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Voile de vitesse : un banc d’essai grandeur nature pour l’industrie

Posté le 5 novembre 2026
par La rédaction
dans Innovations sectorielles

Depuis le 1er novembre, 118 skippers font route de Saint-Malo vers Pointe-à-Pitre pour la 13e Route du Rhum – Destination Guadeloupe. La course le rappelle à chaque édition : la voile de compétition est un laboratoire. C’est le pari d’ALTEN, partenaire majeur du Zephir Project, qui veut transférer vers l’industrie ce qu’il apprend en cherchant à battre des records de vitesse à la voile.

Lancé par Antoine Albeau, 27 fois champion du monde de windsurf, et Marc Amerigo, spécialiste des records en sport extrême, le Zephir Project veut percer « les secrets de la glisse absolue ». Son support est la planche à voile, démonstrateur de très haute performance à faible empreinte carbone. Antoine Albeau y détient le record du monde de vitesse : 53,49 nœuds (99,06 km/h) sur 500 m, établi en décembre 2024.

En juillet 2026, l’équipe a revendiqué trois nouveaux records, en attente de ratification : 44,97 nœuds sur le mille nautique pour Antoine Albeau, et 36,14 nœuds sur 500 m en wingfoil pour son jeune protégé Pierre Schmitz. L’objectif de fond : reprendre aux bateaux le record absolu de 65,45 nœuds. De structure associative, le projet fédère environ 80 experts et 70 sociétés issus de l’America’s Cup, de la F1, de l’aéronautique ou de l’IA, ainsi que des élèves ingénieurs.

Présent dans plus de 30 pays, le groupe d’ingénierie figure parmi les partenaires majeurs du projet, aux côtés de BPCE Solutions informatiques et de Bechtle. Il mène des analyses aéro- et hydrodynamiques du matériel, par modélisation 3D et essais en soufflerie à l’Institut Aérotechnique (IAT-CNAM). Antoine Albeau reconnaît que ces résultats de soufflerie ont profondément changé sa vision de la voile.

Trois briques technologiques

Pour ALTEN, Zephir est avant tout un démonstrateur. L’aileron en est l’exemple : conçu en préimprégné moulé et polymérisé en autoclave, un procédé issu de l’aéronautique, il combine fort taux de fibres et faible porosité pour encaisser des efforts considérables à près de 100 km/h.

Deuxième brique, la simulation : calcul CFD et soufflerie analysent les écoulements autour de la voile, de la planche et du corps de l’athlète.

Troisième brique, l’application Riders, qui récupère les données de navigation issues d’une chaîne de mesure embarquée de haute précision. La feuille de route 2026-2027 mise sur la data science et l’IA pour les exploiter.

Du plan d’eau à l’industrie

Comme les foils et les composites passés de la course au large à d’autres secteurs, ces briques sont faites pour essaimer. Le savoir-faire composite en autoclave intéresse l’aéronautique ou l’éolien. La simulation validée en conditions réelles s’applique aux pales comme aux carènes. L’application Riders a été pensée pour être réutilisable, notamment dans le cyclisme.

Plus largement, Zephir vise l’éolien, les énergies marines, le transport maritime et les drones, avec une gamme de matériel « circulaire », Zephir SpeedEco, et des travaux sur le biomimétisme et les matériaux bas carbone. Face à l’obsolescence technique rapide, Marc Amerigo plaide pour offrir une seconde vie aux ressources.

Le projet aide aussi ALTEN à attirer des ingénieurs : travailler sur un record du monde, aux résultats mesurés sur l’eau, est un argument rare.

Pendant que la flotte du Rhum traverse l’Atlantique, Zephir prépare ses prochains prototypes, avec un horizon fixé à 2028. Chaque nœud gagné est aussi une compétence à transférer.


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