Décryptage

Demain, vivrons-nous 1000 ans ?

Posté le 31 mars 2016
par La rédaction
dans Innovations sectorielles

L'homme a une durée de vie que certains jugent trop courte. Parmi eux, on retrouve des personnes très influentes et talentueuses, Larry Page (Google) , Ray Kurzwell (Calico), Peter Diamandis (multi-entrepreneur), Mark Zuckerberg (Facebook) entre autres, prêts à investir temps et capital pour remédier à ce mal.

Les transhumanistes espèrent et prévoient un avenir libéré des maladies. Dans cet idéal, l’homme vivrait plus longtemps puisque son corps ne serait plus entravé par le vieillissement de ses cellules et ses capacités physiques et cérébrales seraient bien plus poussées qu’aujourd’hui. Les spéculations vont bon train sur le sujet. Le transhumaniste Aubrey de Grey, dans une interview accordée à 01net, déclarait comme possible l’allongement de la vie à 1000 ans. D’autres ont estimé qu’il était plus probable que la durée de vie s’allonge de 20 à 30 d’ici quelques décennies. Tous, en tout cas, ont argué le fait que l’évolution de l’homme était continue, et que du fait des améliorations technologiques, elle irait sûrement de plus en plus vite. Après tout, la loi de Moore n’a toujours montré de signes de faiblesse, alors pourquoi pas ? Et puis, nous assistons à un bouleversement en médecine, grâce à l’émergence de nouvelles technologies. Selon Jean-Michel Besnier, philosophe à l’université Paris-Sorbonne, « nous sommes passés d’une médecine qui soigne à une médecine qui répare, la mort étant la panne ultime qui résiste. Dans le futur le docteur sera remplacé par une sorte d’ingénieur expert en données ».

La bio-impression 3D au service de la médecine régénérative
Le développement fulgurant de cette technologie ces dernières années offre de belles perspectives dans bien des domaines. Des objets en plastique, en métal, en bois, des textiles, et même des aliments sont déjà produits par des imprimantes 3D. L’innovation à présent se situe autour de l’impression de tissus et d’organes humains, ce que l’on appelle la bio-impression 3D. Là encore, les projets se multiplient. Une équipe de l’université de Harvard s’est par exemple servi de cellules vivantes pour élaborer des tissus cellulaires, allant même jusqu’à recréer un réseau de vaisseaux sanguins pour le transport de l’oxygène et des nutriments. L’Oréal, en partenariat avec la start-up américaine Organovo, projetterait la fabrication de peau humaine pour tester ses nouveaux produits. Toutefois, des limitations scientifiques demeurent encore. Il n’est pas, à ce jour, possible d’imprimer un organe entier à cause de sa complexité. Ce le sera peut-être dans une trentaine d’années, voir davantage, a avancé avec précaution Fabien Guillemot, fondateur de l’entreprise Poietis, spécialisée dans la bio-impression. En attendant, la recherche se concentre sur le développement des briques constituantes des organes, comme les tissus.

La médecine régénérative

La recherche dans le domaine des cellules souches – ces cellules qui ne se sont pas encore différenciées, et qui peuvent encore se transformer en n’importe quelle cellule – et de la médecine régénérative est pleine de promesses. Les cellules souches sont principalement connues pour être utilisées dans des thérapies visant à fournir des traitements pour des maladies cardiaques ou des maladies dégénératives (Parkinson, Alzheimer, etc.) mais elles sont aussi étudiées pour la culture d’organes fonctionnels et de différentes parties du corps. De nombreuses équipes scientifiques, partout dans le monde, basent leurs recherches sur ce point. Comme celle du Riken Center for Developmental Biology à Kobe, qui travaille à la création de glandes pituitaires, à partir de cellules souches embryonnaires humaines, dans l’idée de les transplanter un jour sur l’homme. Ou encore celle du chercheur japonais Shinya Yamanaka, dont les travaux sur les cellules souches pluripotentes induites (IPS), permettant de produite tout type cellulaire, ont été récompensés d’un prix Nobel de médecine en 2012. Beaucoup considèrent ce pan de la recherche scientifique biomédicale comme un moyen d’apporter des améliorations biologiques, qui pourraient un jour mettre fin au processus de vieillissement et, qui sait, à cette fatalité ultime : la mort.

Certains acteurs transhumanistes voient plus loin que la perspective médicinale, et s’imaginent un homme pourvu d’un attirail technologique qui décuplerait ses performances : un homme augmenté. Il serait doté de prothèses ou d’autres éléments, courrait plus vite que la moyenne, verrait la nuit, disposerait d’une force extraordinaire et pourrait effectuer des tâches humainement irréalisables. La technologie servirait à l’homme à surpasser sa condition. Si la nature de cette ambition reste à déterminer – doit-on la classer dans le domaine du fantasme, ou d’une réalité tangible ? – c’est aussi l’aspect éthique qu’il faut considérer. L’innovation au service d’un handicap n’est pas remise en cause. En revanche, si elle n’a plus finalité de guérir ou de réparer mais plutôt d’améliorer l’homme, et donc de le transformer, doit-on fixer des limites ?

Les prothèses

Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas encore là bien que des technologies existantes remplacent déjà certaines parties du corps. On recense à ce jour une quantité de plus en plus importante de prothèses bioniques, comme le bras myoélectrique Bebionic, qui permet à son détenteur d’effectuer les mêmes mouvements qu’un bras ordinaire ; à ceci près que le sens du toucher n’est pas encore intégré. Ou encore, la main bionique Handiii, développée par la société japonaise Exiii, fonctionnelle et sensible aux évolutions grâce à sa disponibilité en open source, est actuellement la plus abordable sur le marché. Les technologies bioniques ne cessent de se développer, et les prix, grâce aux efforts collaboratifs et la mise en open source de quelques projets, tendent à se réduire considérablement.

Quel effet l’allongement de la vie aurait dans notre société ? Les années de travail seraient-elles augmentées en conséquence ou les années de retraite peut-être ? Le nombre d’être humain dépasserait-il un seuil critique, en matière de gestion des ressources et des espaces ?

Au-delà des enjeux éthiques derrière l’émergence de ces technologies, d’autres questions sont soulevées. Concernant la crédibilité d’une part, peut-on estimer que « la vieillesse est-elle une maladie comme une autre ? » Est-ce qu’en combinant toutes ces innovations et celles à venir, l’homme pourra défier la mort ou vivre jusqu’à 1000 ans ? À priori, le temps nous le dira, ou le dira aux générations suivantes.

Par Sébastien Tribot


Pour aller plus loin

Dans les ressources documentaires