plus rapide, plus fort et plus intelligent ?

Posté le 31 mars 2016
par La rédaction
dans Innovations sectorielles

De l’homme réparé à l’homme augmenté, il n’y a qu’un pas. Les NBIC permettent d’ores et déjà de décupler nos sens, jusqu’à nous permettre de communiquer par téléphathie, comme des Superman 2.0.

“Nous voulons voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la Lune, tutoyer les galaxies”, écrit Ray Kurzweil, chef de file des transhumanistes, dans son livre, “Humanité 2.0”. Un fantasme de fan de science-fiction ? Pas seulement. Les “Human Enhancement products” (produits destinés à augmenter nos capacités) se développent lentement, nous permettant déjà de devenir des Superman.

Aujourd’hui, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) permettent d’aller plus loin que la simple réparation. Selon le biologiste français Serge Picaud, qui conçoit, à l’Institut de la vision à Paris, la rétine artificielle qui succèdera à Argus II, les interfaces homme-machine, qui permettent de bouger une prothèse ou un exosquelette par la pensée grâce à des implants, “feront partie du quotidien d’ici 10 ans”.

Superforce : les exosquelettes décuplent vos forces

Côté exosquelettes, l’idée n’est pas juste de permettre aux paralytiques de remarcher. Ainsi, la DARPA, agence de recherche de l’armée américaine, planche sur des combinaisons robotiques permettant aux soldats de porter des charges lourdes, décuplant ainsi leur “force”.

Panasonic

De tels exosquelettes intéressent aussi le monde de l’assistance à la personne, notamment pour aider les infirmières à porter les patients. “Muscle Suit”, conçu par des chercheurs de l’Université des Sciences de Tokyo, se sangle dans le dos. Il permet de rendre une charge “trois fois plus légère”. En France, Exhauss commercialise déjà une gamme d’exosquelettes du même type. D’autres sont notamment utilisés par les ouvriers japonais de Panasonic : ils leur permettent de porter facilement des poids de 30 kilos.

Supervitesse : des “chaussures bioniques”

Les prothèses de jambes peuvent quant à elles, d’ores et déjà, permettre de courir plus vite. On se souvient du coureur handicapé Oscar Pistorius, et de ses prothèses en fibre de carbone, les “Flex-Foot Cheetah”, qui lui conféraient un avantage sur ses concurrents valides. L’inventeur américain Keahi Seymour s’en est inspiré, pour concevoir des chaussures permettant de courir à 40 km/h.

Grâce à des matériaux en fibre de carbone et à un système de ressorts imitant le talon de l’autruche, ses “Bionic Boot” permettent de courir plus vite et de sauter plus haut, sans se fatiguer. Selon Seymour, la prochaine version de ses chaussures seront munies d’un “retour de force électronique”, qui permettra de courir jusqu’à 70 km/h.

 

Supervision : les lentilles bioniques améliorent la vue

Les rétines artificielles, les implants cochléaires, les systèmes de “feedback tactile” et les nez électroniques seront-ils un jour utilisés pour autre chose que la simple récupération d’une facultée perdue – jusqu’à décupler nos sens ? Certains transhumanistes se sont déjà lancés, allant jusqu’à “bricoler” leur corps pour augmenter leurs capacités, tel un mécano humain. Ils se sont surnommés les “body hackers”.

Plutôt que de simplement “rendre la vue”, des dispositifs permettent déjà de voir autrement. En 2015, Science for the masses, un groupe de “body hackers”, a mené une expérience. L’un de ces “chercheurs indépendants” s’est injecté une molécule chimique, qui transforme temporairement le fonctionnement de l’oeil. Cette molécule photosensibilisante, la chlorine e6 (Ce6), absorbe les rayons lumineux – on la retrouve dans l’organisme de certains poissons des abysses. Le body hacker qui a mené l’expérience, Gabriel Licina, indique dans son étude avoir été capable d’identifier “sans erreur” des formes d’objets en forêt, et des individus, en pleine nuit, à une distance de 25 à 50 mètres.

Rêvant d’aller plus loin que les rétines artificielles comme Argus II, un optométriste canadien, Garth Webb, fondateur d’Ocumetics, a conçu une lentille bionique, qui pourrait remplacer les lunettes et les lentilles de contact actuelles. Selon l’optométriste, il serait possible d’offrir, avec ses lentilles bioniques, d’améliorer la vision, et de voir “3 fois mieux” que quelqu’un ayant une vision de 20/20. Garth Webb repousse encore les limites en imaginant que ses lentilles puissent être un jour équipés d’une connexion Bluetooth, afin de les transformer en un dispositif bionique de réalité augmentée, façon Google Glass.

Superintelligence : l’interface homme-machine

Le cerveau n’est pas non plus en reste. Les scientifiques essaient de le “stimuler”, d’activer ou d’inhiber certaines de ses zones. “L’interface cerveau-machine”, c’est-à-dire la connection du cerveau et d’une machine via des électrodes, a déjà permis de supprimer les symptômes de 40.000 malades atteints de la maladie de Parkinson.

Cette technologie conçue par des chercheurs du CHU de Grenoble, qui passe par un “stimulateur cérébral”, devrait permettre de soigner les maladies neuro-dégénératives et la dépression. Pour les transhumanistes, la “neurostimulation” pourrait permettre de réduire, aussi, la sensation de faim, de soif ou de fatigue.

Kevin Warwick, professeur de cybernétique, porte-drapeau des “body hackers”

Reste la possibilité de déplacer des objets à distance, permise par l’interface homme-machine. Le système BrainGate est utilisé par des tétraplégiques pour déplacer des objets par la pensée, allumer la lumière, surfer sur Internet ou zapper sur la télé. Une puce, implantée dans le cerveau, convertit l’intention de l’utilisateur en commandes informatiques, destinées à un ordinateur.

Bientôt, une interface cérébrale non invasive – c’est-à-dire sans implant, mais juste en apposant des électrodes sur le cuir chevelu, devrait permettre à un handicapé de bouger son fauteuil roulant de lui-même, par la pensée.

Bien décidé à profiter de l’interface homme-machine, le professeur de cybernétique Kevin Warwick, porte-drapeau des “body hackers”, s’est greffé des électrodes dans le corps, qui lui permettent de commander des machines par la pensée – il peut notamment ouvrir les portes sans y toucher. A noter que certains body hackers conçoivent aussi des stimulateurs cérébraux maison, destinés à augmenter leurs capacités cognitives. Mais leur efficacité reste évidemment à prouver.

Télépathie et “brain-to-brain communication”

Kevin Warwick voudrait aller encore plus loin, et s’injecter une puce dans le cerveau… afin de communiquer par télépathie. C’est le concept de la “Brain-to-Brain Communication” (communication cerveau à cerveau). Des chercheurs de  l’Université de Barcelone et de l’Ecole médicale de Harvard ont déjà mené l’expérience avec succès : deux scientifiques ont réussi à communiquer par télépathie – l’un basé en France, l’autre en Inde.

Pour s’envoyer des “messages par la pensée”, les chercheurs ont utilisé un casque EEG (électroencéphalographe – qui mesure l’activité électrique du cerveau par des électrodes), afin de “comprendre” et de “décoder” le message, avant de l’envoyer. Le destinataire était muni d’un dispositif de stimulation magnétique transcranienne (TMS), utilisé normalement dans un cadre médical, pour diagnostiquer des troubles neurologiques – et qui lui a permis de “comprendre” le message reçu… en modifiant l’activité électriques des neurones de son cerveau.

Par Fabien Soyez


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