Une étude publiée dans Solar Energy Advances vient bousculer les idées reçues sur la durée de vie des panneaux photovoltaïques. En analysant des modules en silicium polycristallin après plus de vingt ans d’exploitation, les scientifiques apportent la démonstration que la seconde vie des panneaux solaires n’est pas uniquement une hypothèse, mais une réalité technique mesurable.
La publication s’appuie sur un cas concret au Brésil, où des panneaux, initialement installés en 2000, ont été récupérés puis remis en service dans de nouvelles conditions. Les résultats sont sans équivoque puisqu’après 22 ans d’exploitation, puis un an de fonctionnement en seconde vie, ces modules conservent 85,3 % de leur puissance initiale. Un niveau supérieur au seuil de 80 % généralement garanti après vingt ans d’exploitation par les fabricants.
Cette performance s’accompagne par ailleurs d’un taux de dégradation particulièrement faible. Les chercheurs ont mesuré une perte annuelle comprise entre 0,40 % et 0,44 % à l’échelle des modules, et d’environ 0,7 % pour le système complet. Ces valeurs restent là encore inférieures au seuil de 1 % par an habituellement utilisé comme référence dans les garanties constructeur.
Les scientifiques ont également examiné la fiabilité de ces panneaux de seconde vie en procédant à de nombreux contrôles, comprenant des mesures de résistance d’isolement, des inspections thermiques et des analyses pour détecter d’éventuels défauts internes. Les résultats sont globalement rassurants puisque seules quelques anomalies ont été observées sur certains modules, mais sans incidence majeure sur leur fonctionnement. Les panneaux conservent donc des caractéristiques électriques qualifiées de fiables et sûres, même après démontage et réinstallation.
Ces observations montrent que la durée de vie réelle des panneaux photovoltaïques peut largement dépasser leur cycle d’exploitation initial, et se prolonger après leur remise en service. Les modules en fin de première vie ne doivent plus être uniquement considérés comme des déchets à recycler, mais aussi comme des équipements encore capables de produire de l’électricité dans de bonnes conditions. L’étude confirme ainsi l’intérêt de développer une approche plus circulaire de la filière photovoltaïque.
Normaliser les tests pour garantir la qualité des panneaux
Néanmoins, d’importants défis restent à lever pour véritablement développer le marché du réemploi. L’étude pointe du doigt l’absence de protocoles de test normalisés pour garantir leur fiabilité. Tous les panneaux ne sont en effet pas automatiquement réutilisables et il paraît essentiel d’évaluer leurs performances pour éviter tout risque lié à des modules dégradés.
Cet obstacle a déjà été identifié dans un rapport de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) publié en début d’année. Cette dernière souligne qu’il n’existe pas aujourd’hui de critères harmonisés pour certifier la qualité des panneaux réutilisés. Ce manque de référentiels complique leur évaluation, limite la confiance des investisseurs et freine leur assurabilité. Sans procédures de test normalisées et sans règles de requalification reconnues, il est donc difficile de structurer une filière fiable.
C’est pourquoi les panneaux à réutiliser doivent, au préalable, passer toute une batterie de tests, notamment des inspections visuelles, des mesures électriques et de l’imagerie par électroluminescence, dans le but d’effectuer un tri entre le réemploi, la réparation et le recyclage. Or, ce processus reste coûteux et exigeant, d’autant que l’hétérogénéité des modules peut également compliquer leur intégration dans de nouvelles installations.
Ensuite, l’enjeu économique se révèle un autre point à surmonter selon l’AIE. Elle explique que la baisse continue du prix des panneaux neufs rend souvent la réparation ou le reconditionnement peu compétitifs. Les opérations de remise en état sont en effet gourmandes en main-d’œuvre et difficiles à industrialiser à grande échelle.
Enfin, les aspects logistiques et réglementaires sont aussi à ne pas négliger, car des règles strictes sont parfois imposées sur le transport, le stockage et la revente des modules afin qu’ils ne soient pas considérés comme des déchets électroniques. Même si offrir une seconde vie aux panneaux photovoltaïques apparaît comme une évidence écologique, toutes ces contraintes limitent aujourd’hui le développement d’un marché structuré du réemploi.
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