L’impact du manque de puces sur l’activité dans la zone euro s’est révélé criant. C’est ce contexte post crise sanitaire, et au-delà le risque géopolitique lié à la concentration de la fabrication avancée en Asie, auquel se sont ajoutées plus récemment les tensions entre les Etats-unis et la Chine, qui ont accéléré l’ambition de regagner une capacité d’action européenne sur cette technologie devenue hyper stratégique.
La réponse politique s’est matérialisée à travers le Chips Act, entré en application en 2023. L’objectif affiché est de renforcer la résilience des chaînes de valeur, accélérer l’innovation, et augmenter la part de l’Union dans la production mondiale de puces, avec un cap que l’on peut résumer en un chiffre : atteindre 20 % de la production mondiale d’ici 2030. Le texte s’appuie sur le cadre du règlement (UE) 2023/1781, qui structure à lui seul les instruments et la coordination européenne.
Concrètement, le Chips Act est un arc à trois flèches. La première a pour ambition de financer l’industrialisation de technologies clés via l’initiative Chips for Europe, qui vise à combler l’écart entre la recherche et la production. La seconde doit créer un environnement favorable aux usines pionnières qui « dé-risquent » les procédés avant la production de masse, en articulant à la fois financements publics, investissements privés et aides d’État. Enfin, la dernière flèche doit permettre de gérer les crises avec des mécanismes de suivi et de coordination, afin d’anticiper les tensions d’approvisionnement plutôt que de les subir.
L’Europe mise aussi sur des lignes pilotes pour garder une longueur d’avance sur les procédés de nouvelle génération, sans nécessairement construire immédiatement de gigantesques unités de fabrication. L’initiative NanoIC lancée par imec en Belgique en est un exemple.
Au final, la question qui se pose, comme pour de nombreux programmes industriels lancés par l’Europe ces dernières années, est la suivante : cette trajectoire est-elle réaliste ? Des alertes sur le risque de décalage entre l’ambition et la capacité effective à quadrupler la production, pointent notamment une concurrence mondiale très agressive et des financements fragmentés. Cette critique souligne le cœur du défi : la souveraineté ne se limite pas à la relocalisation, mais à l’alignement des capacités industrielles, des compétences, de l’accès aux équipements critiques, et enfin et surtout aux marchés.
Depuis la crise Covid, l’Europe tente de transformer un choc d’approvisionnement en stratégie durable. Avec l’ambition de sécuriser, d’accélérer, et de reprendre la main sur une brique technologique devenue vitale pour son autonomie économique. Sauf qu’à la crise Covid se sont ajoutées des tensions géopolitiques entre les deux géants industriels mondiaux et entre autres une situation fragile à Taïwan… autant d’inconnues supplémentaires dans une équation déjà très complexe.
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