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Les opérateurs de datacenters font face à des délais de raccordement qui s’allongent

Posté le 6 mars 2026
par Arnaud Moign
dans Énergie

La France dispose d’une énergie électrique abondante, décarbonée, compétitive, pilotable et ce sont autant d’arguments susceptibles de convaincre les entreprises d’implanter des usines et datacenters sur notre sol. Malheureusement, nous avons un point faible : l’afflux de demandes rallonge considérablement les délais de raccordement au réseau.

109 milliards d’euros d’investissement dans l’IA et les datacenters ont été annoncés au Sommet de l’IA en février 2025. Ces chiffres gigantesques ont de quoi nous réjouir, mais ils poussent aussi à réfléchir sur notre capacité à accueillir des projets d’ampleur.

Si, selon RTE, il n’y a pas d’inquiétude à avoir « sur la capacité de la France à produire suffisamment d’électricité pour satisfaire les besoins des datacenters », l’afflux de demandes de raccordement rallonge néanmoins les délais d’attente.

Dans l’Usine Nouvelle, Charles-Antoine Beyney, directeur général de l’entreprise DataOne, fait ainsi part de son désarroi : « Créer un datacenter en France, c’est l’enfer : pour tirer 1,2 kilomètre de câbles, on nous annonce qu’il faut trois ans. »

Entre trois et sept ans pour raccorder un datacenter

Selon un article du journal Le Monde, plus de 140 projets d’usines ou de datacenters avaient signé un contrat de raccordement en février 2025, représentant une puissance de 21 gigawatts. Or, cela équivaut au double de l’énergie actuellement sollicitée par l’industrie !

Que penser de tels chiffres ? Pour RTE, ces chiffres sont artificiels. D’une part, « le taux de concrétisation de tels projets reste faible » et, d’autre part, les porteurs de projets ont tendance à surestimer largement leur consommation d’électricité.

Néanmoins, que les projets aboutissent ou non, l’afflux de demandes oblige RTE à rallonger les délais de raccordement, freinant le « boom » des datacenters et de l’IA. Dans Politico, Olivier Micheli, le patron de Data4, avançait, en 2025, des délais de raccordement qui seraient « passés de deux à trois ans en moyenne à plus de cinq ans et même parfois sept ans. »

Les délais de raccordement sont-ils vraiment plus longs en France ?

En matière de raccordement, la France n’est cependant pas un plus mauvais élève que les autres, car la crise actuelle est globale. En clair, la demande explose partout, alors que l’infrastructure électrique peine à suivre. Si les délais peuvent aller jusqu’à cinq ou sept ans en France, ils sont encore plus élevés à Francfort et à Londres (7-10 ans).

En Irlande, la situation est encore pire : le pays accueille plus de 80 datacenters, principalement centrés dans la région de Dublin et consommant 22 % de l’électricité du pays, ce qui pousse les autorités à envisager un moratoire sur l’extension des datacenters.

Quelles sont les perspectives d’évolution ?

Pour améliorer la situation, RTE souhaite néanmoins changer les règles concernant le raccordement, en sortant de « la logique du premier arrivé, premier servi ». Le 30 janvier 2026, les acteurs des datacenters se sont d’ailleurs entretenus à ce sujet, avec la ministre déléguée en charge de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne le Hénaff.

Il est donc clair que RTE est en capacité de raccourcir ces délais en priorisant certains projets et il le fait déjà pour des projets industriels considérés comme stratégiques. C’est par exemple le cas de la nouvelle usine de freins carbone de Safran, dont le délai de raccordement par RTE a été raccourci à 45 mois contre 60 mois habituellement.

Sur le plan européen, des réformes sont également en cours pour réduire les délais et fiabiliser l’accès au réseau, pour l’industrie. La Commission européenne encourage notamment les États membres à mettre en place des bonnes pratiques : anticipation des investissements dans le réseau, transparence des tarifs de raccordement, dématérialisation totale des procédures, ou encore tri des demandes selon la maturité des projets.


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