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La Liste rouge veut protéger les dunes méditerranéennes

Posté le 20 mai 2020
par Matthieu Combe
dans Environnement

La Liste rouge des écosystèmes en France estime que 7 des 9 écosystèmes constituant les cordons dunaires et les rivages sableux en Méditerranée sont menacés. Aurélien Carré, chargé de mission «Liste rouge des écosystèmes» à l’UICN, résume ces résultats.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en partenariat avec l’Office français de la biodiversité (OFB), le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) et des spécialistes des milieux littoraux méditerranéens publient le premier volume de leur évaluation portant sur les écosystèmes des littoraux sableux méditerranées en France. Leurs résultats montrent que 7 des 9 écosystèmes constituant les cordons dunaires et les rivages sableux méditerranées sont « en danger » ou « vulnérables ». L’évaluation relève la fragmentation de ces écosystèmes, leur dégradation et leur artificialisation depuis les années 1960. Actuellement, la fréquentation touristique bouleverse encore davantage la dynamique des sédiments, aggravant l’érosion côtière.

Des dunes menacées de la côte jusqu’à l’intérieur des terres

Les cordons dunaires en région méditerranéenne française consistent en une succession d’écosystèmes, le plus souvent de la plage jusqu’aux lagunes intérieures. Les 9 écosystèmes évalués sont les plages sableuses, les laisses de mers végétalisées, les dunes embryonnaires, les dunes blanches, les dunes grises et les dépressions dunaires humides, ainsi que des formations arbustives ou forestières : les fruticées dunaires, les junipéraies dunaires et les dunes boisées. Parmi ces écosystèmes, les dunes blanches constituent l’écosystème le plus menacé, évalué « en danger ». Les fruticées dunaires sont classées en « préoccupation mineure », lorsque les données demeurent insuffisantes pour les dépressions dunaires. Toutes les autres formations sont classées « vulnérables ».

La situation est particulièrement critique dans le Golfe du Lion. Historiquement, de nombreuses dunes blanches ont disparu au profit d’une urbanisation implantée directement en haut de plage. « Les dunes blanches qui restent aujourd’hui sont très proches des zones urbaines, d’infrastructures linéaires ou des parkings, ce qui bloque totalement leur mobilité, explique Aurélien Carré, chargé de mission « Liste rouge des écosystèmes » à l’UICN. Les touristes vont également piétiner les dunes, ce qui bouleverse la répartition des espèces le long du cordon dunaire, et accélère l’érosion ». Mais le bon état écologique de la dune blanche et sa mobilité sont nécessaires pour assurer le stockage du sable et le rechargement efficace des plages. « La protection des littoraux sableux passe par la protection des dunes blanches encore en bon état contre l’artificialisation et le piétinement touristique », défend Aurélien Carré.

De bonnes pratiques à développer

L’étude des données historiques et actuelles montre que l’érosion à tendance à s’accentuer. Le réchauffement climatique entraînant la montée du niveau marin et la hausse des événements climatiques extrêmes, devrait amplifier le phénomène. L’érosion des plages se trouve déjà en partie renforcé par les pratiques de ramassage des laisses de mer. « Ces dépôts de matières organiques mortes se déposent sur les plages et fournissent des nutriments aux espèces animales et végétales qui s’y développent, détaille Aurélien Carré. En les retirant avec des engins de nettoyage, on supprime l’unique source de matière nutritive de plusieurs espèces vivant sur les plages, notamment les invertébrés enfouis dans le sable, et on accentue leur déclin ». Une bonne protection des dunes passera ainsi par une meilleure politique de gestion des laisses de mer.

« Localement, la construction de brise lames et de digues a pu avoir des effets bénéfiques contre l’érosion des plages, mais ces enrochements ont le plus souvent accéléré la tendance globale au recul du trait de côte, analyse Aurélien Carré. Il faut plutôt mettre en place des solutions douces de lutte contre l’érosion, et favoriser les solutions fondées sur la nature pour redonner une dynamique naturelle à ces écosystèmes à une plus large échelle. »

Les cordons dunaires et rivages sableux représentent environ 26 % du linéaire côtier méditerranéen français. Le reste du littoral est essentiellement constitué de falaises et de côtes rocheuses. L’UICN évalue actuellement ces autres écosystèmes, avec les cordons de galets, et devrait publier ses résultats d’ici la fin de l’année. Un troisième volume sera consacré aux marais côtiers et zones humides littorales méditerranées en 2021.


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