Le 9 février dernier, dans le centre-ouest du japon, le réacteur n°6 de la plus grande centrale nucléaire du monde a été relancé avec succès. Mise à l’arrêt depuis l’accident de Fukushima en 2011, la centrale de Kashiwazaki-Kariwa située sur le littoral compte sept réacteurs d’une capacité cumulée d’environ 8 212 MW. « À 14 h, nous avons procédé au retrait des barres de contrôle du réacteur n°6, mettant ainsi le réacteur en marche », a déclaré l’opérateur de Tepco[1] (également opérateur de la centrale sinistrée de Fukushima Daiichi).
Une bonne nouvelle après l’échec du premier redémarrage le 22 janvier dernier. En effet, quelques heures seulement après le démarrage du réacteur, le déclenchement d’une alarme du système de surveillance avait interrompu son lancement.
Une population réticente
La remise en marche de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa est accueillie de façon mitigée chez les habitants. En effet, la mise à l’arrêt de cette centrale avait été décidée après la catastrophe de Fukushima en mars 2011 ; le Japon avait alors fermé tous ses réacteurs nucléaires. Il n’est alors pas étonnant de constater que, selon une enquête menée en septembre par le département de Niigata, 60 % des habitants sont opposés au redémarrage. En outre, s’inquiétant de la forte activité sismique de la zone sur laquelle est située la centrale, plusieurs associations ont remis à TEPCO et à l’Autorité japonaise de régulation nucléaire une pétition contre la relance, signée par près de 40 000 personnes.
Le Japon amorce une nouvelle politique énergétique
La relance du nucléaire civil est le fruit d’une approche pragmatique adoptée par les autorités nipponnes. Effectivement, la pauvreté des ressources naturelles rend le pays très dépendant aux importations de combustibles, en particulier le gaz naturel liquéfié et le charbon. En 2025, plus de 60 % d’électricité provenait de ces énergies (31 % pour le gaz et 28 % pour le charbon). La dépendance s’est accentuée depuis l’incident de Fukushima qui avait provoqué la mise hors service du parc nucléaire nippon constitué de 54 réacteurs. Alors qu’il fournissait environ 30 % de l’énergie électrique du pays, le nucléaire civil ne représente dorénavant qu’un peu moins de 10 % du mix énergétique. La diversification des approvisionnements est donc une nécessité pour l’archipel afin de répondre à la demande croissante d’électricité liée notamment à l’essor des centres de données et des semi-conducteurs.
La stratégie élaborée par le Japon repose sur la remise en service progressive de 14 des 33 réacteurs encore opérationnels. Ces réacteurs font l’objet d’un renforcement accru des normes de sécurité et permettent aujourd’hui d’atteindre une puissance cumulée d’environ 13 GW.
Le 18 février 2025, Tokyo a posé les fondements d’un nouveau plan énergétique. Dans ce 7e plan, la mention précisant qu’il faudrait « réduire au minimum la dépendance au nucléaire », présente dans le document depuis 2014, a été supprimée. Le gouvernement encourage au contraire l’usage maximal des centrales existantes.
L’objectif affiché est d’atteindre 20 à 22% de nucléaire dans la production d’électricité du Japon dans la prochaine décennie. Les énergies renouvelables (solaire et éolien) devraient fournir 40 à 50 % de la production électrique totale. Depuis juin 2025, les réacteurs nucléaires de l’archipel nippon peuvent être exploités au-delà de 60 ans.
Un positionnement qui n’est pas isolé en Asie du Sud-Est : le Vietnam et l’Indonésie investissent massivement dans le nucléaire pour faire face à la forte demande énergétique.
Rappelons qu’en Asie, le Japon est précurseur dans cette filière : il développa son premier réacteur nucléaire opérationnel dès 1966.
[1] Tokyo Electric Power Company
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