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Carrefour du commerce mondial, le canal de Panama affronte la sécheresse

Posté le 11 septembre 2026
par Aliye Karasu
dans Environnement

Ayant transformé le commerce maritime en évitant aux navires le long et périlleux détour par le cap Horn, le canal de Panama est un point de passage géostratégique à l’ère de la mondialisation. Néanmoins, un tout autre défi l’attend ces prochains mois : le phénomène El Niño. Cette perturbation quasi périodique des courants océaniques dans le centre et l'est de l'océan Pacifique pourrait provoquer une sécheresse d’une ampleur inédite.

Dans un petit pays d’Amérique centrale, le Panama, situé dans l’isthme qui relie l’Amérique du Nord et l’Amérique latine, se trouve le canal de Panama, long de 77 kilomètres. Inauguré en août 1914, à l’aube de la Première Guerre mondiale, ce lieu de convergence de la circulation maritime couvre environ 5 % du trafic mondial en assurant la liaison de l’océan Pacifique à la mer des Caraïbes, puis à l’océan Atlantique.

Des écluses ou ascenseurs à bateau

Le fonctionnement du Canal de Panama repose sur une structure composée de trois grands ensembles qui se succèdent : une première série d’écluses suivie par le lac artificiel Gatún et enfin, une seconde série d’écluses. Prenons la mer des Caraïbes comme point de départ. Le navire arrivant traverse une grande baie et passe, guidé par des remorqueurs, la première série de grandes écluses qui l’élève à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces écluses jouent donc le rôle d’un ascenseur hydraulique capable de soulever le navire grâce à l’action de la gravité qui permet à l’eau de s’écouler depuis le lac Gatún pour remplir et vider les chambres des écluses. Durant la seconde phase du transit maritime, le navire navigue sur le gigantesque lac avant de redescendre au niveau de la mer en empruntant la seconde série d’écluses. Ayant désormais atteint l’Océan pacifique après un passage qui aura duré 8 à 10 heures, le navire peut reprendre sa route.

Montrant dès les années 1970 ses insuffisances en capacité pour accueillir les grands navires de commerce, le canal de Panama subit d’importants travaux d’agrandissement entre 2007 et 2016 pour s’adapter au gigantisme des porte-conteneurs.

Doté de nouvelles écluses d’un gabarit très supérieur, le canal a été inauguré le 26 juin 2016. Les nouvelles dimensions ont fait évoluer la norme Panamax, la principale norme mondiale de construction des navires marchands, pour laisser la place aux navires Neopanamax.

Composer avec El Niño

Le fonctionnement de ces écluses reposant sur l’eau de pluie, l’activité du canal est fortement tributaire des conditions météorologiques. À chaque passage, ce sont 200 millions de litres d’eau douce qui sont rejetés à la mer.

En particulier, le phénomène El Niño[1], qui survient tous les deux à sept ans, fragilise le canal en provoquant une augmentation des températures[2] dans le centre et l’est du Pacifique, qui se traduit par une baisse des précipitations qui approvisionnent habituellement le lac en eau douce.

La baisse très forte des précipitations dans cette région ces derniers mois a conduit l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à alerter sur les températures bien supérieures à la normale à la surface de la mer.

Ainsi, l’OMM prévient : « El Niño devrait continuer de se renforcer ces prochains mois et atteindre une très forte intensité avant de parvenir à son apogée vers la fin de l’année ». L’épisode devrait se prolonger jusqu’en 2027.

Le niveau du lac ayant baissé à cause de la sécheresse, l’Autorité du canal (ACP) a réduit le trafic de 36 à 34 transits par jour depuis le 3 septembre et annoncé une seconde réduction à 32 transits qui prendra effet à la mi-septembre. Ce chiffre pourrait continuer à baisser, sachant que l’épisode El Niño survenu en 2023 avait conduit à réduire de 38 à 22 le nombre de passages par jour.

Anticipant ces épisodes, un immense réservoir, le lac de Río Indio, doit être construit. Même s’il implique le déplacement de 2 000 personnes, ce projet semble vital pour l’État, l’activité du canal lui rapportant près de trois milliards de dollars par an.


[1] « Petit garçon » ou « enfant Jésus » en espagnol, le phénomène se manifestant autour de Noël

[2] À l’extrême opposé, la phase La Niña se caractérise par des températures anormalement basses dans la même région


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