Cette année, ArcelorMittal n’a pas fait les choses à moitié pour Noël. Le spécialiste de l’acier s’est entendu avec EDF, le 26 décembre 2025, pour approvisionner en électricité nucléaire ses sites localisés en France. La signature du Contrat d’Allocation de Production Nucléaire (CAPN) a été rendue publique le 6 janvier dernier dans un communiqué conjoint. Celui-ci précise que « dans le cadre de cet accord, EDF allouera à ArcelorMittal une quote-part de la puissance de son parc nucléaire en exploitation, pour une durée de 18 ans. » Ce contrat est qualifié d’étape majeure par ArcelorMittal et concrétise la lettre d’intention signée entre les deux acteurs en janvier 2024.
Le nouvel attrait pour les CAPN
Les contrats dits « CAPN » mettent à la disposition des partenaires d’EDF une quote-part de la production effective du parc nucléaire historique. L’accès à cet approvisionnement est accordé sur des durées d’aux moins dix ans à des prix reflétant les coûts du parc nucléaire, protégeant ainsi les industriels de la volatilité des marchés de gros. Le contrat a la particularité de demander aux bénéficiaires, en échange de cette énergie, de partager les risques associés à la production des réacteurs.
Ces derniers mois, l’électricien a multiplié ces partenariats de long terme avec de grands groupes. En septembre dernier, des contrats CAPN ont notamment été conclus avec le cimentier Lafarge ou Data4, l’opérateur européen majeur de centres de données.
Réservés au départ aux industriels très énergivores, EDF a élargi le périmètre des acteurs éligibles à ces contrats en novembre 2025.
Une alternative au dispositif Arenh
Les premières livraisons effectuées à ArcelorMittal, qui ont commencé dès le 1er janvier 2026, coïncident avec la fin de l’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (l’Arenh). Ce dispositif, instauré par la loi NOME[1] du 7 décembre 2010, offrait un prix cassé de 42 euros par mégawattheure aux industriels pour un volume global maximal égal à 100 TWh/an. L’arrêt du dispositif, fixé au 31 décembre 2025, va probablement modifier le paysage énergétique français et déstabiliser les équilibres stratégiques des approvisionnements en énergie. Les contrats CAPN offrent ainsi une alternative non négligeable à l’Arenh. En signant cet accord, ArcelorMittal anticipe sur ses besoins en électricité décarbonée et sécurise sur le long terme ses approvisionnements.
Aucun des deux groupes n’a souhaité communiquer sur le prix du mégawattheure et les volumes d’électricité contractualisés. Il est fort probable que les nouveaux tarifs négociés soient supérieurs au niveau historique des 42 €/MWh en vigueur avec le dispositif Arenh. Précisons que ce dernier est remplacé par le Versement nucléaire universel.
Dans le cadre de sa stratégie énergétique, ArcelorMittal recourt non seulement à une électricité nucléaire pour ses activités mais investit aussi dans le secteur des énergies renouvelables. L’aciériste a annoncé, en décembre dernier, le développement de trois projets en Inde reposant sur l’énergie solaire et éolienne. Ces installations fourniront 35 % des besoins électriques des activités sidérurgiques d’AMNS India[2]. Une fois achevés, ses trois projets permettront au sidérurgiste d’atteindre une capacité en énergie renouvelable de 3,3 GW à l’échelle mondiale.
[1] Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité
[2] Coentreprise sidérurgique détenue à 60 % par ArcelorMittal et à 40 % par Nippon Steel.
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