Les constructeurs automobiles chinois se sont-ils pris de passion pour les décors paradisiaques du Maroc ? Si l’on en juge par les investissements massifs entrepris par la Chine ces deux dernières années dans le secteur automobile, le Maroc apparaît, en effet, comme une destination de choix pour les constructeurs chinois.
Selon une étude récente de Fitch Solutions, sur les 183 projets d’investissements d’équipementiers et de constructeurs automobiles recensés dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), entre 2023 et 2025, environ un quart provient d’entreprises chinoises. Le Maroc se taille la part du lion en réussissant à attirer près de la moitié de ces investissements, en particulier dans l’industrie des batteries et des composants liés à la mobilité électrique.
Des projets à foison
Alors que l’activité du Maroc s’était cantonnée à l’assemblage de pièces automobiles, la mise en place récente d’une industrie à forte valeur ajoutée marque une évolution significative des compétences en particulier dans le secteur de l’automobile électrifiée. Plusieurs projets illustrent l’attractivité qu’exerce le Maroc auprès des investisseurs chinois dans ce domaine.
Tout d’abord, Gotion High Tech, sixième fabricant mondial de batteries, porte le projet d’une gigafactory à Kénitra en partenariat avec l’État. Le montant de l’investissement est estimé à environ six milliards d’euros.
Ensuite, une usine dédiée à la fabrication de matériaux critiques pour batteries lithium-ion a été inaugurée en juin 2025 à Jorf Lasfar, à 200 kilomètres au sud de Casablanca. Ce projet est le fruit d’un partenariat entre le groupe chinois CNGR Advanced Materials et le fonds d’investissement marocain Al Mada.
De plus, deux usines de production de cathodes et d’anodes vont également voir le jour dans la zone industrielle Tanger Tech grâce à l’investissement du groupe chinois BTR New Material.
Les nombreux partenariats sino-marocains soulignent la bonne entente diplomatique des deux pays ; il faut rappeler que le Maroc fut le deuxième pays africain à reconnaître la République populaire de Chine en 1958.
Une délocalisation de proximité
La forte attractivité du territoire marocain repose non seulement sur une main-d’œuvre qualifiée mais aussi sur des coûts de production très compétitifs. S’agissant du coût de la main-d’œuvre par véhicule, le Maroc est le leader mondial (106 dollars par véhicule).
Le Maroc détient également 70 % des réserves mondiales de phosphate, un composant indispensable à la fabrication des batteries dites LFP.
En investissant dans ce pays, les constructeurs automobiles profitent d’un écosystème industriel et d’infrastructures logistiques qui ont fait leurs preuves : le Maroc est le premier exportateur automobile vers l’UE notamment grâce à la forte présence de Renault et Stellantis sur le territoire.
Situé aux portes de l’Europe, le Maroc bénéficie d’une position géographique stratégique. La Chine tire profit de conditions optimales d’exportations via le port de Tanger Med, premier port en Méditerranée et en Afrique.
Néanmoins, la principale raison de cette coopération croissante entre Rabat et Pékin est géopolitique : ces projets sont le moyen de contourner les barrières tarifaires instaurées sur les véhicules chinois par l’UE et les États-Unis (taxés jusqu’à 35 %, en plus des 10 % déjà en vigueur et jusqu’à 100 % respectivement). Grâce à des accords de libre-échange que le Maroc a conclus avec Washington et Bruxelles, la Chine profite d’avantages tarifaires pour accéder au marché européen.
Une méthode de contournement déjà mise en pratique sur le sol européen où l’empire du Milieu a multiplié les implantations d’usines d’assemblage rendant, là aussi, les mesures de restrictions prises par l’UE inefficaces. En 2025, l’Europe a même importé davantage de véhicules de Chine qu’elle n’en a exporté.
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