Le constat est sans appel : la course à l’IA est avant tout une course à l’électricité. Pour les États-Unis et les puissances technologiques, freiner le développement des infrastructures de données n’est pas une option. Pourtant, l’implantation de nouveaux centres au sol se heurte à des résistances environnementales et à des risques de déstabilisation des réseaux locaux.
Alors que les datacenters terrestres saturent les réseaux électriques et exigent des quantités phénoménales d’eau et d’énergie pour leur refroidissement, une solution émerge : délocaliser la puissance de calcul en orbite.
Deux points clés sont mis en avant. Tout d’abord, l’absence d’atmosphère permet de dissiper la chaleur via des radiateurs orientés vers le froid absolu de l’espace, éliminant le besoin de systèmes de climatisation énergivores.
Second point, libérés du cycle jour-nuit et des aléas météorologiques, les panneaux photovoltaïques orbitaux bénéficient d’une exposition solaire 24h/24, garantissant une alimentation électrique stable et « propre ».
Fidèle à sa stratégie de rupture, Elon Musk a récemment annoncé vouloir déployer jusqu’à un million de satellites dédiés au stockage et au traitement des données. Pour soutenir cette ambition, l’homme d’affaires a fusionné SpaceX avec sa société d’IA, prévoyant une introduction en bourse massive pour financer ce réseau global.
Le coût du kilo mis en orbite
Sur le papier, l’idée semble intéressante. Mais le passage à l’échelle sera certainement plus compliqué. Des antennes au sol transmettent les requêtes vers une constellation de satellites interconnectés par liaisons laser (l’équivalent spatial de la fibre optique). Une fois le calcul ou l’inférence réalisé(e), le résultat est renvoyé sur Terre par ondes radiofréquences.
L’idée d’exploiter l’énergie spatiale ou de manipuler des données dans l’espace n’est pas récente. Dès les années 1960, des concepts de centrales solaires orbitales géantes étaient soumis à la NASA. Cependant, deux obstacles majeurs ont historiquement freiné ces ambitions : la complexité technique et, surtout, le coût du kilo mis en orbite.
Si les tarifs ont chuté depuis l’époque des pionniers (passant de 30 000 € à environ 10 000 € le kilo aujourd’hui), le seuil de rentabilité économique pour des datacenters spatiaux massifs se situerait autour de 200 € par kilo.
Un fossé que seul le succès des lanceurs lourds et réutilisables, à l’image du Starship de SpaceX (dont les tests fin 2025 marquent une étape décisive avec une série d’explosion en vol…), pourrait éventuellement combler.
La délocalisation orbitale permettrait en effet de soulager la facture écologique terrestre de l’IA. Mais, elle soulève des questions majeures sur l’encombrement de l’orbite basse et la gestion des débris spatiaux (un casse-tête depuis de très longues années). En attendant, il conviendrait d’optimiser la réduction de la consommation d’énergie des datacenters.
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