PFAS : ce qui est interdit ou va le devenir
En France, la loi n° 2025-188 du 27 février 2025 interdit, depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché des produits suivants contenant des PFAS :
- cosmétiques ;
- revêtement sous les skis (farts) ;
- vêtements, chaussures et imperméabilisants (sauf équipements de protection comme ceux utilisés par les pompiers ou les militaires).
L’interdiction sera également étendue, au 1ᵉʳ janvier 2030, à l’ensemble des textiles, par exemple d’ameublement, mais des exceptions seront prévues pour les textiles techniques à usage industriel (listés par décret).
À l’échelle de l’UE, plusieurs échéances sont en outre attendues en 2026.
- Depuis avril 2026 : les PFHxA et substances apparentées font l’objet d’une restriction progressive. En avril, la restriction pour les mousses anti-incendie (mousses AFFF) utilisées en formation et par les pompiers est ainsi entrée en vigueur.
- Août 2026 : à partir de cette date, le règlement PPWR imposera des restrictions et seuils spécifiques concernant les PFAS des emballages alimentaires.
- Octobre 2026 : la restriction concernant les PFHxA s’étendra aux textiles, tapis, revêtements de sol, cuirs et emballages papier/carton. Par ailleurs, des conditions strictes vont dorénavant s’appliquer pour les mousses extinctrices contenant des PFAS. Une interdiction complète de mise sur le marché des mousses AFFF au-dessus du seuil de 1 mg/L interviendra en octobre 2030.
- Fin 2026 : l’opinion finale de l’ECHA concernant une restriction universelle des PFAS est attendue pour la fin d’année. Si cette voie est choisie, l’interdiction pourrait couvrir plus de 10 000 substances, avec des dérogations limitées dans le temps pour les cas sans alternatives identifiées.
Usages industriels et professionnels : finalement peu d’interdictions confirmées, mais des limitations
Pour le moment, la plupart des usages des PFAS demeurent autorisés, du moins en attendant l’entrée en vigueur de réglementations sectorielles à l’échelle européenne.
Néanmoins, il ne faut pas s’attendre à une interdiction totale des PFAS à court ou moyen terme, même si au niveau européen, un projet de restriction universelle des PFAS était bien à l’étude depuis 2023.
En effet, les ambitions initiales ont depuis été revues à la baisse, sous la pression de lobbys et à cause de divisions internes au sein même de l’agence européenne des produits chimiques, l’ECHA. En mars 2026, l’ECHA avait finalement rendu un avis validant le principe d’un retrait étendu des PFAS, mais avec un système de dérogations temporaires pour les usages essentiels sans substitution possible.
Sur la base des avis de l’ECHA attendus pour la fin d’année, la Commission proposera donc prochainement une réglementation finale qui devrait se traduire par une modification de l’annexe XVII de REACH, avec l’ajout de PFAS à la liste des substances soumises à restriction.
De son côté, la France a choisi d’interdire les PFAS présents dans les produits grand public les moins critiques, mais va continuer à autoriser les usages considérés comme « indispensables », en attendant des moyens de substitution efficaces et sous réserve que cela soit compatible avec les évolutions futures du cadre européen.
Quelles sont les perspectives de substitution ?
Comme le rappelle l’Académie des Technologies dans son récent rapport dédié aux PFAS, la substitution des PFAS est un sujet complexe, en raison du « nombre considérable des domaines concernés » et de la difficulté à trouver des alternatives « fiables, à performance identique, dans un délai rapide ».
Pour illustrer cette complexité, l’Académie des Technologies propose d’ailleurs un tableau non exhaustif, qui s’appuie lui-même sur les données collectées dans la littérature, par l’ONG ChemSec – The International Chemical Secretariat.
Substitutions possibles immédiatement
Les PFAS et tensioactifs fluorés auparavant présents dans les cosmétiques sont désormais interdits et substituables par des silicones, cires et biopolymères. Le PTFE des peintures et vernis est également remplaçable immédiatement par diverses résines polymères (PPV, époxy, polyester, mélamine). En outre, le remplacement de petites molécules utilisées en agrochimie est partiellement en cours.
PFAS substituables dans des délais courts <5 ans
Les substitutions possibles à un horizon inférieur à cinq ans concernent principalement le bâtiment (thermoplastiques et silicones à la place de l’ECTFE et du PVDF), le photovoltaïque (l’EVA au lieu de l’ECTFE) et les textiles d’imperméabilisation, le PTFE étant remplaçable par des polyoléfines, cires, acrylates et tensioactifs.
Dans la majorité des cas il faudra 5 ans, 10 ans ou beaucoup plus !
Malheureusement, en dehors de ces exemples, la substitution des PFAS à l’échelle industrielle, à performance équivalente, s’inscrit dans un temps long, parfois au-delà d’une décennie pour les applications les plus critiques.
C’est notamment le cas des PFAS utilisés dans l’automobile (PTFE, PFPE, FKM, PVDF), dans les batteries (PVDF), dans la câblerie (ECTFE, PTFE), dans les lubrifiants industriels (PFPE) ou encore dans les membranes de filtration, où des alternatives thermoplastiques, composites ou céramiques existent, mais nécessitent des phases de validation industrielle.
Enfin, pour les secteurs à très forte exigence de performance, comme l’aéronautique, l’électronique ou le médical, les délais s’allongent significativement en raison des contraintes de sécurité, de durabilité et de certification.
Tout porte donc à croire que, dans ces filières, la substitution sera forcément progressive (si elle est possible !), ciblée et dépendra d’innovations de rupture. Cela confirme une chose : la sortie des PFAS relève davantage d’une transformation industrielle de long terme que du simple remplacement à court terme.
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