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Bangkok rêve de chasser la pollution grâce à des pluies artificielles

Posté le 5 février 2019
par Matthieu Combe
dans Environnement

Laver l'atmosphère de toute pollution comme on lancerait une machine pour laver son linge. Impossible ? Ce n'est pas ce que semble penser Bangkok qui envisage de mettre fin à la pollution grâce à des pluies artificielles provoquées au moyen de produits chimiques pulvérisés dans l'air. Au-delà de leur caractère insolite, les pluies artificielles de Bangkok ont quelques détracteurs.

À Bangkok, la pollution atmosphérique atteint des records, et la pluie ne tombe pas. Alors plutôt que de l’invoquer indéfiniment, les autorités de la capitale thaïlandaise ont décidé de la faire venir de force. Pour ce faire, Bangkok a eu recours à la technique de l’ensemencement des nuages, qui consiste à injecter des produits chimiques dans les nuages. Ces substances larguées par avion favorisent et accélèrent la création de la glace dans les nuages, ce qui devrait avoir pour conséquence d’accroître le volume des précipitations. Laver l’air comme on laverait ses vitres, la solution semble simple et alléchante en théorie. Mais en pratique, les faits sont tout autres.

Bangkok suffoque sous les particules fines

Il devenait urgent pour les autorités d’intervenir pour endiguer une pollution aux particules fines qui atteint des niveaux records. La concentration de particules PM2,5 dans l’air atteint par endroits 120 microgrammes par mètre cube, soit quatre fois plus que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour se protéger bon gré mal gré de ces particules PM2,5 particulièrement nocives car assez fines pour aller se fixer dans les poumons, les habitants de Bangkok portent des masques anti-pollution dont l’efficacité n’est pas toujours avérée. Face à cette situation critique, le département Thailand Agricultural Aviation a décidé d’envoyer des avions répandre des sels hygroscopiques à base d’iodure d’argent dans les nuages.

Les précipitations ainsi provoquées agissent comme une lessive sur l’atmosphère, en le débarrassant de ses particules fines. « Une fois les particules récupérées par les gouttes tombées, elles restent théoriquement collées au sol, qui est humide. Cela permet donc de dégager l’air », explique François Bouttier, expert en modélisation au Centre national de recherches météorologiques, à La Croix. Mais cette mesure n’emporte pas l’adhésion de tous, en laissant certains perplexes, comme le chercheur Olivier Boucher, spécialiste des questions climatiques à l’Institut Pierre-Simon-Laplace. Ce dernier affirme que « les pluies artificielles peuvent être utiles, si elles fonctionnent », avec un brin de perplexité.

Les pluies artificielles partiellement inefficaces

Ce manque d’enthousiasme vient du fait que la pluie artificielle n’est qu’une solution à court terme et extrêmement localisée. La pluie ne tombe que là où les produits ont été vaporisés, créant ainsi des disparités de traitement entre les différents quartiers touchés par la pollution. De plus, rien n’indique assurément que les précipitations ainsi provoquées soient réellement efficaces.  « On sait qu’il est possible de déclencher la pluie en laboratoire, dans des conditions très contrôlées. Toutefois, personne n’est encore sûr que cela marche vraiment dans la nature, notamment parce qu’on ne connaît pas exactement toutes les caractéristiques des nuages », indique François Bouttier.

Autre point qui permet de remettre en question l’efficacité de ces pluies artificielles : elles ne traitent pas le problème à sa source. En effet, le problème de la pollution à Bangkok n’est pas directement lié au manque de précipitations. L’explosion du nombre de véhicules motorisés dans la ville est beaucoup plus à mettre en cause. Bangkok est l’une des métropoles du monde où la circulation est la plus dense. Elle compte 9,8 millions de voitures, dont 2,5 millions à moteur diesel, pour 12 millions d’habitants. Le réseau de transports en commun y est également peu accessible car aussi cher que les taxis. Il se peut donc que les mesures les plus urgentes à mettre en place dans la capitale thaïlandaise ne se trouvent pas dans les airs, mais bien sur terre.


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