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Bientôt une pénurie d’ingénieur.e.s ?

Posté le 16 octobre 2026
par Camille PASCHAL
dans Entreprises et marchés

L'observatoire des ingénieurs et scientifiques de France (IESF) a publié sa 37e enquête annuelle. Menée auprès de 32 000 répondant.e.s, elle met en lumière un faible renouvellement des générations, mais aussi des inégalités majeures entre les rémunérations des femmes et des hommes et un usage généralisé de l'IA.

Aujourd’hui en France, plus d’un million de personnes exercent la profession d’ingénieur. Parmi elles, près d’une sur quatre atteindra l’âge de la retraite dans les dix à quinze prochaines années, avec un pic en 2035. D’autant qu’à peine un.e senior.e sur quatre prépare sa succession. 44 % des répondant.e.s ignorent jusqu’à l’existence du mécénat de compétences. « Cela va provoquer des tensions concrètes, en particulier dans les métiers critiques comme la télécommunication. Va en résulter une perte de compétences et de savoir-faire », regrette Frédéric Dejean, délégué général d’IESF. Les nouvelles promotions d’ingénieur.e.s, 50 000 personnes par an, ne suffiront pas à combler cet écart.

« Les jeunes se dirigent principalement dans les secteurs qui recrutent comme les activités tertiaires, l’énergie, le conseil et le BTP. C’est une tendance qui se confirme depuis les années précédentes, avec notamment une hausse des recrutements de 11 % par rapport à 2024, tous secteurs confondus », explique Marie-Liesse Bizard, présidente de l’IESF.

Cependant, elle ajoute que les jeunes ont plus de mal à trouver un emploi dans les trois premiers mois après leur diplôme. « Cela peut être lié à un manque d’adéquation de leurs compétences ou de leurs souhaits avec les métiers qui recrutent ou encore un problème territorial. Le marché n’est pas très favorable », ajoute-t-elle.

Favoriser la diversité

Parmi les ingénieurs, 24 % sont des femmes, et elles représentent 30 % des nouveaux diplômés. « Au sein de la population active, l’écart salarial entre les femmes et les hommes est de 10 %. Il est de 22 % dans notre profession, ce qui est un véritable problème », déplore Frédéric Dejean. Il poursuit : « Les écarts sont liés aux choix de secteurs : les femmes choisissent davantage ceux de l’eau, de l’environnement ou de l’agro-industrie qui sont moins rémunérateurs. Les hommes ont tendance à se diriger vers le conseil ou la finance qui rapportent davantage. Il faut attirer plus de femmes et donner un accès équitable aux responsabilités et aux métiers les mieux rémunérés ». L’enquête montre également que 57 % des femmes ingénieures déclarent avoir subi une discrimination de genre.

L’IESF estime également que la profession s’ouvre aux classes les plus défavorisées. Ainsi 36 % des ingénieur.e.s de moins de 30 ans ont bénéficié d’une bourse pendant leurs études. « Nous observons une augmentation des alternances et de l’apprentissage, ce qui montre l’ouverture du secteur car cela permet de financer les études », précise Frédéric Dejean. Toutefois, la reproduction sociale reste de mise puisque dans 45 % des cas, c’est de la famille que vient cette vocation.

L’IA s’ancre dans le quotidien

Trois quarts des ingénieur.e.s utilisent l’IA au sein de leur travail et un.e sur quatre de façon intensive. « La confiance dans l’IA est plutôt mesurée, il demeure une certaine méfiance. Il faut faire évoluer les emplois pour répondre aux besoins et mettre l’IA dans les zones de pénibilité », développe Marie-Liesse Bizard. 81 % des utilisateur.rice.s quotidiens y voient une opportunité, contre seulement 31 % des non-utilisateur.rice.s. Mais les ingénieur.e.s sont 68 % à souhaiter des ateliers ou des formations pour mieux utiliser cet outil.


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