Si leur définition n’est pas encore clairement établie, toutes ces molécules ont en commun de comporter un ou plusieurs groupements carbone-fluor. Or, cette liaison C-F est l’une des plus fortes et des plus stables de la chimie organique, conférant aux PFAS des propriétés exceptionnelles : anti-adhérence, propriétés antitaches, caractère oléophobe, imperméabilité, stabilité à haute température.
Suite aux premiers développements dans les années 1930-1940, ces propriétés « magiques » ont rapidement rendu les PFAS indispensables et conduit à leur développement commercial massif à partir des années 1950, ce jusqu’à leur déclin au début de la décennie 2020, suite à la révélation de l’ampleur de la contamination par les PFAS.
En effet, cette hyperstabilité des PFAS est aussi leur défaut majeur, puisque les PFAS ont tendance à se dégrader très difficilement, à tel point qu’on les qualifie souvent de « polluants éternels ». Bien que ce terme soit exagéré, la dégradation des PFAS étant possible, ces molécules sont tellement persistantes qu’une fois rejetées, elles s’accumulent dans l’environnement pendant des décennies, voire des siècles.
Les PFAS : une famille immense, mais seulement une poignée de molécules surveillées
Derrière l’acronyme PFAS se cache une immense famille qui contiendrait plus de 14 000 substances, selon l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA).
Malheureusement, parmi ces milliers de substances, seule une dizaine de PFAS font l’objet d’une surveillance ciblée. L’annexe I de la nouvelle directive « Eau potable » de l’UE définit ainsi une liste de 20 PFAS spécifiques, qui ont été sélectionnés d’après leur fréquence de détection en Europe et leur toxicité. Pour ces 20 substances, des obligations de contrôle s’appliquent ainsi depuis 2026 pour tous les États membres. Par ailleurs, la France avait devancé cette mesure dès 2023 et ajoutera deux nouveaux PFAS problématiques en 2027 (le TFA et le 6:2 FTSA).
L’ampleur de la pollution aux PFAS va bien évidemment au-delà de cette poignée de substances surveillées. Des travaux conduits par l’Ifremer ont par exemple permis de détecter la présence de 79 PFAS différents dans des moules et huîtres prélevés près des côtes françaises.
Dans un article pour le média The Conversation, les auteurs référents de l’étude[1] affirment que ces travaux ont conduit à l’identification de zones fortement contaminées aux PFAS, aussi bien en termes de diversité que de concentration. Ils citent : « les estuaires de grands fleuves (Seine, Loire et Rhône) et les zones fortement industrialisées, telles que l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône) sur la côte méditerranéenne ».
L’étude révèle aussi que ces substances non surveillées et non réglementées peuvent être présentes à des concentrations très élevées dans les organismes marins, alors que les composés surveillés le sont à des concentrations inférieures aux seuils fixés pour la consommation humaine !
En clair, les PFAS généralement recherchés et réglementés ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la pollution aux PFAS : selon l’Ifremer, dans le cas des moules bleues analysées, « les concentrations totales (pour la totalité des PFAS détectés) atteignaient des valeurs plus de 70 fois supérieures à celles du seuil des quatre composés réglementés ».
Des substances dont la toxicité est mal connue
Les PFAS sont une famille tellement immense que la toxicité des composés est souvent mal connue, voire totalement inconnue, à part pour certains PFAS particulièrement problématiques et donc très étudiés, comme le PFOS et le PFOA.
Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile de lier l’apparition d’une pathologie à une substance, compte tenu de l’exposition permanente des populations humaines à un vaste cocktail de molécules toxiques : métaux lourds, pesticides, PFAS, microplastiques, etc.
Pour établir une évaluation, complète des risques de la « famille PFAS », la conduite d’études écotoxicologiques spécifiques sur les précurseurs et leurs produits de transformation sera donc incontournable.
Néanmoins, tester un par un des milliers de PFAS dans le but d’attendre des données complètes pour chaque substance est quasi impossible, dans un temps raisonnable ! Les approches collectives, ciblant quelques dizaines ou centaines de PFAS moins étudiés, sont donc privilégiées par les autorités, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis.
Outre-Atlantique, la NIH a ainsi choisi d’étudier 150 PFAS « pour des essais de toxicité par paliers, facilitant ainsi l’interprétation de ces résultats ainsi que l’identification des priorités en matière d’évaluation des risques et des lacunes dans les données pour les recherches futures ».
En France, l’Anses considère, de son côté, que l’absence de données toxicologiques pour un PFAS ne doit jamais être interprétée comme une absence de risque, ce qui justifie une surveillance élargie.
L’agence a ainsi décidé d’élargir la surveillance des PFAS à 105 PFAS supplémentaires (247 PFAS sont désormais surveillés) et recommande d’actualiser cette surveillance « au gré de l’acquisition de nouvelles données de contamination et de toxicité ».
[1] Ninon Serre, Docteure en chimie environnementale et Yann Aminot, Biogéochimiste des contaminants organiques
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