Annoncée en janvier 2026, la Big Breizh Battery (BBB) développée par Neoen à Pleyber-Christ dans le Finistère est désormais énergisée et en phase de tests. Dès septembre 2026, elle devrait commencer à fonctionner à plein régime, avec une capacité de 92 MW/183 MWh. Ce sera la première batterie en France à faire du « grid forming » (« formateur de réseau »). Elle est mise en œuvre par Neoen dans le cadre d’un contrat avec RTE, afin de tester la réaction du réseau à ce type de comportement d’une batterie.
Imposer une fréquence
Traditionnellement, les stockages par batteries font partie de « l’électronique de puissance », tout comme les sites de production d’énergie renouvelable. Or, l’électronique de puissance fonctionne habituellement selon le principe du « grid following » (« suiveur de réseau ») : elle injecte de l’électricité dans le réseau en suivant la fréquence que celui-ci présente au moment de l’injection. Or, si la fréquence de consigne du réseau français est de 50 Hz, parfois elle dérive. Ainsi, si le réseau a une fréquence de 49,99 Hz au moment de l’injection, selon le principe du « grid following », la batterie injectera à 49,99 Hz.
« Les énergies renouvelables et les batteries stationnaires n’accentuent pas la dérive, mais elles ne la corrigent pas non plus. À l’inverse, les installations qui font du “grid forming” imposent une fréquence au réseau », explique Rémi Evenat, responsable développement Bretagne de Neoen. Ces installations sont par exemple les « machines tournantes », comme les turbines des centrales nucléaires, à gaz ou hydrauliques, qui tournent et présentent une inertie physique qui les empêche de varier.
Adapter les logiciels
La mission de la BBB sera de présenter une inertie synthétique, donc de ne pas varier des 50 Hz. « Il s’agit de redresser plus rapidement le réseau en cas de dérive : en quelques dizaines à quelques centaines de millisecondes, soit beaucoup plus rapidement que les mécanismes classiques de réserve de fréquence », poursuit Rémi Evenat.
Pour la BBB, Neoen a sélectionné des onduleurs et des convertisseurs capables de fonctionner selon le mode « grid forming », puis il adapte leurs logiciels. Au lieu de suivre la tension du réseau, ils imposent leur propre référence de tension et de fréquence (50 Hz). C’est à cette tâche que l’énergéticien s’attelle en ce moment. La batterie est désormais en phase de test de l’ensemble des équipements et de certification auprès de RTE. « La BBB commencera à injecter en format “grid following”, puis passera en mode “grid forming” », précise Rémi Evenat. L’expérimentation durera un an.
Renforcer le réseau breton
Le choix de mettre en œuvre cette installation en Bretagne a deux justifications principales. En premier lieu, cette région ne produit que 30 % de l’électricité qu’elle consomme. En second lieu, la grande majorité de l’électricité qu’elle produit vient des centrales nucléaires normandes et ligériennes. Ce défaut de production structurée localement pourrait constituer une faiblesse à terme, selon les prévisions de RTE, qu’il convient de compenser par l’installation d’actifs fonctionnant en « grid forming ».
« C’est un prototype sur le réseau français à une telle échelle. Ce n’est pas forcément plus compliqué que le grid following, mais il est nécessaire d’en mesurer les impacts sur le réseau avant de systématiser ce mode de fonctionnement. D’où l’expérimentation », souligne Rémi Evenat.
Grid forming obligatoire
En France, le grid forming est un nouveau service. « Nous ne savons pas s’il sera ou non rémunéré. Il l’est au Royaume-Uni et en Allemagne, mais pour l’instant pas dans l’hexagone », précise le responsable régional de Neoen. En attendant, RTE a déjà indiqué, dans la version de sa documentation technique de référence applicable depuis le 4 mai 2026, que tout producteur faisant une nouvelle demande de raccordement pour une installation de plus de 18 MW de batteries devrait désormais injecter en mode « grid forming ». Par ailleurs, « les projets d’évolution du grid code européen ambitionnent de faire évoluer cette obligation à l’ensemble des actifs de production et de stockage. L’horizon évoqué est 2030 », annonce Rémi Evenat.
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