Le maïs a subi de plein fouet les effets de la sécheresse et des périodes de canicule cette année. Selon les statistiques du ministère de l’Agriculture, les rendements de cette culture devraient baisser de plus de 25 % par rapport à l’année précédente. Face au réchauffement climatique, des chercheurs de l’Inrae et d’AgroParisTech suggèrent qu’une autre céréale pourrait prendre une place plus importante dans les systèmes de culture européens au cours du siècle : le sorgho. Dans une étude publiée dans la revue Earth’s Future, ils estiment que la hausse des températures devrait avoir un impact globalement positif sur les rendements moyens de cette céréale.
Pour établir leurs projections, les scientifiques ont développé un modèle d’apprentissage automatique capable d’estimer les rendements du sorgho à partir de données climatiques. Celui-ci a été entraîné à l’aide de données historiques de production recueillies entre 2000 et 2020 en France, en Italie, en Espagne et aux États-Unis. Les rendements potentiels ont ensuite été évalués selon différents scénarios climatiques, en tenant compte de cinq modèles climatiques mondiaux.
À l’échelle européenne, le rendement moyen simulé passerait de 3 tonnes par hectare à 3,4 ou 3,5 tonnes vers le milieu du siècle, selon le scénario considéré. Et d’ici à la fin du siècle, il pourrait même atteindre 3,5 tonnes dans le scénario de réchauffement modéré et jusqu’à 3,8 tonnes dans celui de fortes émissions.
Toutes les régions ne deviendraient pas pour autant plus favorables à la culture. Dans presque tous les scénarios étudiés, les rendements pourraient diminuer dans le sud de l’Europe, notamment en Espagne, dans le sud de la France et de l’Italie, où des baisses pourraient atteindre 1,5 tonne par hectare. À l’inverse, certaines régions situées au nord, comme en Pologne, en Lituanie et dans le nord de l’Allemagne, pourraient connaître des hausses allant jusqu’à trois tonnes par hectare d’ici à la fin du siècle. Par ailleurs, l’augmentation des rendements dans certaines parties du nord de l’Europe pourrait s’accompagner d’une variabilité annuelle plus importante.
Une alternative au maïs pour nourrir le bétail
Malgré tout, la part des terres cultivées européennes présentant un potentiel de rendement élevé et relativement stable pour le sorgho pourrait augmenter, passant de 22 % des terres cultivées européennes dans les conditions climatiques actuelles à une fourchette comprise entre 29 % et 34 % d’ici à la fin du siècle. Dans l’hypothèse, jugée peu probable par les chercheurs, où l’expansion du sorgho se ferait uniquement aux dépens du maïs, les surfaces européennes consacrées à cette dernière culture pourraient diminuer de 44 à 57 %, soit de 8 à 9 millions d’hectares.
Face à cette augmentation de la production, l’un des principaux débouchés envisagés pour le sorgho serait l’alimentation animale. Cette céréale est déjà principalement utilisée à cette fin en Europe, même si sa production reste limitée. Actuellement, elle ne représente en effet qu’environ 0,1 % des surfaces cultivées en Europe. Si le sorgho était cultivé une année sur trois dans les rotations, sa production pourrait représenter au moins 90 % de la quantité de maïs actuellement utilisée pour nourrir le bétail en Europe.
Si ce scénario se concrétise, il permettrait de diversifier les approvisionnements tout en réduisant la dépendance à une seule culture estivale. Le maïs présente en effet l’inconvénient d’être particulièrement sensible aux épisodes de chaleur et au stress hydrique, tandis que le sorgho résiste mieux à la sécheresse et nécessite généralement moins d’eau et d’engrais.
Cependant, le développement du sorgho n’est pas pour autant garanti. Les filières de commercialisation et de transformation de cette céréale restent pour le moment beaucoup moins développées que pour le maïs. De plus, de nouvelles variétés devront être développées pour que cette plante soit mieux adaptée aux conditions européennes, en veillant notamment à ce qu’elle soit plus résistante au froid et qu’elle arrive à maturité plus tôt. Pour les auteurs, le sorgho ne doit pas être considéré comme un substitut universel au maïs, mais comme un outil supplémentaire d’adaptation au changement climatique.
Dans l'actualité
- Agriculture : un plan d’urgence de plus d’un milliard d’euros face au choc de la sécheresse
- Carrefour du commerce mondial, le canal de Panama affronte la sécheresse
- Comment les canicules perturbent le fonctionnement du réseau ferré
- En réduisant sa pollution, l’Europe a accéléré son réchauffement estival
- Climat : la moitié de l’empreinte carbone française est désormais importée
- Adapter l’industrie maintenant pour éviter la facture climatique de demain
Dans les ressources documentaires