En ce moment

Perturbateurs endocriniens : les pistes pour mieux protéger la population

Posté le 26 avril 2019
par Matthieu Combe
dans Chimie et Biotech

Si l'exposition aux perturbateurs endocriniens peut avoir un effet dévastateur sur la santé, elle peut être plus grave encore pour les personnes les plus sensibles. Personnes âgées, adolescents, mais aussi femmes enceintes et nourrissons ont besoin d'une protection exemplaire. Industriels, scientifiques et associations se demandent comment y parvenir.

« On menace l’avenir de l’avenir, c’est un sujet inédit » déclare Émilie Gaillard, maître de conférences en droit à Sciences Po Rennes. La jeune femme alerte sur les graves risques que les perturbateurs endocriniens font courir à la population, et notamment aux personnes les plus fragiles. Également membre du Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie Génétique (CRIIGEN), elle insiste sur l’urgence d’agir au nom des générations futures. Cet appel à l’action urgente est lié aux découvertes scientifiques de ces dernières années qui démontrent que l’exposition d’une personne aux perturbateurs endocriniens a également une incidence sur la santé de la descendance. Émilie Gaillard aimerait voir les citoyens se mobiliser pour la santé de leur descendance, dans des mouvements similaires à ceux organisés pour la préservation du climat.

Les industriels commencent à s’en préoccuper

De plus en plus d’industriels ont également conscience que la protection de la santé des consommateurs est une question essentielle. Charles Kloboukoff, président-fondateur de la marque de produits bio Léa Nature en fait partie. Pour lui, rechercher des solutions naturelles et bio pour le consommateur est essentiel. « Les perturbateurs endocriniens sont présents dans les emballages, les ingrédients, les additifs et les pesticides. Nous devons donc trouver les solutions pour limiter les sources d’exposition » déclare le président de Léa Nature. Aujourd’hui, cette firme développe un plan pour éradiquer le plastique de ses produits. La chasse concerne également les nitrites du jambon et les nanoparticules.

Léa Nature a investi durant les quatre dernières années 7 millions d’euros dans de nouvelles unités de transformation. Cette modernisation a permis de limiter la contamination des aliments par l’acrylamide – lors des processus de cuisson – et par les dioxines. Ces dernières ont tendance à s’accumuler notamment dans le foie et dans le lait maternel. Or, leur persistance dans le corps humain est de plusieurs années, et à haute dose ces perturbateurs endocriniens sont potentiellement cancérigènes. Charles Kloboukoff explique également que Léa Nature cherche à éliminer tous les perturbateurs endocriniens potentiels de la composition de ses cosmétiques. « C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas de produit solaire, il n’y a pas aujourd’hui de solution bio qui soit satisfaisante » ajoute-il.

Signaler les perturbateurs endocriniens sur les étiquettes

La lutte et la sensibilisation contre les perturbateurs endocriniens se joue également sur le terrain médical. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, des ateliers s’organisent dans les maternités, à l’adresse des femmes enceintes. Ils sont issus du projet Nesting – Nidification en français – porté par l’association Women Engage for a Common Future (WECF) installée aux Pays-Bas et active dans plusieurs pays d’Europe, dont la France. Lors d’ateliers animés par des sages-femmes, les futures mères apprennent à améliorer la qualité de leur environnement. L’objectif : limiter l’exposition du placenta aux perturbateurs endocriniens. Durant six jours, les participantes en apprennent plus sur l’effet cocktail, le principe de précaution et les outils qui leurs permettent de se prémunir, elles et leur progéniture.

« J’ai la fierté de dire que l’on contribue à expliquer ce qu’est un perturbateur endocrinien en France » se félicite Emilie Delbays, responsable formation santé environnementale de l’antenne WECF France. « WECF souhaite qu’une tolérance zéro s’opère pour les produits destinés aux moins de trois ans. Il faudrait étiqueter les produits contenants des substances à risque comme les bouteilles d’alcool » déclare-t-elle. Une mesure souhaitable dans un contexte où des études scientifiques relayées par l’Anses ont démontré que l’exposition aux « parabènes, phtalates et certains phénols » contenus dans les produits cosmétiques engendraient très probablement des « contaminations placentaires ».


Pour aller plus loin