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Trois ans du Plan Eau : un bilan encourageant concernant les actions de l’industrie

Posté le 1 juillet 2026
par Arnaud Moign
dans Matériaux

En 2023, la France lançait son plan d’action pour une action résiliente et concertée de l’eau. Avec ses 53 mesures structurelles, d’incitation ou d’accompagnement des acteurs économiques, le fameux Plan Eau a posé un cadre dont l’objectif est clair : réduire d’au moins 10% les prélèvements d’eau du pays, d’ici 2030. Comment les usines sont-elles impactées par ce plan ?

Des restrictions d’eau encadrées depuis 2023 pour les ICPE

Si la mesure ne fait pas directement partie du Plan Eau, elle en est la conséquence directe : depuis l’arrêté du 30 juin 2023 relatif aux mesures de restriction d’eau pour les ICPE, les installations classées qui prélèvent plus de dix mille mètres cubes d’eau par an ont l’obligation de réduire leurs prélèvements en période de sécheresse.

Cet arrêté n’est pas un dispositif temporaire, mais un véritable outil de gestion de la rareté de l’eau qui s’appuie sur les quatre niveaux de restriction fixés par département (carte disponible sur Vigieau) :

Dans le cas des ICPE, les restrictions prévues par cet arrêté sont par ailleurs standardisées au niveau national. Les ICPE[1] sont ainsi tenues de réduire de 5 % leur consommation en cas d’alerte sécheresse, 10 % en alerte renforcée et 25 % en cas de crise.

En outre, ce texte impose d’avoir une vraie gestion de la ressource en eau, notamment un suivi et un reporting des consommations, et il crée aussi un fort levier incitatif, puisque les exploitants des établissements ayant déjà réduit leur prélèvement d’eau d’au moins 20 % depuis le 1er janvier 2018 ou utilisant au moins 20 % d’eaux réutilisées par rapport à leur prélèvement en eau ne sont pas concernés par les restrictions.

Il faut par ailleurs souligner que les 55 sites industriels qui s’étaient engagés, à travers ce plan, à investir dans le but de réduire leur consommation d’eau ont globalement atteint leurs objectifs. En effet, 3 ans après le lancement du Plan, ces sites ont initié 120 projets (340 millions d’euros d’investissements planifiés), pour 35 millions de mètres cubes d’eau économisés, qui vont s’ajouter aux 60 projets déjà terminés qui ont permis d’économiser 20 millions de mètres cubes d’eau.

Valorisation des eaux usées et non conventionnelles (ENC) : la plupart des freins levés

La valorisation des eaux non conventionnelles, notamment la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), a longtemps été limitée par des freins réglementaires. Or, l’un des objectifs du Plan Eau était justement de lever ces freins. Depuis 2023, il y a donc eu une nette accélération côté législateur, puisque onze textes réglementaires ont été publiés concernant les principaux usages domestiques, agroalimentaires et industriels.

Fin février 2026, le gouvernement recensait déjà 508 installations valorisant les ENC, dont 164 stations d’épuration (STEP) et 344 industries agroalimentaires. Par ailleurs, près de 500 nouveaux projets de REUT et d’ENC sont en cours, dans les industries agroalimentaires. L’objectif de 1 000 projets de valorisation d’ENC d’ici fin 2027 demeure donc atteignable.

Restrictions d’eau dans l’industrie : 2026 sera-t-elle une année « critique » ?

L’année 2025 a été marquée par un été très sec. Malheureusement, l’année 2026 ne semble pas mieux partie, puisque le déficit pluviométrique national était déjà de 47 % en juin. Les deux épisodes de canicule précoce n’ont rien arrangé, si bien qu’au 24 juin, 79 départements avaient déjà pris des mesures de restrictions d’usage. Par ailleurs, le retour annoncé d’une chaleur généralisée la deuxième semaine de juillet n’augure rien de bon.

Restrictions d’eau au 29 juin © Météo Consult / La chaîne Météo

Quel impact sur l’industrie ?

Premier signal inquiétant : les réacteurs de la centrale de Golfech ont déjà dû être arrêtés en juin 2026, afin de respecter les seuils d’échauffement réglementaires (28°C en Garonne), une situation similaire à celle connue fin juillet 2022.
Mais ce n’est pas le seul exemple relevé lors de cette canicule précoce : la société Altho (chips Brets) a été contrainte de suspendre sa production sur ses usines de Pontivy (56), afin de préserver l’alimentation en eau potable de la population et du centre hospitalier, une situation inédite qui a engendré des pertes économiques.

L’été s’annonce particulièrement chaud et sec. Il est donc plus que probable que l’industrie sera fortement impactée par des restrictions d’eau et des arrêts de production.

Le Plan Eau, dont le bilan officiel des trois ans affiche 77 % de mesures déjà mises en œuvre, n’est donc pas superflu. Il est même indispensable compte tenu de la récurrence de ces situations de sécheresse.


[1] L’arrêté comprend aussi de nombreuses exemptions détaillées à l’article 3


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