En 2025, l’Union européenne a franchi un seuil longtemps considéré comme symbolique. Pour la première fois, la production d’électricité issue du solaire et de l’éolien a dépassé celle provenant de l’ensemble des énergies fossiles. Selon un rapport publié par le think tank Ember, ces deux sources d’énergie ont fourni 30 % de l’électricité européenne, contre 29 % pour le charbon, le pétrole et le gaz réunis. Un basculement historique, qui illustre la rapidité de la transition énergétique engagée depuis une décennie.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique de fond. En cinq ans, la part combinée du solaire et de l’éolien a progressé de plus de 10 points dans le mix électrique européen. À l’inverse, les énergies fossiles reculent de manière continue, de 8 points. En 2025, 14 États membres produisent désormais plus d’électricité à partir du vent et du soleil que grâce aux combustibles fossiles, dont les Pays-Bas et la Croatie pour la première fois. D’anciens pays très dépendants du charbon, comme la Grèce ou la Bulgarie, se rapprochent à leur tour de ce point de bascule.
Le moteur principal de cette transformation est le solaire. En 2025, la production photovoltaïque européenne a atteint un record de 369 TWh, soit une hausse de plus de 20 % sur un an. Cette croissance repose avant tout sur l’augmentation rapide des capacités installées, avec plus de 65 GW supplémentaires en un an. Le solaire progresse dans tous les pays de l’UE, aussi bien via les grandes centrales que par l’équipement massif des toitures. Dans plusieurs États, notamment en Espagne, en Grèce, en Hongrie ou aux Pays-Bas, il représente désormais plus de 20 % de l’électricité produite, plaçant l’Europe parmi les régions les plus avancées au monde dans ce domaine.
L’année 2025 a pourtant été marquée par des conditions météorologiques inhabituelles. Un début d’année peu venteux et sec a entraîné une baisse de la production éolienne et hydraulique. Mais un ensoleillement exceptionnel a permis au solaire de compenser ces reculs. Résultat : les énergies renouvelables ont assuré près de la moitié (48 %) de l’électricité européenne, un niveau stable par rapport à 2024. La demande, quant à elle, est restée quasiment inchangée, encore inférieure à son niveau d’avant-crise, malgré les pics de consommation liés aux vagues de chaleur estivales.
Une hausse des prix de l’électricité liée à la dépendance au gaz
Cette réussite ne masque toutefois pas une fragilité persistante liée à la dépendance au gaz. En raison du recul de l’hydroélectricité, la production électrique à partir de gaz a augmenté de 8 % en 2025. Cette hausse a entraîné une envolée de la facture des importations, estimée à 32 milliards d’euros pour le seul secteur électrique, soit 16 % de plus qu’en 2024. Dans 21 pays européens, les prix de gros de l’électricité ont progressé, principalement lors des heures de pointe, lorsque les centrales à gaz restent indispensables pour équilibrer le réseau.
Le charbon, à l’inverse, poursuit son déclin rapide. En 2025, il ne représente plus que 9 % de la production électrique européenne, un niveau historiquement bas. 19 pays ont quasiment tourné la page, et même en Allemagne et en Pologne, qui concentrent encore l’essentiel de la production charbonnière, les volumes continuent de diminuer. Cette sortie progressive du charbon n’a pas été compensée par une hausse équivalente du gaz, signe que la transition se fait directement vers les énergies renouvelables.
Pour réduire la dépendance au gaz et contenir les prix, Ember met en avant le levier clé que représentent les batteries. En 2025, les capacités de ce mode de stockage ont dépassé 10 GW dans l’Union européenne, soit plus du double qu’en 2023, et les projets annoncés pourraient multiplier ce chiffre dans les prochaines années. En stockant l’électricité solaire et éolienne produite à bas coût en journée pour la restituer lors des pics de consommation, les batteries permettent de limiter le recours aux centrales fossiles, de stabiliser les prix et de réduire le gaspillage d’électricité renouvelable.
Au-delà des enjeux économiques, la transition électrique prend une dimension géopolitique. Si l’Union européenne s’est engagée à mettre fin aux importations de gaz russe d’ici 2027, de nouvelles dépendances émergent, notamment vis-à-vis du GNL (Gaz naturel liquéfié) américain. Pour Ember, la seule réponse durable réside dans le développement massif de capacités renouvelables, combiné à des réseaux modernisés, à la flexibilité de la demande et au stockage.
Le tournant de 2025 démontre que la transition énergétique européenne est désormais une réalité tangible. Le défi des prochaines années sera de transformer ce succès quantitatif en un système électrique pleinement maîtrisé, capable de garantir des prix stables, une sécurité d’approvisionnement renforcée et une véritable souveraineté énergétique.
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