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Avec Lucy, l’Europe entre dans l’ère du calcul hybride quantique

Posté le 17 avril 2026
par Aliye Karasu
dans Informatique et numérique

Le plus puissant ordinateur quantique au monde basé sur une technologie photonique vient d’être inauguré au CEA. Étape majeure vers l’informatique hybride quantique, cette nouvelle capacité de calcul offre aux scientifiques et aux industriels de nouvelles pistes de recherches et d’applications dans de nombreux domaines. Elle représente aussi un atout stratégique pour l’Europe qui souhaite bâtir une filière quantique souveraine.

Lucy est désormais accessible gratuitement aux acteurs de la recherche et de l’industrie. L’ordinateur quantique photonique a été inauguré le 14 avril dernier au Très Grand Centre de calcul du CEA (TGCC). Couplé au supercalculateur Joliot-Curie hébergé au TGCC, il avait été livré le 15 octobre 2025, mais était jusqu’à présent en phase d’acceptation avant son ouverture aux chercheurs.

Une puissance au service de la recherche

Le modèle repose sur la technologie photonique qui utilise la lumière comme support de l’information quantique. Équipé d’une capacité de douze qubits photoniques, l’ordinateur est capable de réaliser 576 opérations quantiques par seconde. Son couplage au supercalculateur qui dispose d’une capacité de 22 pétaflops (22 millions de milliards d’opérations par seconde) permet d’associer calcul intensif et calcul quantique. Cette intégration permet de traiter de manière accélérée de grandes quantités d’informations afin de résoudre des problèmes complexes.

La robustesse de la technologie photonique permet à l’ordinateur quantique de se passer de systèmes de protection thermique ou anti-vibrations. La technologie employée est peu gourmande en énergie puisque 5 kW suffisent pour faire fonctionner le système contre plus de 25 pour certains systèmes supraconducteurs. Ce potentiel de calcul haute performance peut être mis à la disposition des chercheurs pour des projets de recherche portant sur l’optimisation de réseaux logistiques ou de procédés industriels, la simulation de nouveaux matériaux, la modélisation des risques financiers ou la conception aérospatiale.

Le fruit d’une coopération européenne pour une souveraineté numérique

Acquise par EuroHPC, dans le cadre du consortium EuroQCS-France via GENCI[1], cette nouvelle machine marque une étape décisive pour la filière quantique européenne.

Lucy est le résultat d’une coopération industrielle franco-allemande. Elle est fondée sur la technologie photonique de l’industriel français Quandela qui a assuré l’intégration finale dans son usine de Massy en seulement douze mois et sur des systèmes cryogéniques conçus par l’allemand attocube. Constitué à 80 % de composants d’origine européenne, Lucy est aussi la démonstration des capacités technologiques quantiques de l’Europe. Dans le cadre du projet européen HPCQS[2] qui vise à créer des machines hybrides mêlant HPC classique à accélérateurs quantiques, la pépite française Pasqal avait livré, en juin 2024, au GENCI une première machine quantique baptisée « Orion » de plus de 100 qubits destinée à être couplée au supercalculateur Jolio-Curie.

La partie française de l’ordinateur quantique Lucy est soutenue via le programme Hybrid Quantum Infrastructure déployé dans le cadre de la Stratégie Nationale Quantique, souhaitant positionner la France à l’avant-garde des technologies quantiques. Dans ce but, le programme PROQCIMA, piloté par la Direction générale de l’armement, a été lancé en 2024 par le gouvernement. Il repose sur un accord-cadre de 15 ans avec cinq start-up françaises (Pasqal, Alice & Bob, Quandela, C12 et Quobly) qui travaillent à la conception d’un calculateur quantique. En 2032, au moins deux prototypes d’ordinateurs quantiques universels avec 128 qubits logiques devront être livrés.


[1] Grand équipement national de calcul intensif

[2] High-Performance Computer and Quantum Simulator hybrid


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