Arthur Mensch a passé un oral sans langue de bois. Invité le 12 mai par cette commission qui vise notamment à « mesurer les dépendances des administrations de l’État et de grandes entreprises publiques aux solutions numériques extra-européennes », le cofondateur de Mistral AI (avec Guillaume Lample et Timothée Lacroix) a exprimé ses opinions durant 1 h 30.
Après avoir passé trois ans chez DeepMind Paris, filiale française du laboratoire d’IA de Google, Arthur Mensch a créé en avril 2023 cette start-up avec « l’intuition que l’intelligence artificielle générative allait rebattre les cartes assez significativement dans le domaine des services numériques, aller changer profondément la manière dont l’économie fonctionne parce que l’IA déplace l’intelligence du travail vers le capital et les machines ».
Se présentant comme l’un des leaders des modèles ouverts (que l’on peut modifier et déployer comme on veut), il a surtout rappelé la nécessité pour l’Europe de rivaliser avec les États-Unis afin de « conserver une voix au chapitre dans le concert des nations ». Pourrait-elle le faire sans dépendre d’acteurs extra-européens ? La réponse est évidemment non. Pourrait-elle le faire en gagnant du levier sur ses fournisseurs, en étant exportateur de technologies et en faisant en sorte de rééquilibrer les déséquilibres existants et qui vont augmenter ? Il pense que oui.
Avec ses 1 000 collaborateurs et des poids lourds comme clients (France Travail, la Caisse des dépôts, Stellantis, Total Énergies…), Mistral AI est bien placé (pour l’instant…) pour être considéré comme la locomotive du train européen de l’IA.
« Car la course à l’IA est loin d’être terminée », avait répondu Ursula von der Leyen à JD Vance, en février 2025 lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, à Paris. La présidente de la Commission européenne avait « taclé » le vice-président américain qui prétendait que « les États-Unis sont les leaders dans l’IA et notre administration entend qu’ils le restent ».
Les Américains investissent dans l’IA, pas les Européens
Valorisée à 11,7 milliards d’euros, l’entreprise a pour objectif de générer un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros d’ici la fin de l’année 2026. Mistral AI a obtenu 830 millions de dollars de dette auprès d’un consortium de sept banques pour financer la montée en charge de son premier centre de données à Bruyères-le-Châtel, en périphérie de Paris.
L’entreprise a aussi annoncé un investissement de 1,2 milliard d’euros pour la construction de centres de données en Suède, afin de « doubler ses capacités en termes de puissance de calcul » et d’atteindre 200 MW de puissance installée à l’horizon fin 2027.
Il est également impératif que l’Europe apporte son soutien à ces précieuses entreprises innovantes dans le secteur des technologies avancées, notamment celles liées à l’intelligence artificielle. À ce sujet, Arthur Mensch n’y va pas par quatre chemins. Devant la commission, il a déclaré que nous avions « une réglementation qui est plus lourde, on a un marché qui est fragmenté… (…) Fondamentalement, (Mistral) n’existe que s’il y a un marché qui existe. Et, le problème que l’on voit, c’est que ce marché se matérialise un peu trop lentement ».
Et, le constat est sans appel : les entreprises françaises et européennes sont peu demandeuses d’IA, contrairement aux compagnies américaines. Le représentant de Mistral AI estime donc, avec amertume, que « le surplus énergétique en France, à peu près 9 gigawatts en moyenne, va être capté par les entreprises qui sont les plus agressives et qui vont pouvoir mettre de l’argent sur la table, pour transformer cette électricité en jetons. »
Selon Arthur Mensch, il est indispensable que « la demande publique, qui forme près de 50 % du PIB de lEurope, adopte l’IA ». Il évoque notamment la nécessité pour les armées européennes d’intégrer l’IA. Mistral AI est d’ailleurs utilisé au sein du ministère des Armées.
L’IA « permet de faire du défensif (…) Vous avez des armées, comme l’armée russe, qui utilisent massivement l’intelligence artificielle dans leurs drones. Si vous n’êtes pas capable d’avoir, en face, des contre-systèmes activés par IA, vous n’avez pas une dissuasion suffisante. C’est absolument indispensable. »
Enfin, le dirigeant de Mistral AI a exprimé de manière directe qu’un de ses concurrents, à savoir Anthropic, « maîtrise parfaitement l’art du marketing de la peur (avec Mythos, NDLR). Cela étant, les modèles sont d’excellents programmeurs et sont absolument capables d’orchestrer des attaques, de découvrir des vulnérabilités et de proposer des exploitations. Depuis six mois que ça commence à monter (mais) cela monte chez tout le monde en même temps. »
Pour Arthur Mensch, « on ne peut pas (laisser) Mythos scanner les bases de données de l’armée française. »
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