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Un pipeline de 800 km en France pour relier les bassins industriels européens

Posté le 15 octobre 2026
par Nicolas LOUIS
dans Énergie

La France pourrait devenir un maillon essentiel du futur réseau européen d'hydrogène. Le projet Hy-Fen prévoit une canalisation entre Fos-sur-Mer et la frontière allemande, afin de contribuer à acheminer ce gaz depuis les zones de production du sud de l'Europe vers les grands bassins industriels du nord. Le projet fait désormais l'objet d'une enquête publique.

Une canalisation de plus de 800 kilomètres pourrait bientôt traverser la France pour accompagner le développement de la filière hydrogène. Ce projet, baptisé Hy-Fen et porté par NaTran, anciennement GRTgaz, vient d’entrer dans sa phase de concertation publique. Jusqu’au 20 décembre, les habitants, les collectivités, les associations et les acteurs économiques des territoires concernés sont invités à faire connaître leurs observations avant que les principales décisions ne soient prises. Cette infrastructure vise à acheminer de l’hydrogène renouvelable et bas-carbone depuis les zones de production du sud de l’Europe vers les grands bassins industriels du nord.

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À terme, cette canalisation doit relier Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, à Erching, en Moselle, à proximité de la frontière allemande. Le tracé définitif n’est pas encore arrêté et sa largeur mesure pour l’instant entre 4 et 6 km. C’est à l’intérieur de ce couloir que sera définie l’implantation exacte de l’ouvrage, qui dépendra des contraintes techniques, environnementales et des particularités locales. L’étude préalable prévoit de traverser 407 communes réparties dans cinq régions : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est.

La mise en service de ce pipeline est prévue à l’horizon 2032. Hy-Fen s’inscrit dans un projet européen beaucoup plus vaste, nommé H2med, dont l’ambition est de relier la péninsule Ibérique aux principaux pôles de consommation du nord-ouest de l’Europe. Il prévoit la construction de plusieurs infrastructures complémentaires, notamment une liaison terrestre entre le Portugal et l’Espagne, ainsi qu’une canalisation sous-marine reliant Barcelone à Fos-sur-Mer. Le pipeline Hy-Fen servira alors à poursuivre le transport de l’hydrogène vers le nord.

Ces infrastructures devraient jouer un rôle important dans la répartition géographique des futures capacités de production et de consommation d’hydrogène en Europe. D’un côté, la péninsule Ibérique dispose d’un potentiel important pour produire ce gaz par électrolyse de l’eau, à partir d’électricité renouvelable, notamment solaire et éolienne. De l’autre, l’Allemagne et plusieurs régions industrielles du nord de l’Europe devraient connaître des besoins importants, en particulier dans la sidérurgie, la chimie et le raffinage.

Un flux prévisionnel de 2 millions de tonnes d’hydrogène

En reliant ces territoires, ces ouvrages doivent permettre de faciliter les échanges transfrontaliers, de sécuriser l’approvisionnement des industriels et de contribuer à la décarbonation des activités difficiles à électrifier. Le gestionnaire de réseau NaTran estime qu’environ deux millions de tonnes d’hydrogène vont transiter chaque année dans son pipeline, soit près de 20 % du transit européen d’hydrogène envisagé à terme. L’infrastructure doit également pouvoir accueillir, à mesure que les besoins se développent, des raccordements à des sites français de production, de consommation et de stockage.

Ainsi, ce pipeline pourrait contribuer à connecter plusieurs bassins, notamment la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, la Vallée de la Chimie, dans la région lyonnaise, ainsi que le bassin industriel du Grand Est. La consommation de ces régions pourrait atteindre près de 200 000 tonnes par an en 2030 et 900 000 tonnes à l’horizon 2050, sans que cette demande prévisionnelle soit entièrement destinée à être acheminée par le seul pipeline.

Plus globalement, le projet Hy-Fen pourrait jouer un rôle structurant dans le développement de la filière hydrogène française. Aujourd’hui, les canalisations dédiées à ce gaz sont principalement concentrées dans les zones industrielles, car sa production s’est historiquement développée à proximité immédiate des consommateurs. Hy-Fen doit ainsi contribuer à accompagner la décarbonation de secteurs tels que la chimie, le raffinage, la sidérurgie ou la production de carburants de synthèse.

Il pourrait également favoriser l’articulation entre la production française et les approvisionnements européens, car la France dispose elle aussi d’un potentiel pour développer sa production nationale, notamment grâce à son électricité largement décarbonée. Ce projet est donc conçu comme une infrastructure interconnectée, capable d’acheminer de l’hydrogène renouvelable et bas-carbone produit en France comme dans d’autres pays européens. La concrétisation de cette ambition dépendra tout de même du développement effectif des capacités de production et des usages industriels.


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